## EUROPE : L’IMPÉRATIF D’INTÉGRATION

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### Contexte et défis extérieurs
- L’invasion de l’Ukraine par la Russie a révélé des vulnérabilités dans l’énergie et la sécurité et a déstabilisé les chaînes d’approvisionnement et le commerce.
- L’alliance transatlantique est sous tension et l’Europe s’est engagée à augmenter les dépenses militaires tout en protégeant les services publics et les systèmes de protection sociale.
- La reprise post‑pandémique s’est essoufflée; la stagnation de la productivité pèse sur la croissance à moyen terme.
- La population d’âge actif européenne devrait diminuer de 54 millions d’ici la fin du siècle, compliquant la création de croissance et l’élévation des niveaux de vie.

### Bilan du marché unique et portée économique
- Le marché unique regroupe 450 millions d’habitants de 27 pays.
- L’Union européenne représente environ 15 % du PIB mondial en dollars courants.
- Le marché unique demeure inachevé : secteurs stratégiques (énergie, finances, communications) exclus dès le départ.
- L’élargissement de 2004 : le PIB par habitant des pays ayant rejoint en 2004 est supérieur de 30 % à ce qu’il aurait été sans accession; pour les pays déjà membres, le PIB par habitant est supérieur de 10 % à ce qu’il aurait été sans l’élargissement.

### Obstacles au commerce et coût de la fragmentation
- D’après une étude du FMI (2024), le niveau élevé des barrières commerciales intra‑européennes équivaut à un coût ad valorem de 44 % pour les produits manufacturés et de 110 % pour les services.
- L’UE pourrait rehausser son PIB de 7 % en réduisant de 10 % les obstacles internes au commerce des marchandises et à la production multinationale.
- Les barrières freinent la concurrence, augmentent les prix et réduisent la productivité.

### Marchés de capitaux et épargne
- La capitalisation totale des bourses du bloc européen avoisinait 12 000 milliards de dollars en 2024, soit 60 % du PIB des pays participants.
- La capitalisation cumulée des deux plus grandes bourses américaines atteignait 60 000 milliards de dollars, soit plus de 200 % du PIB des États‑Unis.
- Le taux d’épargne des ménages de l’UE est proche de 15 % du PIB, pratiquement trois fois supérieur à celui des Américains.
- En 2022, quand les Américains investissaient 4,60 dollars dans des actions ou des fonds, les Européens n’investissaient que 1 dollar.
- Les marchés de capitaux européens restent fragmentés et favorisent des financements bancaires garantis par des actifs physiques, défavorables aux entreprises détentrices d’actifs immatériels.

### Déficit de productivité et structure des entreprises
- La productivité totale des facteurs en Europe est inférieure de 20 % à celle mesurée aux États‑Unis.
- Le revenu par habitant dans les principaux pays avancés de l’UE est inférieur d’environ 30 % à la moyenne des États‑Unis.
- Les entreprises technologiques cotées aux États‑Unis ont vu leur productivité s’accroître d’environ 40 % ces vingt dernières années; les homologues européennes n’ont quasiment pas progressé.
- Les dépenses de R‑D des entreprises américaines ont triplé pour atteindre 12 % du chiffre d’affaires, soit trois fois le ratio mesuré en Europe (4 % en moyenne dans les dernières décennies).
- L’UE compte trop d’entreprises de petite taille, anciennes et à faible croissance :
  - Environ une personne sur cinq travaille dans une microentreprise (jusqu’à 10 salariés) en Europe.
  - Une entreprise européenne moyenne créée depuis au moins 25 ans emploie une dizaine de personnes; une entreprise comparable aux États‑Unis emploie 70 personnes.
- Les jeunes entreprises à forte croissance sont peu nombreuses en Europe; les futures « licornes » quittent l’UE pour les États‑Unis à un rythme 120 fois plus rapide que l’inverse.

### Priorités de réforme et recommandations politiques
- Poursuivre des politiques macroéconomiques avisées pour garantir la stabilité des prix et préserver la viabilité budgétaire tout en relevant les défis de dépense.
- Abaisser les obstacles intérieurs aux échanges de marchandises et, surtout, aux services en libéralisant les secteurs protégés, en harmonisant les réglementations et en ouvrant les secteurs protégés.
- Achever l’intégration des marchés de capitaux en créant une union pour l’épargne et l’investissement :
  - Réexaminer le régime prudentiel de l’assurance.
  - Harmoniser la surveillance des marchés de capitaux.
  - Orienter l’épargne vers des investissements à grande échelle et à long terme.
- Réformer les marchés du travail, renforcer le capital humain et améliorer la fiscalité pour promouvoir la croissance.
  - Les pays avancés devraient déréglementer les marchés de produits, approfondir les marchés du crédit et des capitaux et promouvoir l’innovation.
  - Les pays d’Europe centrale, d’Europe de l’Est et d’Europe du Sud‑Est devraient investir dans une main‑d’œuvre qualifiée, alléger les démarches administratives et améliorer la gouvernance.
- Favoriser l’intégration des marchés pour donner accès aux capitaux aux jeunes entreprises à forte croissance et réformer la réglementation du capital‑risque.
- Coordonner ou définir à l’échelle de l’UE les politiques industrielles pour corriger les défaillances du marché sans protéger indûment les secteurs existants.

### Gains attendus et renforcement de la résilience
- Un marché unique plus fort améliorerait les perspectives économiques de l’UE, soutiendrait ses priorités et accroîtrait sa résilience.
- Les entreprises opérant sur un marché plus vaste seraient moins exposées aux fluctuations nationales; les portefeuilles d’épargne seraient mieux diversifiés à l’échelle de l’UE.
- Un marché de l’énergie intégré réduirait la dépendance aux importations de pétrole et de gaz, protégerait contre la volatilité mondiale et ferait baisser les prix à la consommation.
- L’intégration a historiquement transformé des économies (ex. effets positifs mesurés après l’élargissement de 2004).

*Alfred Kammer, F&D, JUIN 2025.*

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