## Un fondateur dans l’ombre de Keynes

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### Biographie et trajectoire
- Origines modestes; n’entreprend des études supérieures que vers son trentième anniversaire, après avoir servi pendant la Première Guerre mondiale.
- Études à Columbia, Stanford et Harvard; reçoit le prix de la meilleure thèse de doctorat en 1932.
- Carrière universitaire difficile pendant la crise des années 30; finit par enseigner dans une petite université du Wisconsin.
- Stage de trois mois au Trésor américain durant l’été 1934; produit un rapport de 400 pages sur le système monétaire que les États-Unis devraient adopter.

### Contribution à l’ordre monétaire international (Bretton Woods)
- Le stage de 1934 constitue le tremplin vers l’œuvre magistrale de Harry White: sa contribution à la configuration de l’ordre monétaire international décidé lors de la Conférence de Bretton Woods.
- Quatre idées-forces attribuées à White:
  - i) il fallait concevoir le système d’après-guerre pendant que la guerre faisait encore rage;
  - ii) ce système devait être l’œuvre de toutes les nations alliées, et n’être pas simplement présenté comme un fait accompli négocié entre la Grande-Bretagne et les États-Unis;
  - iii) son objectif devait être de promouvoir le commerce et les paiements multilatéraux;
  - iv) il devait être basé sur le dollar américain, plutôt que sur une nouvelle monnaie internationale artificielle.
- Argument stratégique: White estimait que sans un système basé sur la monnaie d’un seul pays (le dollar), le Congrès ne ratifierait sans doute jamais les Statuts du FMI.

### Accusations, enquête et réputation
- Le livre aborde les accusations portées contre White à la fin de sa vie (d’être un agent soviétique), accusations qui ont sans doute été la cause de son décès.
- Boughton documente chaque accusation et insinuation et conclut qu’elles étaient peu convaincantes (et souvent ridicules).
- Citation conclusrice sur cette question: «Si White était un espion, c’était un très mauvais espion ... pour un homme qui se montrait si brillant dans tout ce qu’il entreprenait, cette accusation serait sans doute la plus désobligeante de toutes.»
- Image contrastée: «Un mauvais vers retrouvé dans ses papiers disait: "À Washington, Lord Halifax murmura un jour à Lord Keynes, c’est vrai qu’ils sont riches, mais nous avons toute la matière grise!"» — Boughton s’attache à tordre le cou à cette affirmation et à créditer White d’un rôle majeur.

### Évaluation du livre et données de publication
- Ton de la critique: un beau travail d’érudition qui se lit comme un polar.
- Détails bibliographiques et physiques:
  - James M. Boughton — Harry White and the American Creed: How a Federal Bureaucrat Created the Modern Global Economy (and Failed to Get the Credit)
  - Yale University Press, New Haven, CT, 2021, 464 pages, 40 dollars.
- Commentaire final de l’auteur de la recension: il est parfaitement justifié d’honorer White aux côtés de Keynes.
- Critique signée: ATISH REX GHOSH, historien du FMI.

*Mars 2022  |  FINANCES & DÉVELOPPEMENT*

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