## Chapitre 1 : La politique budgétaire à l’épreuve d’une grande année électorale

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### Contexte et enjeux
- Les perspectives économiques et financières mondiales évoluent « vers la stabilité (Perspectives de l’économie mondiale, avril 2024) », mais la normalisation de la politique budgétaire doit composer avec un niveau élevé de dette et de déficits hérité du passé.
- Après une nette réduction des déficits budgétaires et des niveaux de la dette publique en 2021–22, les agrégats budgétaires ont connu un revirement en 2023, interrompant le processus de normalisation.
- Un resserrement budgétaire est nécessaire pour préserver la viabilité des finances publiques, reconstituer des marges de manœuvre, et aborder la « dernière ligne droite » de la désinflation, en particulier pour les économies en surchauffe.

### Évolution récente des finances publiques
- Quatre ans après le début de la pandémie de COVID-19, les déficits budgétaires et l’endettement sont plus élevés par rapport aux prévisions établies avant la pandémie.
- La hausse des taux d’intérêt a accru les charges d’intérêt.
- Les dépenses au titre des prestations sociales, des subventions et des transferts monétaires se sont accrues après l’extension des mesures d’aide adoptées en réponse à la pandémie et aux chocs liés aux prix de l’énergie.
- De nombreux pays ont lancé de nouvelles initiatives budgétaires : réduction des impôts et des cotisations de sécurité sociale, augmentation des dépenses (hausse de la masse salariale et des prestations sociales), et mesures de politique industrielle.
- Ces initiatives ont été seulement partiellement compensées par les gains de recettes liés à l’inflation passée, lorsque les variations inattendues de l’inflation se sont estompées et que les tranches d’imposition ont été alignées sur la croissance des salaires.
- Pour la plupart des pays en développement à faible revenu, les financements restent limités et déterminent l’évolution de leurs soldes budgétaires.

### Risques et perspectives pour 2024 et au-delà
- En 2024, les déficits primaires globaux devraient se réduire à 4,9 % du PIB.
- 2024 est une « grande année électorale » : 88 pays ou zones économiques représentant plus de la moitié de la population et du PIB mondiaux ont déjà organisé ou organiseront des élections cette année.
- Les données empiriques montrent que la politique budgétaire a tendance à être plus souple et les dérapages plus importants lors des années électorales.
- Le temps nécessaire pour ramener l’inflation à l’objectif ciblé reste incertain.
- Le relâchement de la politique budgétaire et l’augmentation des niveaux d’endettement, conjugués au resserrement de la politique monétaire, ont contribué à la hausse des rendements des obligations publiques à long terme et à leur volatilité accrue aux États-Unis, ce qui accroît les risques par contagion des taux d’intérêt.
- Le ralentissement de la croissance et les remous financiers en Chine pourraient peser sur la croissance et le commerce mondiaux et poser des problèmes budgétaires aux pays liés commercialement et par l’investissement à la Chine.
- Les États pourraient être poussés à prolonger le soutien budgétaire en cas de nouvelles perturbations de l’offre et de nouveaux chocs de prix.
- Les risques de refinancement de la dette restent élevés dans de nombreux pays.
- Sur la base des politiques actuelles, les agrégats budgétaires ne devraient connaître qu’une légère amélioration ; les niveaux de déficit et d’endettement devraient rester plus élevés à moyen terme par rapport aux prévisions établies avant la pandémie.
- La dette publique mondiale devrait frôler les 99 % du PIB d’ici 2029, tirée par la Chine et les États-Unis où la dette publique, compte tenu des politiques actuelles, devrait continuer à augmenter et dépasser ses niveaux records.
- Les pressions à la dépense pour faire face aux enjeux structurels (transitions démographique et écologique) s’intensifient, tandis que le ralentissement des perspectives de croissance et la persistance de taux d’intérêt élevés risquent de restreindre encore l’espace budgétaire de la plupart des pays.

### Recommandations de politique budgétaire
- Un rééquilibrage budgétaire s’impose dans la plupart des pays pour améliorer la viabilité de la dette et la stabilité financière.
- Le rééquilibrage devrait se faire à une cadence réfléchie, tenant compte des risques budgétaires et de la vigueur de la demande privée, mais des mesures immédiates sont nécessaires dans de nombreux cas, en particulier lorsque les risques souverains sont élevés et qu’il n’existe pas de cadre réaliste d’action à moyen terme.
- Mettre fin immédiatement aux mesures d’aide prises pendant la crise et résister à l’influence du cycle électoral sur la politique budgétaire et à la pression pour augmenter encore les dépenses.
- Réformes pour contenir les pressions accrues sur les dépenses :
  - Réformes des prestations sociales dans les pays avancés à population vieillissante.
  - Amélioration du ciblage et de l’efficacité des systèmes de protection sociale pour soutenir les couches les plus vulnérables.
- Adopter un dosage judicieux de mesures budgétaires qui soutiennent l’innovation dans les secteurs à retombées importantes et privilégient le financement public de la recherche fondamentale pour stimuler la croissance à long terme des pays situés à la frontière technologique.
- Les recettes fiscales devraient évoluer de concert avec les dépenses.
- Les pays émergents et les pays en développement disposent d’une grande marge de manœuvre pour accroître leurs recettes fiscales par la modernisation des systèmes fiscaux, l’élargissement des bases d’imposition et le développement des capacités institutionnelles.
- L’accroissement des recettes fiscales pourrait contribuer à financer des investissements publics stratégiques nécessaires à la diffusion des technologies vertes et numériques.
- Un cadre budgétaire réaliste et fondé sur le risque pourrait orienter le processus de reconstitution d’espace budgétaire et de réduction de la vulnérabilité de la dette.

### Coopération internationale
- Il est nécessaire de renforcer la coopération internationale pour faire face aux difficultés multiples.
- Accélérer l’amélioration de l’architecture mondiale de restructuration de la dette, notamment grâce au cadre commun du Groupe des Vingt et au renforcement du dispositif mondial de sécurité financière, pour aider les pays les plus vulnérables en situation de surendettement à rétablir la viabilité de leur dette.
- Poursuivre la mobilisation sur les aspects techniques, notamment dans le cadre de la table ronde mondiale sur la dette souveraine.
- Améliorer la transparence des finances publiques et de la dette pour faciliter le processus de restructuration de la dette.
- La coopération internationale en matière de fiscalité des entreprises et de tarification du carbone encouragera les investissements nécessaires et la mobilisation des ressources pour affronter des enjeux communs.

*Source : Chapitre 1, Moniteur des finances publiques, avril 2024 (Fonds monétaire international).*

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