## La dette au grand jour

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### Contexte et constat général
- La crise de la COVID-19 a conduit les pays émergents et en développement dans « des eaux dangereuses » rappelant des défauts passés, avec une reprise « considérablement retardée » par rapport aux pays avancés.
- Les politiques monétaires plus restrictives des pays avancés font grimper les taux d’intérêt internationaux, accentuant la pression sur les monnaies et les risques de défaillance.
- L’ampleur réelle des engagements des pays émergents et en développement et les conditions associées sont souvent inconnues, ce qui empêche une gestion efficace du risque et de la relance.

### Dynamique de la dette et vulnérabilités
- Les crises de la dette se caractérisent souvent par une augmentation en flèche des niveaux de dette, liée à de fortes dépréciations du taux de change pour les dettes libellées en devises et à la prise en charge par l’État de « passifs conditionnels » (entreprises publiques, collectivités infranationales, banques, sociétés).
- La dette publique en devises du secteur public reste une source de vulnérabilité, car des sauvetages d’entités privées fortement exposées en devises peuvent engendrer une hausse soudaine des besoins de financement publics.
- Malgré la faiblesse des taux d’intérêt mondiaux dans la dernière décennie, « la charge du service de la dette extérieure des PEPD augmente régulièrement, avec une progression très nette en 2020. »
- La part de la dette intérieure souveraine a fortement progressé durant les deux dernières décennies; pendant la pandémie, les États se sont tournés vers leurs systèmes bancaires nationaux pour couvrir leurs besoins de financement.
- Le surendettement souverain peut se propager aux banques, aux fonds de pensions, aux ménages et à d’autres secteurs domestiques; crises bancaires et crises de la dette souveraine se suivent souvent de près.

### Bilans opaques, dettes cachées et conséquences
- Une majorité de créanciers et d’institutions financières internationales ignorent souvent le véritable montant des engagements des États débiteurs et les conditions qui les accompagnent.
- Jusqu’en ~2014, de nombreux pays émergents et en développement se sont massivement financés auprès d’autres États, en particulier la Chine; une partie non négligeable de ces dettes n’apparaît pas dans les grandes bases de données et échappe aux agences de notation.
- Les emprunts extérieurs garantis par l’État et les dettes d’entreprises publiques ont augmenté, avec des normes de déclaration variables; cela a entraîné une envolée des « dettes cachées » et une multiplication des restructurations de dettes non comptabilisées et des « défauts de paiement cachés ».
- L’indulgence comptable et réglementaire et l’introduction de garanties pendant la pandémie ont pu augmenter les prêts improductifs sans qu’ils n’apparaissent encore dans les bilans bancaires, resserrant davantage les liens entre dette souveraine et dettes bancaires.

### Transparence, détection et règlement
- Une stratégie globale doit améliorer la transparence dans les secteurs public, financier et des entreprises, évaluer et supprimer les risques bilanciels identifiés pour soutenir la relance et régler les problèmes de dette souveraine.
- Le cadre commun du G20 pour le traitement des dettes souveraines a été introduit il y a plus d’un an, mais « à ce jour, aucun des pays concernés n’a vu sa dette restructurée » — il faut préciser étapes et calendrier et suspendre le service de la dette pendant les négociations.
- Les contrats de prêt requièrent plus de transparence: modalités habituelles (échéance, taux d’intérêt, devise) mais aussi nantissement, défaut croisé, clause de confidentialité, etc., sont rarement divulgués.
- Les informations sur les prêts doivent provenir de tous les créanciers et débiteurs; les institutions multilatérales comblent les lacunes des bases de données et révisent leurs politiques de prêt pour renforcer les obligations d’information.

### Politiques et actions recommandées
- Améliorer la transparence concernant la qualité des avoirs bancaires, y compris l’exposition aux passifs souverains et conditionnels, par des examens d’actifs et des tests de résistance, et préparer des plans de secours.
- Lorsque les évaluations indiquent la nécessité de recapitalisation crédible ou de restructuration des passifs, prendre des mesures rapides et calibrées pour ne pas alourdir le fardeau de la dette souveraine.
- Dans certains cas, envisager des interventions publiques ciblées (programmes pour réduire le surendettement des ménages et du secteur de l’immobilier commercial).
- Axer la restructuration des actifs sur les forces du marché, renforcer la réglementation (classification des pertes, provisions, information) et la surveillance pour éviter la « zombification ».
- Le FMI propose une nouvelle politique: le Fonds ne peut accorder de prêts qu’aux pays communiquant à l’ensemble des créanciers des renseignements détaillés sur l’encours total de leurs dettes et toutes les conditions afférentes — exigence applicable aux pays ayant déjà des arriérés et à ceux cherchant à les éviter.
- La Banque mondiale a substantiellement amélioré la couverture de la dette dans les dernières Statistiques internationales sur la dette, recensant et ajoutant « presque 200 millions de dollars » de prêts non déclarés auparavant.

### Indicateurs et chiffres clés (issus du texte et des graphiques)
- Moyenne non pondérée, 46 PEPD (pays émergents et pays en développement) utilisée pour l’historique dette publique en pourcentage du PIB (1900–2021).
- Moyenne en 1931 : 47,2 %
- Moyenne en 1982 : 45,8 %
- Moyenne en 2008 : 37,6 %
- Moyenne en 2019 : 55,9 %
- La moyenne du service de la dette se rapporte à 123 PEPD.
- Les parts des pays en défaut de paiement sont exprimées par rapport au nombre total de pays (193 en 2020).
- Dans l’analyse des restructurations : on recense 33 rééchelonnements de la dette avec des pays à haut risque de surendettement ou surendettés, dans le sillage de l’initiative de suspension du service de la dette (ISSD).
- Pour éviter tout biais, 149 restructurations « symboliques » de petits prêts à taux zéro ont été exclues.
- « Presque 200 millions de dollars » de prêts récemment ajoutés aux Statistiques internationales sur la dette de la Banque mondiale.
- Environ 60 % des pays à faible revenu présentent aujourd’hui un risque élevé de surendettement ou sont déjà surendettés, contre moins de 30 % en 2015.

*Texte : Ceyla Pazarbasioglu et Carmen M. Reinhart — FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Mars 2022*

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