## La résilience des envois de fonds

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### Aperçu général
- Les envois de fonds mondiaux ont atteint le niveau record de 647 milliards de dollars en 2022, soit trois fois le montant de l’aide internationale au développement.
- Les envois officiels sous-estiment le total réel en raison d’un usage généralisé de circuits informels.
- D’ici 2050, plus d’un milliard de personnes, majoritairement en Afrique et en Asie du Sud, devraient accroître la population en âge de travailler, renforçant l’offre et la demande de travailleurs migrants et les flux d’envois de fonds.

### Tendances récentes et résilience en période de crise
- En 2020, aux débuts de la pandémie de COVID-19, les envois de fonds se sont contractés d’à peine 1,1 percent, alors que le revenu mondial a diminué de 3 percent cette année-là.
- Sur la période 2021–22, les envois de fonds ont rebondi et augmenté de presque 20 percent.
- Après une catastrophe naturelle, les travailleurs migrants augmentent généralement le montant des envois pour soutenir leurs proches.
- Pendant la pandémie, malgré les perturbations physiques des services, les envois en ligne ont permis la continuité des transferts.

### Principales sources et destinations
- En 2022, l’Inde est devenue le premier pays à recevoir plus de 100 milliards de dollars d’envois de fonds en un an; l’Inde est le troisième destinataire mondial de ces transferts selon le texte.
- Le Mexique, la Chine et les Philippines sont aussi des destinataires importants.
- Pour des petits pays ou des pays touchés par un conflit, les envois de fonds peuvent représenter plus d’un cinquième du PIB (exemples cités : Tadjikistan, Liban, Népal, Honduras, Gambie et une dizaine d’autres pays).
- Les États-Unis sont le premier pays émetteur, surtout à destination de l’Amérique latine et des Caraïbes.
- Les pays du CCG sont la deuxième source d’envois de fonds en dollars et arrivent largement en tête pour les envois en pourcentage du PIB; l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont mentionnés comme sources majeures.
- La Russie a été une source abondante d’envois; après l’invasion de l’Ukraine en 2022, les envois vers l’Asie centrale ont fortement augmenté, en partie du fait de la hausse du prix du pétrole et de la valorisation exprimée en dollars.

### Coûts, obstacles et structure du marché
- Les clients paient en moyenne 12,50 dollars pour transférer 200 dollars vers un pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire, c’est-à-dire 6,3 percent de la transaction, soit plus du double du niveau ciblé au titre des objectifs de développement durable de l’ONU.
- En Afrique, les frais d’envoi atteignent 8 percent.
- Exemple extrême cité : envoyer 200 euros de Tanzanie en Ouganda peut revenir à plus de 70 dollars, soit 35 percent du montant de la transaction.
- Si le coût des envois de fonds baissait ne serait-ce que de 5 points de pourcentage, les coûts diminueraient de près de 30 milliards de dollars par an.
- Le marché fonctionne comme un oligopole, avec un petit nombre de fournisseurs contrôlant les réseaux exclusifs.
- Les réglementations strictes visant à contrer le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme traitent chaque transaction comme suspecte, entraînant le refus des banques de fournir des services de correspondant bancaire à des opérateurs de transfert, en particulier les fintechs et ceux opérant avec des pays fragiles (exemple cité : Somalie).
- Les coûts élevés et les restrictions favorisent le recours à des circuits informels, compliquant la lutte contre la délinquance financière.

### Potentiel inexploité et exemples d’innovation
- Le porte-monnaie électronique utilisable avec un téléphone intelligent est présenté comme le moyen le plus économique d’envoyer de l’argent; les paiements numériques ont connu un essor rapide depuis le début de la COVID-19, mais la plupart des envois exigent encore des espèces d’un côté ou de l’autre.
- Là où la réglementation a permis aux fintechs d’exploiter les technologies modernes, le coût des envois de fonds a chuté de manière spectaculaire.
- Les circuits formels d’envois peuvent améliorer l’inclusion financière en élargissant l’accès aux comptes bancaires, à l’épargne, au crédit et aux produits d’assurance.
- Les futurs flux d’envois de fonds peuvent servir de garanties d’emprunt et améliorer l’accès des pays aux marchés obligataires internationaux:
  - Au Brésil, en 2002, les banques commerciales ont levé plus d’un milliard de dollars à taux bas en émettant des obligations adossées aux futurs envois de fonds en provenance du Japon.
  - Le Nigéria a levé 300 millions de dollars en 2017 avec les obligations de la diaspora.
  - L’Inde a obtenu près de 10 milliards de dollars par une approche similaire.

### Recommandations et options politiques identifiées
- Une approche fondée sur les risques, avec des exigences réglementaires revues à la baisse pour les petits montants (moins de 200 dollars, par exemple), pourrait libérer le potentiel des envois de fonds électroniques internationaux.
- Encourager le recours accru au secteur formel peut passer par une combinaison de mesures :
  - dévaluation de la monnaie,
  - hausse des taux d’intérêt sur dépôts en devises (et autorisation de leur rapatriement),
  - élimination des exigences de rachat.
- Améliorer le climat des affaires pour canaliser les fonds vers des usages productifs est préféré à la création de taxes sur les transferts, car ces taxes risqueraient de pousser les envois vers les circuits informels.

### Perspectives
- Les migrations économiques devraient se multiplier sous l’effet de l’écart de revenu croissant entre pays riches et pauvres, des tensions démographiques et du changement climatique; cela alimentera les envois de fonds dans les prochaines décennies.
- Avec un nombre croissant de migrants et des paiements internationaux à la fois moins chers et plus simples, les envois de fonds resteront une source de revenus stable pour des millions de personnes et continueront de jouer un rôle essentiel dans l’économie mondiale.

*SEPTEMBRE 2023 — Dilip Ratha (texte de Dale Crosby-Close, F&D)*

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