## Mieux gérer la nature est bon pour l’économie

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### Constat principal
- Les 70 dernières années ont apporté des gains substantiels en santé, longévité et revenu, et la production économique mondiale a été multipliée par 15 depuis les années 1950.
- Ces avancées reposent sur la nature, mais la biosphère se dégrade rapidement :
  - Les taux d’extinction actuels sont environ 100 à 1 000 fois supérieurs au taux naturel des derniers millions d’années.
  - Entre 1970 et 2016, les populations d’espèces (mammifères, oiseaux, poissons, reptiles, amphibiens) ont diminué d’en moyenne 68 percent.
  - D’après un rapport de l’IPBES, 14 des 18 services écosystémiques évalués étaient en déclin.
- Exemples de pressions sur la nature : extraction de ressources naturelles, épuisement des nutriments des sols, vidage des stocks halieutiques, émissions issues de la combustion de combustibles fossiles, perte d’habitats et commerce illégal d’espèces sauvages (facteurs de risque d’apparition de maladies infectieuses comme la COVID-19).

### Trois transitions requises (cadre de The Economics of Biodiversity: The Dasgupta Review)
- Première transition — garantir que la demande n’excède pas l’offre de la nature :
  - Notre « empreinte écologique » dépasse de beaucoup la capacité durable de la biosphère, provoquant une dégradation accélérée.
  - Nécessité de restructurer radicalement les modèles de consommation et de production.
  - Rôle des innovations technologiques (par ex. agriculture durable) pour réduire la pression sur la nature.
  - Politiques recommandées : harmoniser objectifs environnementaux le long des chaînes d’approvisionnement ; imposer normes de réutilisation, de recyclage et de partage.
  - Soutien à la planification familiale locale et à l’amélioration de l’accès des femmes aux financements, à l’information et à l’instruction pour influencer les préférences, comportements et la transition démographique.

- Deuxième transition — mesurer différemment la réussite économique :
  - Le PIB reste utile pour l’analyse macroéconomique à court terme, mais il est inadéquat pour évaluer les résultats économiques à long terme car il ne rend pas compte de l’évolution des actifs.
  - Proposition : substituer une mesure tenant compte de la valeur de tous les stocks de capital — capital produit, capital humain et capital naturel — afin de mesurer la « richesse inclusive ».
  - La richesse inclusive refléterait les interactions et arbitrages entre investissements dans différents types de capital et montrerait l’intérêt d’investir dans les actifs naturels.
  - Exemples cités : le « budget bien-être » de la Nouvelle-Zélande ; l’utilisation du « produit écosystémique brut » en Chine.
  - Effet pervers actuel : recettes d’exportation tirées de ressources naturelles ne capturent pas les coûts sociaux de leur disparition, entraînant un transfert de richesse des pays exportateurs de produits primaires vers les pays importateurs.

- Troisième transition — transformer les institutions :
  - Les institutions actuelles ne tiennent pas compte de la valeur de la nature et des externalités à longue échéance ; mers et atmosphère sont des biens en libre accès (tragédie des biens communs).
  - Presque tous les États subventionnent davantage l’exploitation de la nature que sa protection.
  - Estimation prudente : le coût mondial des subventions préjudiciables à la nature serait au total d’environ 4 000 à 6 000 milliards de dollars par an.
  - La biodiversité agit comme un filet de sécurité, réduisant le risque et l’incertitude ; diversité d’un portefeuille d’actifs naturels augmente la résilience aux chocs.

### Rôle du système financier et des autorités
- Il faut que le système financier canalise les investissements publics et privés vers des activités qui accroissent les réserves de ressources naturelles et encouragent une consommation et une production durables.
- Les banques centrales et les autorités de surveillance financière peuvent :
  - évaluer la portée systémique des risques liés à la nature ;
  - sensibiliser et intégrer ces risques dans la supervision financière.
- Le FMI peut jouer un rôle déterminant en évaluant et en gérant les risques naturels dans le cadre de son mandat de surveillance et d’assistance financière et technique.

### Politiques et actions recommandées (extraits synthétiques)
- Restructurer modèles de consommation et de production pour rompre les liens entre nature et formes de consommation dommageables.
- Harmoniser objectifs environnementaux le long des chaînes d’approvisionnement.
- Imposer et renforcer des normes de réutilisation, de recyclage et de partage.
- Investir dans la nature — y compris en permettant la régénération naturelle laissée à elle-même.
- Mesurer la « richesse inclusive » en intégrant capital produit, capital humain et capital naturel aux comptes nationaux.
- Réformer subventions dommageables et rediriger les flux financiers vers la protection et la restauration de la nature.
- Soutenir programmes de planification familiale et autonomisation des femmes pour aider la transition démographique.
- Renforcer le rôle des banques centrales, des autorités de surveillance et du FMI pour appréhender et gérer les risques financiers liés à la nature.

### Prochaines étapes internationales
- Années clés pour repenser économie et décisions économiques : conférences à venir (COP15 sur la biodiversité et COP26 sur le changement climatique) où seront discutées des questions intrinsèquement liées du changement climatique et de la perte de biodiversité.
- Nécessité d’un engagement durable et généralisé de tous les acteurs, du citoyen aux institutions financières internationales, pour opérer les changements profonds requis.

*Partha Dasgupta, « Mieux gérer la nature est bon pour l’économie », Finances & Développement, Septembre 2021.*

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