## Un nouvel ordre de santé publique pour l’Afrique

## Source details

**Canonical URL:** [Un nouvel ordre de santé publique pour l’Afrique](https://www.imf.org/-/media/files/publications/fandd/article/2021/december/fr/nkengasong.pdf)

## Other formats

- [Markdown version](/-/media/files/publications/fandd/article/2021/december/fr/nkengasong.pdf.md)
- [Structured JSON version](/-/media/files/publications/fandd/article/2021/december/fr/nkengasong.pdf.json)

---

### Situation actuelle et enjeux immédiats
- Nous sommes en pleine troisième vague de la COVID-19.
- Dans les pays qui ont accès aux vaccins, les taux de morbidité et de mortalité diminuent, mais, en Afrique, où moins de 3 % de la population est entièrement vaccinée, le nombre de cas par semaine atteint des niveaux records.
- Au 3 novembre 2021, on dénombrait sur le continent 8,5 millions de cas confirmés et plus de 218 000 victimes de la COVID-19.
- La pandémie a submergé les systèmes de santé et détourné des ressources rares de la lutte contre d’autres épidémies et de la gestion d’une charge de morbidité déjà élevée liée à la croissance démographique rapide, aux maladies infectieuses et non contagieuses, à la forte morbidité maternelle et aux changements environnementaux, climatiques et écologiques.
- L’Afrique dispose d’environ 3 millions de travailleurs de la santé — soit 3 médecins pour 10 000 habitants, contre près de 30 aux Amériques et plus de 40 en Europe.

### Réponses nationales et régionales : innovations et mécanismes créés
- Leçons de l’épidémie d’Ébola (2014–16) : nécessité de systèmes de surveillance et de gouvernance plus solides, de capacités nationales de gestion de la pandémie et de financements nettement plus prévisibles.
- Rôle pivot des Centres de contrôle et de prévention des maladies en Afrique (Africa CDC) dans la coordination de la stratégie continentale de riposte établie par l’Union africaine.
- En avril 2020, la Commission de l’Union africaine (CUA) et Africa CDC ont lancé le Partenariat africain pour accélérer le dépistage de la COVID-19 (Partnership to Accelerate COVID-19 Testing, PACT).
  - Le nombre de pays dotés de capacités de dépistage est passé de 2 à 43 en tout juste trois mois.
  - Plus de 90 millions de kits de test ont été achetés.
  - Des milliers de laborantins ont été formés.
- La CUA s’est alliée à Africa CDC, à la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique et à la Banque africaine d’import-export pour créer une plateforme pour les fournitures médicales, servant de guichet unique pour la recherche et l’achat d’équipements de protection individuelle, augmentant le pouvoir de négociation de l’Afrique et aidant les fabricants africains.
- La CUA et Africa CDC ont ouvert la Trusted Travel Platform pour simplifier le contrôle des résultats des tests de la COVID-19 ; ce système pourrait aussi servir la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
- Le Fonds africain pour l’acquisition de vaccins (African Vaccine Acquisition Trust) a été créé pour compléter des initiatives telles que le COVAX ; ce fonds a obtenu suffisamment de doses vaccinales pour couvrir un tiers de la population africaine.

### Priorités stratégiques pour un nouvel ordre de santé publique (cinq domaines)
- Institutions régionales fortes pour définir les priorités, coordonner les politiques publiques et les programmes et diriger l’établissement des normes et la surveillance des maladies.
- Production locale de vaccins, de traitements et de diagnostics pour abaisser les coûts d’achat et accélérer la riposte.
- Investissement dans des programmes de développement des travailleurs et des dirigeants de la santé publique.
- Solides partenariats de haut niveau, y compris entre les donateurs et les gouvernements, entre le secteur public et le secteur privé, ainsi qu’avec les institutions de santé publique.
- Rôle accru pour les organisations régionales dans la gouvernance de la pandémie, via la décentralisation des institutions et la présence de représentants régionaux dans les principales agences afin de garantir la prise en compte des spécificités et des besoins de chaque région dans la planification des mécanismes centraux comme les systèmes de surveillance.

### Besoins de financement et mécanismes recommandés
- Un nouvel ordre de santé publique requiert davantage de fonds à long terme et prévisibles.
- Les financements nécessaires pour les institutions nationales de santé publique varient selon la taille, la fonction et le pays, mais il faut un budget initial d’au moins 20 millions de dollars.
- Des dizaines de milliards de dollars seront nécessaires pour former les infirmiers, les médecins, les épidémiologistes et les autres travailleurs de la santé.
- La fabrication de vaccins, de diagnostics et de traitements sur le continent demandera des investissements initiaux en infrastructures, en matériels et en personnel.
- Ces calculs n’incluent pas les besoins de financement supplémentaires recensés à l’échelle mondiale (soutien aux institutions mondiales comme l’OMS, accès aux vaccins/diagnostics/traitements, systèmes mondiaux de surveillance et d’alerte, financements d’urgence pour les mesures précoces de riposte).
- Les financements nationaux doivent augmenter, mais ne suffiront pas pour couvrir les besoins des pays à faible revenu et des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure dans un avenir prévisible.
- Solutions recommandées :
  - Financement à conditions avantageuses.
  - Partenariats solides.
  - Investissements dans la préparation et la riposte aux pandémies.
  - Création d’un fonds pouvant financer les dépenses urgentes nécessaires.
- Recommandations externes :
  - Le Groupe indépendant pour la préparation et la riposte à la pandémie et le Groupe indépendant de haut niveau du G20 sur le financement du bien commun mondial aux fins de la préparation et de l’intervention en cas de pandémie recommandent de créer un fonds mondial.
  - Le groupe du G20 estime qu’il faudra au moins 75 milliards de dollars dans les cinq prochaines années pour résorber les insuffisances en matière de prévention et de préparation aux pandémies.

### Vers des systèmes de santé centrés sur l’humain
- Nécessité de repenser fondamentalement l’approche de la santé publique mondiale pour répondre à la menace persistante de la COVID-19, reconstruire ce qui a été perdu et mieux gérer la prochaine pandémie.
- Appel à des systèmes de santé inclusifs et centrés sur l’humain.
- L’équité commence par la régionalisation des systèmes de santé pour que, en cas de crise, les régions aient les moyens et la capacité d’y faire face.
- Conclusion : tenir compte des enseignements de la COVID-19 et former un nouvel ordre de santé publique pour réduire les conséquences des futures pandémies sur les vies et les moyens d’existence.

*JOHN NKENGASONG est directeur des Centres de contrôle et de prévention des maladies en Afrique.*

---


_Source: https://www.imf.org/-/media/files/publications/fandd/article/2021/december/fr/nkengasong.pdf_
