## LE PILIER DE LA SÉCURITÉ ÉCONOMIQUE

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### Contexte et thèse principale
- La désorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales lors de crises récentes (pandémie de COVID-19, guerre en Ukraine) place la sécurité économique au centre du débat politique.
- Thèse : un système commercial multilatéral fort fondé sur les règles de l’OMC est le meilleur moyen de garantir la sécurité économique, en offrant une "flexisécurité" permettant aux ménages et entreprises de faire face aux pénuries d’approvisionnement.
- Exemple illustratif : adaptation de l’Éthiopie après le déclenchement de la guerre en Ukraine — substitution rapide des fournisseurs internationaux pour atténuer les pénuries.

### Observations sur l’état des chaînes d’approvisionnement mondiales
- Concentration élevée des chaînes d’approvisionnement : seule une petite minorité d’entreprises américaines a des chaînes diversifiées (Antràs, Fort et Tintelnot, 2017).
- Les économistes de l’OMC estiment que 19 percent des exportations mondiales concernent des produits avec « goulets d’étranglement ».
- Evolution : ce pourcentage a doublé dans les 20 dernières années.
- Coûts irrécupérables importants associés à la formation des chaînes de valeur mondiales : identification et coordination de fournisseurs étrangers coûtent cher.
- Coût macroéconomique des désorganisations pour les entreprises : d’après McKinsey, chaque décennie, la désorganisation des chaînes d’approvisionnement coûte en moyenne aux entreprises plus de 40 percent du bénéfice d’une année.
- Malgré tensions commerciales, le commerce bilatéral Chine–États-Unis était à un niveau record en 2022, malgré le maintien de droits de douane élevés.
- Rôle de la spécialisation : les 10 percent de produits les plus essentiels représentent 90 percent des gains du commerce (Ossa, 2015).
- Estimations des économistes de l’OMC sur la fragmentation en deux blocs rivaux :
  - baisse des revenus réels d’environ 5,4 percent en moyenne;
  - relance du multilatéralisme pourrait faire gagner 3,2 percent;
  - coût d’opportunité de 8,6 percent (abandon de la coopération internationale pour entrer dans une rivalité géopolitique);
  - coûts d’opportunité par groupe de pays :
    - 6,4 percent pour les pays développés;
    - 10,2 percent pour les pays en développement;
    - 11,3 percent pour les pays les moins avancés.
- Remarque : les pays à faible revenu sont les principaux perdants potentiels car ils bénéficieraient le plus des retombées technologiques associées au commerce international.

### Données factuelles et réponse des marchés
- Exemple précis (OMC) : avant la guerre, l’Éthiopie achetait 45 percent de son blé à la Russie et à l’Ukraine; après le déclenchement du conflit, importations chutant de :
  - 75 percent pour le blé en provenance de Russie;
  - 99,9 percent pour le blé ukrainien.
- Réaction observée : augmentation sensible des importations de l’Éthiopie en provenance des États-Unis et recours à l’Argentine, fournisseur auparavant inédit.
- Résilience du commerce mondial constatée :
  - Après la flambée de COVID-19, les échanges se sont redressés en à peine trois mois après le ralentissement du deuxième trimestre 2020.
  - Un an après le début de la guerre en Ukraine, le commerce répond à nouveau très largement aux attentes, permettant d’éviter quasi-ment les pénuries dans des pays fortement exposés (Égypte, Éthiopie, Türkiye).

### Arguments pour et contre l’intervention publique
- Analyse formelle (Grossman, Helpman et Lhuillier, 2023) identifie deux défaillances de marché opposées susceptibles de justifier une intervention :
  - Sous-investissement dans la résilience si les coûts de désorganisation sont supportés par les consommateurs.
  - Surinvestissement dans la résilience si les entreprises cherchent à capter des gains exceptionnels résultant d’une désorganisation.
- Conclusion : il est difficile de trancher systématiquement en faveur de l’intervention ; les arguments en faveur de l’interventionnisme sont peu consistants en pratique.
- Exception : considérations de sécurité nationale — il existe des contextes où les entreprises n’internalisent pas les coûts externes liés à la sécurité, pouvant justifier des interventions limitées pour internaliser ces externalités.

### Intérêt d’un système commercial multilatéral fort — recommandations de cadre
- Rôle principal des pouvoirs publics : offrir un cadre économique permettant aux chaînes d’approvisionnement résilientes de prospérer.
- Objectif essentiel : défendre le système commercial multilatéral afin que les barrières aux échanges soient peu élevées, non discriminatoires et prévisibles.
- Importance des règles : un système fondé sur des règles réduit le risque de désorganisation liée aux politiques et augmente la probabilité que les marchés restent ouverts en cas d’urgence pour accéder à de nouvelles sources d’approvisionnement.
- Coût de l’érosion du système fondé sur les règles : violations des règles de l’OMC entraînent des dommages collatéraux considérables, nuisant au fonctionnement global du système multilatéral.
- Préserver la crédibilité du système est primordial — analogue au défi des banques centrales pour ancrer les anticipations d’inflation.
- Améliorations possibles du cadre : promouvoir la « remondialisation » — une mondialisation plus inclusive permettant à un plus large éventail de pays de participer aux chaînes de valeur mondiales.

_Ilustration et auteur : Ralph Ossa, FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Juin 2023._

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_Source: https://www.imf.org/-/media/files/publications/fandd/article/2023/june/french/ossa.pdf_
