## Un éventail complet de mesures budgétaires peut enrayer les inégalités — David Amaglobeli et Celine Thevenot

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### Vue d’ensemble
- La pandémie de COVID-19 risque d’aggraver durablement les inégalités, en frappant particulièrement les travailleurs peu qualifiés, les femmes et les jeunes.
- Des tendances structurelles (automatisation, passage au numérique) et des perturbations de l’apprentissage aggravent le risque d’obsolescence d’emplois et réduisent les débouchés pour les jeunes.
- Les pays à faible revenu, en raison d’une inégalité d’accès aux vaccins et de reprises économiques lentes, risquent de se laisser davantage distancer.

### Prédistribution et redistribution : complémentarité des instruments
- Les politiques doivent cibler à la fois le revenu marchand (prédistribution) et le revenu disponible (après impôts et transferts).
- Les politiques publiques de prédistribution (par exemple, enseignement public) visent à réduire les écarts à la source et à garantir des règles du jeu équitables, mais elles ne suffisent pas seules.
- Les transferts sociaux et la fiscalité sont indispensables pour aider les citoyens face au chômage, au vieillissement, à la maladie, au handicap et aux besoins familiaux.
- Les pays déployant davantage de dépenses sociales (éducation, santé, protection sociale) et une fiscalité plus redistributive tendent à afficher des inégalités plus faibles.

### Possibilités et incitations : dépenses publiques et politiques actives du marché du travail
- Dépenses publiques visant l’accès aux infrastructures essentielles et services de base (eau potable, assainissement, santé de base, éducation) peuvent :
  - Réduire les disparités d’accès entre ménages riches et pauvres.
  - Accroître la mobilité intergénérationnelle et stimuler la croissance à long terme par formation de capital humain.
- Les dépenses doivent être ciblées selon les besoins nationaux (ex. enseignement supérieur peut bénéficier principalement aux ménages aisés).
- Incitations liées au marché du travail :
  - Les « coins fiscaux » et les taux d’imposition de l’activité influencent l’offre de main-d’œuvre et l’emploi, en particulier pour les deuxièmes apporteurs de revenu.
  - Crédits d’impôt remboursables pour familles à faible revenu, individualisation des déclarations d’impôt et structures d’accueil des jeunes enfants accessibles et abordables peuvent réduire la discrimination fondée sur le sexe et encourager l’activité.
  - Transferts monétaires conditionnels peuvent réduire la pauvreté et inciter à l’assiduité scolaire ou aux visites médicales.
- Politiques actives du marché du travail (services publics de l’emploi, formation professionnelle financée publiquement) améliorent le fonctionnement du marché du travail.
- Programmes de maintien dans l’emploi (massifs dans les pays avancés pendant la crise) ont aidé à préserver les liens d’emploi, aboutissant à des reprises plus progressives et à une prévention des suppressions d’emplois et faillites massives.

### Redistribution : rôle des impôts et transferts
- « À eux tous, les impôts et transferts directs réduisent les inégalités de revenu de plus d’un tiers dans les pays avancés. » 
- « La redistribution est à l’origine de 85 % de l’écart de revenu disponible entre les pays avancés et les pays émergents et en développement. »
- Les transferts sociaux (assistance sociale, assurance chômage, pensions de retraite) assurent l’essentiel de la redistribution, particulièrement en bas de l’échelle.
- L’efficacité des transferts dépend davantage de la couverture et de l’adéquation des prestations que du volume total des dépenses.
- La révolution numérique permet d’améliorer l’identification des ménages, le ciblage et la réduction des pertes dues à la fraude, à la corruption ou à des erreurs.

### Fiscalité, recettes et réformes administratives
- Une fiscalité plus progressive et un accroissement des recettes pour financer les dépenses sociales peuvent fortement réduire les inégalités, en particulier où la fiscalité est faible en termes de poids et de progressivité.
- Mesures fiscales possibles :
  - Relever les taux marginaux supérieurs de l’impôt sur le revenu.
  - Augmenter les crédits d’impôt sur les revenus du travail pour ménages à faible revenu.
  - Limiter les niches fiscales dans l’imposition des revenus du capital (dividendes, intérêts et plus-values).
- Les impôts indirects (taxe sur la valeur ajoutée, droits d’accise) sont d’importantes sources de recettes, relativement faciles à mettre en place et recouvrer ; ils peuvent financer des services publics essentiels qui bénéficient proportionnellement davantage aux ménages pauvres.
- Pour augmenter sensiblement les recettes directes, il faut réformer la gouvernance fiscale et exploiter la révolution numérique (données en temps réel sur dépenses des ménages ; registres internationaux du patrimoine ; plus grande transparence).
- Réformes de l’administration fiscale peuvent dégager des ressources pour la santé, l’éducation et la protection sociale.

### Arbitrages budgétaires et stratégie à moyen terme
- La crise a entraîné un endettement record dans les pays avancés ; de nombreux pays en développement à faible revenu sont exposés à un risque élevé de surendettement.
- Plusieurs pays devront réduire durablement leurs déficits à moyen terme tout en tenant compte de tensions croissantes sur les dépenses (vieillissement démographique, changements climatiques, transformation numérique).
- Recommandations pour concilier réduction de la vulnérabilité budgétaire et reprise inclusive :
  - Élaborer une politique intégrée dans une stratégie budgétaire crédible à moyen terme.
  - Adapter les mesures à la situation propre à chaque pays.
  - Pour pays confrontés au vieillissement : réformes structurelles des retraites et de la santé.
  - Pour autres pays : supprimer les subventions inutiles et améliorer l’efficience des dépenses d’investissement public et de biens et services.
  - Élargir les bases d’imposition et renforcer les capacités administratives pour accroître les recettes.

*DAVID AMAGLOBELI est chef de division adjoint et CÉLINE THEVENOT est économiste principale au département des finances publiques du FMI.*

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