## Régler la dette climatique

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### Mesure et définition de la dette climatique
- Définition : la dette climatique correspond à la somme des dommages provoqués par les émissions, mesurée à partir des émissions historiques et projetées et du coût social du carbone (impact économique par tonne de CO2 émise).
- Échantillon : estimation de la dette climatique pour 131 pays (Clements, Gupta et Liu, 2023).
- Facteurs déterminants du montant d’un pays :
  - taille de l’économie (corrélée positivement aux émissions);
  - intensité d’utilisation des combustibles fossiles par dollar de production;
  - ventilation de la consommation d’énergie (par ex. utilisation intensive du charbon).

### Chiffres clés et disparités
- Dette climatique cumulée pour 1959–2018 : environ 59 000 milliards de dollars.
- Accumulation prévue entre 2019 et 2035 : augmentation d’environ 80 000 milliards de dollars.
- Principaux contributeurs en 2018 :
  - États-Unis : 14 000 milliards de dollars.
  - Chine : 10 000 milliards de dollars.
  - Russie : 5 000 milliards de dollars.
- Dette climatique par habitant (période 1959–2018) :
  - Les États-Unis présentent le niveau le plus élevé, environ 6 fois celui de la Chine et 25 fois celui de l’Inde.
- Projections 2019–35 :
  - Les États-Unis conserveront la dette climatique par habitant la plus élevée.
  - La dette climatique par habitant de la Chine augmentera jusqu’à dépasser celle prévue dans l’Union européenne.
- Comparaison avec la dette publique :
  - Dans les pays du G20, la dette climatique équivaut à environ 81 % du PIB.
  - La dette moyenne des administrations publiques était de 88 % du PIB en 2020.
  - En valeur actualisée nette, les dépenses supplémentaires pour la santé et les retraites devraient s’élever à 25 % du PIB en moyenne dans les pays du G20 entre 2020 et 2035.
- Objectif de finance climatique non atteint :
  - Les financements actuels n’ont pas encore atteint l’objectif de 100 milliards de dollars par an.

### Scénarios d’action et résultats estimés
- Scénario 1 — mise en œuvre complète des CDN (contributions déterminées au niveau national) jusqu’en 2030 :
  - Résultat : réduction de l’accumulation de la dette climatique de 9 600 milliards de dollars (24 %).
  - Limite : la baisse est négligeable par rapport à l’accumulation prévue pour 2019–35.
  - Pays restants principaux responsables de l’accumulation : Chine et États-Unis (chiffres cités : 12,9 et 5,4 milliards de dollars, respectivement).
  - Conclusion : la mise en œuvre des CDN seule ne permet pas de répartir équitablement le fardeau de réduction de la dette climatique.
- Scénario 2 — réductions supplémentaires nécessaires pour atteindre l’objectif de 1,5 degré au‑delà des CDN :
  - Proposition : demander des réductions supplémentaires aux pays en proportion de leur part dans les émissions totales l’année en question.
  - Simulation : si tous les pays du G20 s’engageaient à ces réductions complémentaires en plus de leurs CDN, la dette climatique chuterait de 6 400 milliards de dollars supplémentaires.
  - Limite : la dette climatique des États-Unis et d’autres pays avancés resterait largement supérieure à celle des pays en développement du G20, rendant ces réductions perçues comme injustes par certains pays avancés.
  - Implication : il pourrait être impossible, d’ici à 2030, d’obtenir une réduction des émissions jugée équitable; solution alternative : prolonger la période de réduction pour les pays avancés ou renforcer l’indemnisation des pays en développement.

### Rôles de la fiscalité et des dépenses publiques
- Instruments recommandés :
  - Augmentation de la fiscalité appliquée à l’énergie, notamment taxes carbone, pour diminuer la dette climatique.
  - Utilisation des recettes pour financer d’autres dépenses et mesures d’atténuation/adaptation.
- Mesures d’accompagnement :
  - La taxation du carbone doit s’accompagner de mesures budgétaires complémentaires pour compenser les effets négatifs à court terme sur les ménages à faible revenu.
- Contraintes :
  - Pays en développement souvent limités par un espace budgétaire restreint et l’augmentation de la dette publique consécutive à la pandémie.
  - Les pays avancés ont davantage de marges pour subventionner les énergies propres; les pays en développement ont moins de moyens pour le faire.

### Éthique, justice et répartition du fardeau
- Argument d’équité : tous les êtres humains ont le même droit à un environnement épargné par le changement climatique; les pays dont la dette climatique est importante en raison de fortes émissions devraient dédommager ceux qui ont moins dégradé l’environnement.
- Capacité de paiement : la capacité à contribuer doit entrer en compte; les pays en développement seraient moins sollicités en raison de capacités de paiement plus faibles.
- Répartition pragmatique du fardeau :
  - Compte tenu des contraintes et des engagements existants (fortes réductions déjà prévues dans les CDN des pays avancés), une approche pragmatique privilégie l’intensification de l’aide des pays avancés aux pays en développement.
  - La finance climatique doit cibler l’atténuation et l’adaptation par des dons et des prêts concessionnels.

### Rôle du FMI et instruments financiers
- Le FMI dispose d’une nouvelle facilité pour la résilience et la durabilité qui octroie aux pays en développement des financements concessionnels pour la transition climatique et la préparation aux pandémies.
- Constats : les financements actuels restent insuffisants au regard du niveau colossal de la dette climatique des pays avancés.

### Conclusions et recommandations de politique
- La dette climatique créée par les émissions de CO2 est considérable et inégalement répartie.
- Même avec une mise en œuvre complète des CDN des pays du G20, la dette climatique par habitant resterait beaucoup plus élevée dans les pays avancés que dans les pays en développement.
- Recommandations clés :
  - Les pays avancés devraient intensifier l’aide fournie aux pays en développement (financement climatique sous forme de dons et prêts concessionnels).
  - Renforcer la taxation de l’énergie, y compris les taxes carbone, en accompagnant ces mesures de protections redistributives pour ménages vulnérables.
  - Considérer la capacité de paiement et l’équité intergénérationnelle dans la conception des politiques de réduction des émissions et des dispositifs d’indemnisation.

*Benedict Clements, Sanjeev Gupta et Jianhong Liu — “Régler la dette climatique” (extraits).*

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