## Les banques centrales doivent aider à lutter contre le réchauffement de la planète

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### Contexte et constats généraux
- Les six dernières années ont été les six plus chaudes jamais enregistrées.
- En 2020, les températures ont dépassé la moyenne des années 1850–1900 de 1,25 °C (2,25 °F).
- La Banque centrale européenne (BCE) applique un test de résistance à l’échelle de l’économie fondé sur des scénarios du Network for Greening the Financial System (NGFS).
- Ces scénarios servent à évaluer l’impact potentiel des changements climatiques sur environ 4 millions d’entreprises à travers le monde et près de 2 000 banques dans la zone euro.
- Le NGFS comptait 8 membres au moment de sa constitution en 2017, en dénombre 95 aujourd’hui, et compte 15 observateurs; le FMI a rejoint le Réseau en qualité d’observateur en 2019.

### Résultats préliminaires des stress tests et exposition financière
- En l’absence de nouvelles mesures d’atténuation, les risques physiques (vagues de chaleur, tempêtes, inondations, sécheresses, etc.) s’accroîtront sensiblement selon toute probabilité (Alogoskoufis et al., 2021).
- La probabilité moyenne de défaillance des portefeuilles de crédit des 10 % de banques de la zone euro les plus exposées aux risques climatiques pourrait augmenter fortement, de 30 % d’ici à 2050.
- Les entreprises de toute l’Europe sont exposées aux risques physiques liés aux changements climatiques, avec une répartition inégale des risques (graphique dans le texte).

### Mécanismes par lesquels le climat affecte la politique monétaire
- Perturbation de la transmission monétaire :
  - Pertes liées à la matérialisation de risques physiques ou à des actifs non amortis (ex. réserves de pétrole non exploitées) peuvent peser sur les bilans des établissements financiers et réduire le flux de crédit vers l’économie réelle.
  - Risque d’accroissement brutal des primes de risque de crédit si le problème climatique n’est pas résolu.
  - Exposition directe des banques centrales à des pertes via les titres acquis dans les programmes d’achat d’actifs et les garanties fournies.
- Réduction possible de la marge de manœuvre de la politique monétaire conventionnelle :
  - Les changements climatiques peuvent réduire le taux d’intérêt réel d’équilibre via la baisse de la productivité, l’augmentation de la morbidité/mortalité, la réaffectation des ressources productives vers l’adaptation et l’accroissement de l’épargne de précaution.
  - Toutefois, les taux d’équilibre pourraient aussi augmenter en raison d’innovations et d’investissements verts; l’effet n’est pas certain.
- Incidence directe sur la dynamique de l’inflation :
  - Fréquence plus élevée des risques physiques peut provoquer des fluctuations à court terme de la production et de l’inflation et accentuer l’instabilité macroéconomique à plus long terme.
  - Les mesures d’atténuation (ex. tarification du carbone) peuvent aussi compromettre la stabilité des prix et creuser un écart entre l’inflation globale et l’inflation hors alimentation et énergie.

### Mesures prises et plan d’action de la BCE
- La BCE a intégré les questions climatiques dans l’évaluation de sa stratégie de politique monétaire finalisée en juillet 2021 et publié un plan d’action avec feuille de route.
- Mesures annoncées :
  - Intégration des questions climatiques dans le suivi de l’économie, par exemple en renforçant les capacités d’analyse pour la modélisation et la prévision macroéconomiques relatives au climat.
  - Élaboration de nouveaux indicateurs statistiques liés au climat (classification des instruments verts, empreinte carbone des portefeuilles, exposition aux risques physiques).
  - Préconisation de la publication d’informations relatives au climat concordantes et vérifiables à l’échelle internationale et instauration d’obligations d’information pour les actifs du secteur privé.
  - Publication d’informations climatiques sur les portefeuilles non liés à la mise en œuvre de la politique monétaire et sur le programme d’achat d’obligations émises par les entreprises (CSPP) au premier trimestre de 2023.
  - Réalisation, à compter de 2022, de tests de résistance climatique du bilan de l’Eurosystème, en utilisant la méthode du test de résistance climatique appliqué à l’échelle de l’économie.
  - Évaluation de la prise en compte de l’exposition aux risques climatiques dans les notes de crédit et valorisations des actifs du dispositif de garanties.
  - Intégration de critères climatiques dans les achats d’obligations émises par les entreprises (révision du principe de neutralité du marché).

### Changement conceptuel pour les achats d’actifs
- Constat : l’allocation passée aux obligations du secteur privé a suivi le principe de neutralité du marché, reflétant la composition du marché général.
- Problème identifié : les secteurs à forte intensité d’émissions ont tendance à émettre plus fréquemment des obligations, aboutissant à une forte intensité d’émissions dans les portefeuilles éligibles au CSPP et dans le portefeuille de la BCE (Papoutsi, Piazzesi et Schneider, 2021).
- Proposition : remplacer le principe de neutralité du marché par un principe d’efficience du marché qui intègre davantage les risques et les coûts pour la société liés aux changements climatiques, en tenant compte de la mise en conformité des émetteurs avec la législation européenne qui met en œuvre l’accord de Paris (Schnabel, 2021).

### Synthèse et recommandation de politique
- Agir rapidement présente des avantages manifestes : la transition vers une économie neutre en carbone pourrait être coûteuse à court terme mais largement compensée à long terme, les investissements précoces évitant d’aggraver les risques physiques et générant des bénéfices économiques (de Guindos, 2021; FMI, 2020).
- Message central : il est temps de prendre des mesures ambitieuses et diversifiées pour garantir une transition harmonieuse et atténuer les effets des changements climatiques.
- Rôle assigné aux banques centrales : contribuer activement à accélérer la transition vers une économie neutre en carbone dans le cadre de leurs missions (stabilité des prix, stabilité financière, contrôle bancaire).

*Source : Isabel Schnabel, “Les banques centrales doivent aider à lutter contre le réchauffement de la planète”, Finances & Développement, Septembre 2021.*

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