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### Parcours et carrière
- Origines et formation
  - A grandi en Belgique; aidait ses parents à vendre du poisson et de la volaille dans leur petit magasin.
  - Études à l’Université libre de Bruxelles; a changé de spécialisation pour l’économie et a été encouragée à préparer une thèse.
  - Doctorat obtenu à Harvard en 1998.
- Carrière universitaire
  - Débute à Princeton; recrutée par la Booth School of Business de Chicago en 2000, où elle demeure.
  - Travail interdisciplinaire apprécié: collabore avec des psychologues; enseigne dans un environnement où Gene Fama et Dick Thaler enseignent dans le même bâtiment.
- Distinctions
  - Prix en 2004 pour « la contribution exceptionnelle de jeunes femmes » en économie.
  - Prix en 2012 pour « contribution exceptionnelle au domaine de l’économie du travail ».
  - Sélectionnée en 2020 pour donner la Conférence Ely à l’American Economic Association (AEA); choisie par Janet Yellen.

### Travaux sur la discrimination raciale et sur le marché du travail
- Étude emblématique (2004)
  - Marianne Bertrand et Sendhil Mullainathan ont envoyé près de 5,000 CV fictifs en réponse à des annonces d’offres d’emploi à Boston et Chicago.
  - Constat: des candidats portant un prénom à consonance noire (par ex. Lakisha) avaient 50 percent moins de chances d’être rappelés que ceux portant un prénom à consonance blanche (par ex. Emily), malgré des CV truqués pour que les niveaux de compétences soient identiques.
  - Interprétation: difficile d’imputer le résultat à un autre facteur qu’un préjugé sans équivoque ou un a priori inconscient.
- Impact et suite de la recherche
  - Ces travaux ont consolidé la réputation de Mme Bertrand dans l’économie du travail et ont alimenté la recherche sur la discrimination et l’allocation du capital humain.

### Inégalités de genre, maternité et normes sociales
- Rôle de la maternité
  - Argument central: la maternité et l’éducation des enfants sont des explications convaincantes et banales aux disparités femme–homme sur le marché du travail.
  - Observations empiriques: la carrière des femmes ayant fait des études universitaires suit généralement celle de leurs conjoints jusqu’à la naissance du premier enfant; les mères sont fortement pénalisées juste après cette première naissance, et leur revenu ne s’en remet jamais.
  - Même parmi les diplômées des meilleurs programmes de MBA, les femmes ont tendance à réduire leur volume horaire de travail et à interrompre leur carrière lorsqu’elles deviennent mères.
  - Explication comportementale: les postes mieux rémunérés imposent des emplois du temps rigides et des journées plus longues, et les femmes restent largement responsables des tâches domestiques, y compris élever les enfants.
- Statistiques et constats institutionnels
  - Moins de 5 percent des directeurs généraux des établissements financiers étaient des femmes.
  - Les femmes comptaient pour moins de 25 percent des représentants des conseils d’administration des banques.
  - Observation: les banques avec une plus grande part de femmes au sein de leur conseil d’administration étaient mieux gérées.
- Normes sociales et répercussions familiales
  - Étude sur les ménages américains: la proportion de ménages où la femme gagne plus chute brusquement au-delà du point où elle apporte plus de la moitié du revenu familial, reflétant la norme selon laquelle l’homme devrait gagner plus.
  - Dans ces ménages, la femme adopte un « comportement compensatoire » en effectuant une plus grande part des tâches ménagères; ces ménages sont plus sujets à des disputes conjugales et au divorce.
- Message public et personnel
  - Mme Bertrand souligne les progrès en matière d’éducation et de taux d’activité, mais appelle à faire évoluer les normes sociales.
  - Conseil lors d’un discours de remise des diplômes: « si vous voulez réussir sur tous les plans, assurez-vous que votre petit ami est prêt à changer les couches et à vous laisser briller au travail ».

### Rémunération des dirigeants et gouvernance d’entreprise
- Décalage entre rémunération et mérite
  - Observation historique: le directeur général moyen aux États-Unis gagne 350 times plus que le travailleur moyen, contre un ratio de 20 for 1 relevé en 1965.
- Théorie et preuves empiriques
  - Travaux avec Sendhil Mullainathan: beaucoup de directeurs généraux seraient payés pour leur chance plutôt que pour leur effort.
  - Exemples empiriques: dans l’industrie pétrolière, la rémunération des directeurs généraux augmente quand les prix du pétrole s’inscrivent en hausse, bien que ces dirigeants n’aient pas d’emprise sur les cours mondiaux; rémunération sensible aux variations des taux de change pour les entreprises exposées internationalement.
  - Conclusion souvent citée: « la rémunération des directeurs généraux est aussi sensible à un dollar porte-bonheur qu’à un dollar classique ».
- Gouvernance et « détournement » de rémunération
  - Théorie du « détournement »: lorsque la gouvernance est fragile, les directeurs généraux peuvent fixer leur propre rémunération sans surveillance effective des actionnaires.
  - Preuves: ce détournement est moins répandu dans les sociétés mieux dirigées, par exemple celles avec un gros actionnaire présent au conseil d’administration.
- Conséquences pour la responsabilité sociale des entreprises
  - Les travaux ont encouragé un dialogue sur le rôle social des entreprises; citation de Larry Fink (BlackRock) sur la nécessité pour les entreprises d’avoir un « objectif [social] à atteindre ».
  - Tension reconnue par Mme Bertrand: compromis possible entre rentabilité financière et impact social; observation que certaines personnes sont prêtes à perdre de l’argent si cela peut avoir un impact social.

### Évolution de la discipline économique et approche interdisciplinaire
- Changement de posture disciplinaire
  - Référence à la critique historique de George Stigler (1984) qualifiant l’économie de « science impériale ».
  - Mme Bertrand: quatre décennies plus tard, « les économistes ont pris conscience de leurs erreurs et, au lieu de les rejeter, ils sont à présent ouverts aux autres sciences sociales ».
- Méthode et collaboration
  - Préférence pour des approches interdisciplinairement informées et pour travailler avec d’autres sciences sociales pour aborder les iniquités et les questions de croissance inclusive.

### Changement d’attention : efficience versus équité
- Robert Lucas a alerté ses collègues que « parmi les tendances qui portent atteinte à la rigueur des sciences économiques, la plus attrayante, et selon [lui] la plus pernicieuse, consiste à se polariser sur les questions de répartition ».
- Marianne Bertrand soutient que l’attention portée aux inégalités n’impose pas de « moins s’intéresser à l’efficience [puisque] les inégalités nuisent aussi à l’efficience ».
- Valerie Cerra, qui dirigeait une division du FMI sur la croissance inclusive et les politiques structurelles, a composé un ouvrage très complet sur la manière dont les pays peuvent mieux concilier efficience et équité en complément des conseils structurels du FMI.

### Preuves empiriques et effets des politiques
- ChangTai Hsieh (Booth School of Business) a découvert que la réduction des obstacles à l’entrée pour les femmes et les Afro-Américains était à l’origine d’un quart de la croissance enregistrée par les États-Unis.
- Exemple illustratif de Marianne Bertrand sur l’analyse d’impact : une politique commerciale peut réussir le test coûts–avantages général mais entraîner la fermeture de 80 percent des usines de fabrication dans certaines communautés, ce qui crée une injustice due à des pertes très concentrées.

### Implications pour l’analyse et la politique
- Il faut examiner les effets des politiques économiques d’un point de vue plus global et intégrer la distribution des coûts et bénéfices: « vous devez trouver une solution pour concilier ces différents facteurs », selon Mme Bertrand.
- Lorsqu’un pays s’enrichit, il dispose de « plus de temps et de ressources à consacrer aux facteurs d’équité ». « Nous avons les moyens de vivre dans un monde inclusif. », ajoute Mme Bertrand.
- Marianne Bertrand se montre optimiste que des institutions financières internationales comme le FMI « souscrivaient à la transition vers un équilibre entre efficience et équité : « c’est une évidence, vraiment » ».

*Source: PEOPLE IN ECONOMICS — Section 1 (PEOPLE - Section 1, Mars 2022, FINANCES & DÉVELOPPEMENT); PRAKASH LOUNGANI est sous-directeur du bureau indépendant d’évaluation du FMI.*

### Section 1

### LA TRAQUEUSE D’INJUSTICES

### Parcours et carrière
- Origines et formation
  - A grandi en Belgique; aidait ses parents à vendre du poisson et de la volaille dans leur petit magasin.
  - Études à l’Université libre de Bruxelles; a changé de spécialisation pour l’économie et a été encouragée à préparer une thèse.
  - Doctorat obtenu à Harvard en 1998.
- Carrière universitaire
  - Débute à Princeton; recrutée par la Booth School of Business de Chicago en 2000, où elle demeure.
  - Travail interdisciplinaire apprécié: collabore avec des psychologues; enseigne dans un environnement où Gene Fama et Dick Thaler enseignent dans le même bâtiment.
- Distinctions
  - Prix en 2004 pour « la contribution exceptionnelle de jeunes femmes » en économie.
  - Prix en 2012 pour « contribution exceptionnelle au domaine de l’économie du travail ».
  - Sélectionnée en 2020 pour donner la Conférence Ely à l’American Economic Association (AEA); choisie par Janet Yellen.

### Travaux sur la discrimination raciale et sur le marché du travail
- Étude emblématique (2004)
  - Marianne Bertrand et Sendhil Mullainathan ont envoyé près de 5,000 CV fictifs en réponse à des annonces d’offres d’emploi à Boston et Chicago.
  - Constat: des candidats portant un prénom à consonance noire (par ex. Lakisha) avaient 50 percent moins de chances d’être rappelés que ceux portant un prénom à consonance blanche (par ex. Emily), malgré des CV truqués pour que les niveaux de compétences soient identiques.
  - Interprétation: difficile d’imputer le résultat à un autre facteur qu’un préjugé sans équivoque ou un a priori inconscient.
- Impact et suite de la recherche
  - Ces travaux ont consolidé la réputation de Mme Bertrand dans l’économie du travail et ont alimenté la recherche sur la discrimination et l’allocation du capital humain.

### Inégalités de genre, maternité et normes sociales
- Rôle de la maternité
  - Argument central: la maternité et l’éducation des enfants sont des explications convaincantes et banales aux disparités femme–homme sur le marché du travail.
  - Observations empiriques: la carrière des femmes ayant fait des études universitaires suit généralement celle de leurs conjoints jusqu’à la naissance du premier enfant; les mères sont fortement pénalisées juste après cette première naissance, et leur revenu ne s’en remet jamais.
  - Même parmi les diplômées des meilleurs programmes de MBA, les femmes ont tendance à réduire leur volume horaire de travail et à interrompre leur carrière lorsqu’elles deviennent mères.
  - Explication comportementale: les postes mieux rémunérés imposent des emplois du temps rigides et des journées plus longues, et les femmes restent largement responsables des tâches domestiques, y compris élever les enfants.
- Statistiques et constats institutionnels
  - Moins de 5 percent des directeurs généraux des établissements financiers étaient des femmes.
  - Les femmes comptaient pour moins de 25 percent des représentants des conseils d’administration des banques.
  - Observation: les banques avec une plus grande part de femmes au sein de leur conseil d’administration étaient mieux gérées.
- Normes sociales et répercussions familiales
  - Étude sur les ménages américains: la proportion de ménages où la femme gagne plus chute brusquement au-delà du point où elle apporte plus de la moitié du revenu familial, reflétant la norme selon laquelle l’homme devrait gagner plus.
  - Dans ces ménages, la femme adopte un « comportement compensatoire » en effectuant une plus grande part des tâches ménagères; ces ménages sont plus sujets à des disputes conjugales et au divorce.
- Message public et personnel
  - Mme Bertrand souligne les progrès en matière d’éducation et de taux d’activité, mais appelle à faire évoluer les normes sociales.
  - Conseil lors d’un discours de remise des diplômes: « si vous voulez réussir sur tous les plans, assurez-vous que votre petit ami est prêt à changer les couches et à vous laisser briller au travail ».

### Rémunération des dirigeants et gouvernance d’entreprise
- Décalage entre rémunération et mérite
  - Observation historique: le directeur général moyen aux États-Unis gagne 350 times plus que le travailleur moyen, contre un ratio de 20 pour 1 relevé en 1965.
- Théorie et preuves empiriques
  - Travaux avec Sendhil Mullainathan: beaucoup de directeurs généraux seraient payés pour leur chance plutôt que pour leur effort.
  - Exemples empiriques: dans l’industrie pétrolière, la rémunération des directeurs généraux augmente quand les prix du pétrole s’inscrivent en hausse, bien que ces dirigeants n’aient pas d’emprise sur les cours mondiaux; rémunération sensible aux variations des taux de change pour les entreprises exposées internationalement.
  - Conclusion souvent citée: « la rémunération des directeurs généraux est aussi sensible à un dollar porte-bonheur qu’à un dollar classique ».
- Gouvernance et « détournement » de rémunération
  - Théorie du « détournement »: lorsque la gouvernance est fragile, les directeurs généraux peuvent fixer leur propre rémunération sans surveillance effective des actionnaires.
  - Preuves: ce détournement est moins répandu dans les sociétés mieux dirigées, par exemple celles avec un gros actionnaire présent au conseil d’administration.
- Conséquences pour la responsabilité sociale des entreprises
  - Les travaux ont encouragé un dialogue sur le rôle social des entreprises; citation de Larry Fink (BlackRock) sur la nécessité pour les entreprises d’avoir un « objectif [social] à atteindre ».
  - Tension reconnue par Mme Bertrand: compromis possible entre rentabilité financière et impact social; observation que certaines personnes sont prêtes à perdre de l’argent si cela peut avoir un impact social.

### Évolution de la discipline économique et approche interdisciplinaire
- Changement de posture disciplinaire
  - Référence à la critique historique de George Stigler (1984) qualifiant l’économie de « science impériale ».
  - Mme Bertrand: quatre décennies plus tard, « les économistes ont pris conscience de leurs erreurs et, au lieu de les rejeter, ils sont à présent ouverts aux autres sciences sociales ».
- Méthode et collaboration
  - Preference pour des approches interdisciplinairement informées et pour travailler avec d’autres sciences sociales pour aborder les iniquités et les questions de croissance inclusive.

*Source: PEOPLE IN ECONOMICS — Section 1 (PEOPLE - Section 1, Mars 2022, FINANCES & DÉVELOPPEMENT)*

### Section 2

### people - Section 2

### Changement d’attention : efficience versus équité
- Robert Lucas a alerté ses collègues que « parmi les tendances qui portent atteinte à la rigueur des sciences économiques, la plus attrayante, et selon [lui] la plus pernicieuse, consiste à se polariser sur les questions de répartition ».
- Marianne Bertrand soutient que l’attention portée aux inégalités n’impose pas de « moins s’intéresser à l’efficience [puisque] les inégalités nuisent aussi à l’efficience ».
- Valerie Cerra, qui dirigeait une division du FMI sur la croissance inclusive et les politiques structurelles, a composé un ouvrage très complet sur la manière dont les pays peuvent mieux concilier efficience et équité en complément des conseils structurels du FMI.

### Preuves empiriques et effets des politiques
- ChangTai Hsieh (Booth School of Business) a découvert que la réduction des obstacles à l’entrée pour les femmes et les Afro-Américains était à l’origine d’un quart de la croissance enregistrée par les États-Unis.
- Exemple illustratif de Marianne Bertrand sur l’analyse d’impact : une politique commerciale peut réussir le test coûts–avantages général mais entraîner la fermeture de 80 % des usines de fabrication dans certaines communautés, ce qui crée une injustice due à des pertes très concentrées.

### Implications pour l’analyse et la politique
- Il faut examiner les effets des politiques économiques d’un point de vue plus global et intégrer la distribution des coûts et bénéfices : « vous devez trouver une solution pour concilier ces différents facteurs », selon Mme Bertrand.
- Lorsqu’un pays s’enrichit, il dispose de « plus de temps et de ressources à consacrer aux facteurs d’équité ». « Nous avons les moyens de vivre dans un monde inclusif. », ajoute Mme Bertrand.
- Marianne Bertrand se montre optimiste que des institutions financières internationales comme le FMI « souscrivaient à la transition vers un équilibre entre efficience et équité : « c’est une évidence, vraiment » ».

*PRAKASH LOUNGANI est sous-directeur du bureau indépendant d’évaluation du FMI.*

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_Source: https://www.imf.org/-/media/files/publications/fandd/article/2022/march/fr/people.pdf_
