## Une nouvelle boussole pour l’économie

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### Contexte et nécessité
- Le renouveau de l’économie doit commencer par « l’adoption d’une nouvelle boussole et d’une nouvelle carte adaptées à notre époque. »
- Référence historique: John Maynard Keynes en 1938 : « l’économie est une science qui pense en termes de modèles, associée à l’art de choisir entre ces modèles ceux qui sont pertinents par rapport au monde contemporain. »
- Problème posé : au XXe siècle, la croissance et le PIB sont devenus la boussole, mesurant le progrès « uniquement à l’aune de la valeur monétaire » et favorisant une quête d’augmentation sans fin.
- Objectif proposé pour le XXIe siècle : « l’épanouissement de l’être humain sur une planète vivante et prospère. »

### L’anneau des limites sociales et planétaires (Doughnut)
- Concept central : un anneau donnant la priorité aux besoins et droits essentiels (alimentation, eau, santé, travail décent, égalité entre les sexes) tout en protégeant les « systèmes vitaux de la Terre : un climat stable, des sols fertiles, des océans sains et une couche d’ozone protectrice. »
- Formulation synthétique : l’anneau favorise « l’épanouissement de l’humanité entre une base sociale et un plafond écologique — autrement dit, la satisfaction des besoins de tous dans les limites des moyens de la planète vivante. »
- Conséquences méthodologiques : remplacement de la mesure unique du PIB par « un tableau de bord de paramètres sociaux et écologiques diversifiés. »
- Diagnostic normative : « aucune économie au monde n’ayant répondu aux besoins de l’ensemble de sa population dans les limites des moyens de la planète vivante (le Costa Rica en est le plus proche), aucune économie ne devrait encore se considérer comme ‘développée’. »

### Repenser la macroéconomie et la carte conceptuelle
- Héritage critique : le diagramme circulaire de Paul Samuelson (années 40) a structuré la macroéconomie du XXe siècle mais omet de représenter « les grandes quantités d’énergie, de matériaux et de déchets qui interviennent dans l’activité économique. »
- Citation méthodologique : John Sterman — « les suppositions les plus importantes d’un modèle se trouvent non pas dans les équations, mais dans ce qui n’y figure pas ; non pas dans les documents, mais dans ce qui n’est pas énoncé ; non pas dans les variables sur un écran d’ordinateur, mais dans les espaces vides qui les entourent. »
- Proposition de cadre : décrire l’économie comme « un sous-système de la biosphère terrestre » et reconnaître qu’elle est « un système ouvert — caractérisé par d’importants flux entrants et sortants d’énergie et de matière — à l’intérieur de la biosphère unique et délicatement équilibrée de notre planète. »
- Redéfinition de la monnaie fondamentale : « l’énergie, et non l’argent, est la monnaie fondamentale de la vie. »
- Implication climatique et matérielle : l’objectif de dissocier les émissions de carbone et l’utilisation de matières premières de la croissance du PIB « est loin de se réaliser à la vitesse et à l’échelle requises pour éviter les points de basculement critiques. »

### Limites de la règle du prix et inclusion des valeurs non marchandes
- Critique de la « règle du prix » : le recours au prix pour mesurer coûts et bénéfices confère une apparence d’objectivité mais masque des choix politiques et des valeurs.
- Limites pratiques : « Pour la plupart des activités et des ressources, les prix n’existent pas ou ne sont pas observables. Il convient de les construire à partir d’hypothèses qui sont nécessairement incomplètes, ou biaisées pour faciliter les mesures, et qui sont souvent totalement erronées. »
- Importance des sources non marchandes : les ménages et les biens communs produisent une valeur souvent non prise en compte dans le PIB mais essentielle au bien‑être.
  - Exemple : « les soins non rémunérés prodigués surtout par les femmes à domicile, qui sont essentiels au bien‑être et qui subventionnent systématiquement le travail rémunéré. »
  - Exemple : « les biens communs » (logiciels libres, Wikipédia, gestion des bassins hydrographiques transnationaux) fournissent des biens et services dont la valeur n’est pas prise en compte dans les échanges monétaires.

### Recommandations et implications politiques
- Adopter une nouvelle boussole mesurant l’épanouissement humain dans les limites planétaires plutôt que la croissance infinie du PIB.
- Remplacer la mesure unique du PIB par « un tableau de bord de paramètres sociaux et écologiques diversifiés. »
- Élaborer des modèles macroéconomiques reconnaissant que l’économie est un sous‑système du monde vivant.
- Repenser la finance « de façon à la mettre au service de l’économie réelle, au service de la vie. »
- Formuler des politiques et règles internationales permettant aux gouvernements « de s’atteler à leur agenda économique, social et environnemental tout en évitant les politiques explicitement préjudiciables aux autres pays » et délimiter clairement « la frontière entre les domaines où la coopération mondiale est nécessaire et ceux où l’action nationale devrait avoir la priorité. »
- Abandonner les « solutions à l’emporte‑pièce » et stimuler l’imagination collective pour proposer des réponses concrètes aux défis : « accélération de la transition climatique, création d’économies inclusives et promotion du développement économique des pays pauvres. »

*Kate Raworth — F&D, MARS 2024*

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