## Le dividende de longévité

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### Aperçu et messages principaux
- Le discours pessimiste sur le vieillissement démographique repose sur deux constats : la baisse du taux de natalité et l'augmentation de la longévité, qui, selon la vision courante, feraient grimper les coûts des pensions et des soins, supportés par un nombre relativement inférieur de travailleurs.
- Points factuels et tendances :
  - Une personne sur dix dans le monde a aujourd’hui plus de 65 ans et, selon les prévisions, cette proportion doublera d’ici 50 ans.
  - En Europe, la main-d’œuvre a augmenté de 17 millions de personnes ces 10 dernières années; 90 % de ces travailleurs additionnels sont âgés de plus de 50 ans selon l’OCDE.
  - Au Japon et en Chine la décroissance démographique est déjà en cours; dans ces pays et en Europe, le nombre de personnes d’âge médian augmente fortement.
- Proposition centrale : l’augmentation du nombre de personnes âgées, combinée à une plus grande probabilité que celles-ci restent actives, peut devenir un « dividende de longévité » si les sociétés révisent leur approche du vieillissement en investissant dans la santé et le capital humain des personnes plus âgées.

### S'adapter à la longévité
- Transformation démographique :
  - Au XXe siècle, l’accroissement du nombre de personnes âgées de 40 à 60 ans a prolongé la période de vie active.
  - Au XXIe siècle, l’accroissement porte davantage sur les personnes de 60 à 90 ans.
- Implications pour les systèmes existants :
  - Si les comportements individuels et les systèmes sociaux restent calqués sur l’espérance de vie du siècle précédent, les coûts des régimes de retraite et des soins de santé augmenteront et pourront devenir des entraves économiques, surtout dans les pays riches.
  - Relever l’âge légal de la retraite assainit les finances publiques mais n’aide pas intrinsèquement les individus à travailler plus longtemps.
- Recommandations générales :
  - Recentrer les politiques sur l’adaptation à une espérance de vie plus longue plutôt que sur l’augmentation de la natalité ou l’immigration comme seul remède.
  - Investir dans le capital humain et social des personnes âgées constitue la solution viable à long terme.

### Expansion de la morbidité
- Transition épidémiologique :
  - Les maladies chroniques non transmissibles représentent maintenant 60 % de la charge des maladies à travers le monde et 81 % dans l’Union européenne.
  - L’espérance de vie en bonne santé n’a pas crû aussi rapidement que l’espérance de vie globale, entraînant une expansion de la morbidité.
- Risque du statu quo : le système actuel risque de maintenir les gens en vie mais pas en bonne santé, augmentant les coûts pour les particuliers, les familles et la société.
- Opportunités préventives :
  - Facteurs rendant la médecine préventive plus faisable :
    - La longévité accrue accroît la probabilité d’être atteint d’une maladie chronique.
    - L’accessibilité croissante des données sur les risques structurels et des données génétiques permet des interventions ciblées; l’amélioration de la santé est liée à la lutte contre la pauvreté.
    - Progrès en biologie offrant de nouvelles approches préventives (ex. effets des médicaments de type GLP-1 comme Ozempic et Wegovy; développement de la biologie du vieillissement).
  - Investir dans les sciences de la vie et les produits biopharmaceutiques peut conduire à des traitements et modes de prévention plus efficaces et plus rentables (ex. amélioration des vaccins pour les personnes âgées).

### Approche fondée sur le parcours de vie
- Principe : pour maintenir les gens en bonne santé jusqu’à 90 ans, la prise en charge doit commencer dès l’enfance ou au plus tard au milieu de la vie.
- Indicateur recommandé : mesurer l’espérance de vie en bonne santé plutôt que mesurer les résultats selon les traitements et interventions chirurgicales.
- Financement :
  - Les coûts des soins et des services sociaux augmentent déjà dans l’Union européenne; la prévention exigera des dépenses additionnelles.
  - Les États devront s’endetter davantage ou trouver des mécanismes de financement novateurs, comme des obligations à impact social, pour financer par des gains futurs le surcroît actuel de dépenses en santé.
- Rôle des technologies et politiques transversales :
  - Robotique (ex. Japon) pour pallier la pénurie de personnel infirmier.
  - Potentiel des innovations numériques et de l’intelligence artificielle pour une médecine personnalisée et des soins préventifs; nécessité d’investir dans la formation numérique pour tous les groupes d’âge.
  - Mobilisation de secteurs hors santé (entreprises, administrations publiques, communautés, alimentation, habitat) et politiques publiques telles que la taxation des aliments nocifs pour la santé et les campagnes d’éducation à un mode de vie sain.
  - Importance de réduire les inégalités pour permettre au maximum de personnes de contribuer économiquement.

### Stimuler l’emploi des plus âgés
- Situation observée :
  - Près de 90 % des Européens en fin de quarantaine font partie de la main-d’œuvre active.
  - Le taux de participation chute à moins de la moitié de la population au début de la soixantaine.
- Effets macroéconomiques de la prévention en santé :
  - Une personne diagnostiquée d’une maladie cardiovasculaire à 50 ans est 11 fois plus susceptible de quitter son emploi au Royaume‑Uni.
  - Données du Royaume‑Uni (Schindler et Scott, à paraître) : une réduction de 20 % de l’incidence des six principales maladies chroniques suffirait à majorer le PIB de 1 % en 5 ans et de 1,5 % en 10 ans, principalement via une hausse du taux de participation, effet plus marqué chez les travailleurs âgés de 50 à 64 ans.
- Mesures pour prolonger l’activité professionnelle :
  - Adapter les emplois aux préférences et capacités des personnes âgées : régimes de travail plus souples, tâches moins exigeantes physiquement, plus d’autonomie.
  - Faciliter le recyclage et la transition professionnelle tout au long du parcours de vie.
  - Mettre en place des lois contre la discrimination fondée sur l’âge.
  - Réduire la concurrence entre travailleurs jeunes et âgés pour limiter les effets négatifs sur les carrières des plus jeunes.

### La démographie n’a rien d’inéluctable — gains attendus
- Argument normatif : la démographie ne doit pas être acceptée comme un destin inéluctable; une myriade d’actions individuelles et publiques modifie la manière dont nous vieillissons.
- Triple dividende de longévité attendu si l’adaptation est priorisée :
  - Une vie plus longue.
  - Une vie en meilleure santé.
  - Une vie plus productive.
- Appel à l’action : saisir l’occasion offerte par l’allongement de la longévité pour réingénier les systèmes de santé, augmenter les investissements dans le capital humain des personnes âgées et repenser les politiques d’emploi et sociales. 

*Andrew Scott et Peter Piot, F&D, JUIN 2025.*

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