## Dépendre du crédit pour stimuler la demande met en péril l’économie mondiale : il faut corriger les déséquilibres sous-jacents

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### L’origine des déséquilibres
- Deux forces principales à l’origine du supercycle d’endettement : l’excès d’épargne des riches et l’excès d’épargne dans le monde.
- Excès d’épargne des riches
  - La part du revenu disponible revenant aux très riches (1 % de la population) n’a cessé d’augmenter depuis 1980.
  - Les très riches épargnent une proportion beaucoup plus élevée de leur revenu disponible, ce qui a entraîné un fort excédent d’épargne accumulé par eux.
- Excès d’épargne dans le monde
  - Un groupe de pays, notamment la Chine, reproduit le phénomène d’excès d’épargne des riches : ces pays prennent une part plus élevée du revenu mondial et épargnent à un taux nettement supérieur via diverses institutions gouvernementales, notamment les banques centrales et les fonds souverains.
- Conséquence conjointe : hausse des excédents financiers qui ont financé le supercycle de la dette mondiale.

### Rôle du secteur financier et caractère improductif du financement
- Le secteur financier intermedie les excédents financiers des individus et des pays riches et les prête à divers segments de l’économie.
- Quand il fonctionne bien, le crédit finance des investissements productifs (construction, entretien d’infrastructures, développement de technologies) dont les retours permettent de rembourser la dette.
- Observation clé : le supercycle d’endettement n’a pas financé ces investissements productifs.
  - Le total de la dette a plus que doublé en pourcentage du PIB.
  - L’investissement réel en pourcentage du PIB a stagné, voire chuté, au cours des quarante dernières années.
- Le supercycle a surtout financé la consommation improductive des ménages et des gouvernements — la « demande endettée » — qui, lorsque la dette est remboursée, oblige les emprunteurs à réduire leur consommation et freine la demande globale.

### Effets sur les taux d’intérêt et les inégalités
- La demande endettée exerce une pression à la baisse sur la demande globale, incitant l’économie à compenser par une baisse des taux d’intérêt.
- Exemple chiffré : le taux d’intérêt réel à 10 ans aux États-Unis est passé d’environ 7 % au début des années 80 à des valeurs nulles, voire négatives, ces dernières années.
- Une baisse persistante des taux d’intérêt à long terme tend à augmenter les valorisations des actifs, ce qui aggrave les inégalités de richesse.
- Paradoxe : malgré la forte baisse des taux d’intérêt et l’abondance d’excédents financiers, l’investissement réel n’a pas augmenté — problématiques du côté de la demande (inégalités, excès d’épargne des riches) et du côté de l’offre (réponse restrictive en matière d’investissement).

### Facteurs de vulnérabilité de l’économie mondiale
- Une économie dépendant d’un flux constant de nouvelles dettes pour générer la demande est vulnérable aux perturbations des marchés financiers pouvant provoquer de graves ralentissements (référence : crise de 2008).
- Depuis 2008, l’économie s’appuie davantage sur la dette publique pour soutenir la demande.
  - Les gouvernements des pays avancés peuvent souvent emprunter à un taux inférieur à leur taux de croissance, facilitant le soutien du supercycle d’endettement.
  - Mais il est politiquement risqué de dépendre en permanence d’emprunts publics car cela suppose la stabilité continue des marchés financiers.
- Les récentes hausses de taux dans de nombreux pays illustrent que cette dépendance ne peut être considérée comme acquise.

### Recommandations et voies de rééquilibrage
- Nécessité de changements structurels pour une croissance plus équitable afin de réduire naturellement les risques de déséquilibres.
- Rôle de la politique fiscale
  - Un impôt sur la fortune applicable au-delà d’un certain seuil pourrait encourager les très riches à dépenser davantage, réduisant l’excès d’épargne des riches qui finance le cycle improductif de la dette.
- Réformes du côté de l’offre
  - Suppression des restrictions sur les nouvelles constructions.
  - Promotion de la concurrence.
  - Augmentation des investissements publics.
  - Objectif : élargir les possibilités d’investissement pour que la dette finance des investissements productifs plutôt qu’une demande endettée improductive.
- Limites des outils traditionnels
  - Les outils budgétaires et monétaires sont conçus pour résoudre des problèmes cycliques temporaires, non des déséquilibres structurels à long terme.
  - Un assouplissement de la politique monétaire peut stimuler la demande à court terme mais risque de restaurer une demande endettée qui pèsera de nouveau sur l’économie à long terme.

*Source : Atif Mian, MARS 2024, F&D*

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