## Chine : un chemin parsemé d’embûches

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### Principaux constats sur la trajectoire récente
- Le PIB de la Chine mesuré aux taux de change du marché s’élevait à 18 300 milliards de dollars en 2022, représentant 73 % du PIB des États‑Unis, soit 10 fois plus qu’en 1990 (où il était de 7 %).
- Le revenu par habitant de la Chine est d’environ 13 000 dollars, soit environ 17 % de celui des États‑Unis, contre moins de 2 % en 1990.
- Au cours des 15 dernières années, la Chine a représenté 35 % de l’augmentation du PIB nominal mondial, contre 27 % pour les États‑Unis.
- La consommation des ménages est devenue le principal moteur de la croissance et les services représentent actuellement plus de la moitié du PIB annuel et près de la moitié de l’emploi global.
- La croissance a été historiquement alimentée par des investissements financés par un système bancaire inefficace; l’augmentation des investissements a généré environ les deux tiers de la croissance du PIB en 2009–10.

### Sources de croissance et rééquilibrage
- Objectifs déclarés du gouvernement pour rééquilibrer l’économie :
  - réduire la dépendance à l’égard d’une croissance fondée sur l’investissement et faire en sorte que la croissance du PIB repose principalement sur la consommation des ménages ;
  - que la croissance soit davantage tirée par les services que par la fabrication exigeant peu de qualifications et faiblement rémunérée ;
  - se détourner de la croissance à forte intensité de capital matériel afin d’accélérer la croissance de l’emploi.
- Progrès observés :
  - la consommation des ménages est devenue le principal moteur de la croissance ;
  - les services ont supplanté la fabrication en importance relative des investissements.
- Limites et risques internes :
  - une grande partie des investissements a été réalisée par le secteur public plutôt que par le secteur non gouvernemental ;
  - le rendement des investissements dans les entreprises d’État, qui obtiennent une part disproportionnée des crédits bancaires, n’a généralement pas été élevé.

### Perspectives de croissance (facteurs structurels)
- Population active (15–64 ans) : en décroissance; d’ici à 2030, elle devrait diminuer d’environ 1 % par an.
- Investissement non gouvernemental : ralentissement récent; en 2022, la croissance de l’investissement global en immobilisations hors immobilier a essentiellement reposé sur l’État.
- Productivité :
  - croissance moyenne historique de la productivité totale des facteurs : 3 %;
  - croissance annuelle de la productivité au cours des 10 dernières années : environ 1 %.
- Stratégie de « double circulation » : accent sur la demande intérieure, l’autosuffisance technologique et l’innovation locale, mais confrontée à des limites liées au besoin continu de technologies étrangères et aux tensions géopolitiques, ainsi qu’à la répression de certaines entreprises privées dans les secteurs de la technologie, de l’éducation et de la santé.

### Fragilités et risques potentiels
- Endettement :
  - dette des entreprises : environ 131 % du PIB;
  - dette totale des ménages : passée d’environ 30 % du PIB il y a 10 ans à plus de 60 %;
  - dette extérieure : estimée à 16 % du PIB, et moins de la moitié de cette dette est libellée en devises.
- Immobilier :
  - concentration de la dette dans le secteur immobilier; l’investissement immobilier est devenu un rempart de l’économie;
  - une chute des prix de l’immobilier ou d’autres facteurs limitant l’activité immobilière pourrait entraîner un effet domino affectant d’autres secteurs, les administrations locales et la richesse des ménages.
- Répartition des créances et risques bancaires :
  - plusieurs grands promoteurs immobiliers (ex. Country Garden, Evergrande) ont été confrontés à des difficultés financières ;
  - la plupart des grandes banques sont contrôlées par l’État et peuvent injecter des liquidités, ce qui réduit la probabilité d’un effondrement systémique mais peut différer les problèmes.
- Vulnérabilités sociales et financières liées à l’exposition des ménages au marché immobilier ; la dette totale des ménages reste inférieure à la valeur totale de leurs dépôts bancaires.
- Conséquences des interventions gouvernementales intermittentes :
  - alternance entre préservation de la confiance et volonté de laisser le marché s’autodiscipliner a parfois accentué la volatilité et accru l’incertitude des investisseurs.
- Gouvernance et transparence :
  - déficits en gouvernance d’entreprise, normes comptables et d’audit menant à une opacité aggravant la volatilité des marchés boursier et obligataire.

### Risques externes et contrôle des fuites de capitaux
- Risque d’exode des capitaux et d’effondrement monétaire jugé peu probable en raison du rôle dominant des banques d’État et de la capacité gouvernementale à garantir les dépôts et à contrôler les fuites de capitaux.
- Déséquilibre des réformes : nombreuses réformes ont ciblé le secteur financier et les marchés de capitaux, tandis que les entreprises d’État et le cadre institutionnel ont été moins réformés, ce qui constitue un risque.

### Recommandations et mesures nécessaires (implicites dans l’analyse)
- Poursuivre les réformes du secteur financier pour assurer une meilleure répartition du capital aux secteurs les plus productifs et créateurs d’emplois.
- Reconnaître les créances douteuses et purger les bilans des banques.
- Réformer les entreprises d’État pour réduire leur dépendance aux crédits bancaires.
- Améliorer la transparence des politiques, la gouvernance d’entreprise, les normes comptables et d’audit.
- Accroître l’indépendance opérationnelle de la banque centrale et des autorités de réglementation pour compléter la réforme du secteur financier.

### Scénarios plausibles pour l’avenir
- Scénario favorable : si le gouvernement « joue bien ses cartes », une croissance modérée plus durable d’un point de vue économique, social et environnemental est plausible.
- Scénario de ralentissement durable : une situation démographique défavorable, des niveaux d’endettement élevés et un système financier inefficient limiteront la croissance, même sans crise aiguë.
- Scénario de volatilité transitoire : la poursuite d’efforts contradictoires et d’interventions intermittentes pourrait accroître l’incertitude, provoquer des faux pas et réduire l’appui populaire aux réformes nécessaires.

*Extrait : Eswar Prasad, « Chine : un chemin parsemé d’embûches », décembre 2023.*

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