## Définir la croissance inclusive

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### Définition et dilemme fondamental
- La croissance inclusive cherche à stimuler la richesse et le bien-être nationaux tout en luttant contre la pauvreté, en assurant l’équité intergénérationnelle et en protégeant les libertés économiques.
- Différentes interprétations de la liberté conduisent à des modèles distincts de « bonne société » et à des rôles différents de l’État.
- Exemples de conceptions de la liberté :
  - Libertariens : ingérence minimale de l’État et liberté des marchés.
  - Approche des capacités (Amartya Sen) : s’intéresse aux possibilités d’être en bonne santé, instruit et en sécurité, pas seulement à l’absence de restrictions.
- Même des défenseurs historiques de la liberté (John Locke, Adam Smith, John Stuart Mill) ont reconnu la nécessité d’une intervention publique limitée.

### Redistribution de la richesse — scénarios fiscaux et implications
- Scénario de référence : impôt sur le revenu forfaitaire de 30 percent applicable à tous.
- Proposition alternative : relever le taux à 50 percent pour les plus riches.
- Trois positions possibles face à la hausse à 50 percent :
  - Opposition : priorité à la liberté et à la croissance économiques; préférence pour un taux uniforme.
  - Acceptation conditionnelle : soutien si le supplément de recettes finance la lutte contre la pauvreté (sacrifice partiel de la liberté économique pour des initiatives anti-pauvreté ciblées).
  - Soutien sans condition sur l’affectation des recettes : position progressiste visant à réduire les inégalités de revenu.
- Politiques additionnelles promues par certains économistes progressistes (Dani Rodrik) :
  - Plus de droits liés au travail, lois antitrust, relèvement du salaire minimum, subventions, politiques industrielles ciblées, investissements publics pour créer des emplois dans des secteurs délaissés.
- Contre-arguments et risques :
  - Préoccupation sur les effets de ces politiques industrielles sur la croissance.
  - Doute quant à la capacité administrative des pouvoirs publics à appliquer ces politiques.
  - Risque d’une dérive mondiale vers un commerce protectionniste.

### Générations futures et environnement — taxation du carbone
- Proposition de politique climatique évoquée : taxation du carbone à hauteur de 35 dollars la tonne pour réduire notablement les futures émissions de carbone.
- Effet direct estimé : une telle taxe ferait augmenter les prix de l’électricité, du carburant et du chauffage d’environ 20 percent pour tous les ménages.
- Positions selon l’horizon temporel des préférences :
  - Opposition à la taxe : priorité à la croissance et aux libertés économiques actuelles; hésitation à sacrifier des ressources présentes pour des avantages futurs incertains (position fréquente dans certains pays en développement).
  - Soutien à la taxe : souci du bien-être des générations à venir; alignement avec des mesures de tarification du carbone envisagées par plusieurs pays avancés.
  - Approche écocentrée : valorisation intrinsèque de la nature et de la biodiversité, au-delà des seuls bénéfices pour l’humanité.

### Rôle de l’État et biens publics
- Biens publics évoqués : éducation, soins de santé, bien-être non marchand (air pur, etc.) que le PIB ne reflète pas.
- Justification de l’intervention publique : marché défaillant en présence d’externalités (ex. pollueurs ne paient pas pour les atteintes environnementales; sous-investissement dans l’éducation et la santé).
- Importance de l’intervention accrue dans les pays en développement en raison de l’insuffisance des infrastructures et de l’accès limité à l’éducation et aux soins de qualité.
- Positions contrastées :
  - Confiance dans l’État : l’État peut fournir efficacement certains biens publics là où les marchés échouent.
  - Méfiance envers l’État : risque de faillite, corruption, et interventions contreproductives; plaidoyer pour des solutions fondées sur le marché (ex. Ronald Coase : droits de propriété clairs et coûts de transaction minimums pour atteindre l’efficience sans intervention étatique).
- Le choix de laisser agir le marché ou d’intervenir reflète le degré de confiance dans la capacité de l’État et dans les solutions de marché.

### Valeurs, égalité des chances et éléments synthétiques
- L’approche de la croissance inclusive vise à créer des règles du jeu équitables, où l’avenir dépend du talent et des efforts plutôt que des hasards de la naissance.
- En synthèse :
  - La croissance inclusive soutient que création de richesse, liberté économique et égalité des chances peuvent coexister.
  - Le rôle de l’État dans cet équilibre dépendra des valeurs individuelles, de la confiance dans les acteurs politiques et des réalités locales.

*Ruchir Agarwal, chargé de recherche à la Harvard Kennedy School et cofondateur du Global Talent Network et du Global Talent Lab.*

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