## Tracer la voie d’une reprise

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### Aperçu général et situation actuelle
- Les risques à court terme pour la stabilité financière dans le monde sont maîtrisés pour le moment grâce à des mesures sans précédent des pouvoirs publics qui ont maintenu le flux de crédit à l’économie et évité une réaction en chaîne néfaste au niveau macrofinancier.
- Les facteurs de vulnérabilité continuent d’augmenter pour les sociétés non financières et pour les États, qui ont creusé les déficits budgétaires pour se porter au secours de l’économie.
- La perspective d’une reprise restera très incertaine tant que des traitements et des vaccins efficaces contre la COVID-19 ne seront pas disponibles.
- La détérioration des perspectives économiques devrait entraîner une forte contraction de la production mondiale en 2020; l’économie mondiale devrait ensuite croître de 5,2 % en 2021, d’après l’édition d’octobre 2020 des Perspectives de l’économie mondiale (PEM).
- Les conditions financières mondiales sont restées accommodantes depuis la Mise à jour de juin 2020; baisse des taux d’intérêt sans risque et augmentation des valorisations d’entreprises dans les pays avancés; assouplissement aussi dans les pays émergents (sauf Chine), même si beaucoup supportent encore des coûts de financement extérieurs plus élevés qu’avant la COVID-19.
- Les marchés d’actions ont fortement rebondi après les creux du printemps, avec des performances disparates selon pays et secteurs (fort rebond en Chine et aux États-Unis porté par les technologies; secteurs dépendants des contacts interpersonnels et secteurs énergie/finance en retrait).

### Entreprises non financières : liquidité, endettement et défauts
- Les entreprises non financières sont soumises à d’importantes contraintes de liquidités depuis le déclenchement de l’épidémie.
- De nombreuses entreprises, notamment celles dont les bénéfices sont tombés au-dessous de leurs charges d’intérêts, se sont endettées davantage pour faire face aux pénuries de liquidités.
- Les pressions sur les liquidités risquent de dégénérer en insolvabilités à mesure que la crise se poursuit, surtout si l’activité tarde à se rétablir.
- Les petites et moyennes entreprises sont plus vulnérables que les grandes entreprises capables de se financer sur les marchés; elles sont surreprésentées dans les secteurs fortement tributaires des contacts interpersonnels (hôtellerie, restauration, divertissement), qui ont beaucoup souffert.
- L’ampleur des défauts dépendra de la portée et de la durée des mesures de soutien à l’économie, et de la rapidité de la reprise, qui variera considérablement selon les secteurs et les pays.

### Système bancaire et risques de fonds propres
- Les banques ont abordé la crise avec des volants de fonds propres et de liquidités nettement plus importants qu’en 2008-09, ce qui leur a permis de continuer à faire crédit à l’économie.
- Les mesures de soutien et la flexibilité réglementaire ont vraisemblablement incité les banques à prêter; toutefois, certaines banques commencent déjà à durcir leurs critères d’octroi de prêts, ce qui pourrait freiner le redressement.
- Analyse prospective de la solvabilité des banques dans 29 pays (hors Chine) :
  - Dans le scénario de référence des PEM d’octobre 2020, la plupart des banques devraient être en mesure de couvrir leurs pertes tout en maintenant leurs volants de fonds propres au-dessus des exigences minimales.
  - Dans le scénario défavorable des PEM, de nombreuses banques pourraient voir leurs volants de fonds propres fortement érodés, limitant leur capacité de crédit.
  - Même en présence de mesures d’atténuation, le déficit de fonds propres au regard des exigences réglementaires de base pourrait atteindre 220 milliards de dollars.

### Établissements financiers non bancaires et contagion
- Les établissements financiers non bancaires présentaient déjà une forte vulnérabilité juste avant la crise; les mesures de soutien les ont aidés, mais ils demeurent très fragiles.
- Risques spécifiques :
  - Si les pertes au titre des investissements de portefeuille étaient plus élevées et les durées de remboursement plus longues que lors des ventes massives de mars, les gestionnaires de patrimoine pourraient être contraints à des cessions précipitées d’actifs.
  - Leur rôle grandissant sur les marchés du crédit, notamment dans les segments les plus risqués, et leurs liens croissants avec les banques pourraient favoriser la contagion au système financier.

### Vulnérabilité des États et besoins de financement des pays émergents
- La vulnérabilité des États s’est accrue avec l’extension des dispositifs de relance budgétaire; les États pourraient faire face à une augmentation soudaine du montant de leurs passifs conditionnels.
- Dans plusieurs secteurs, des vulnérabilités concomitantes existent : 6 des 29 pays dont le secteur financier est d’importance systémique présentent désormais une forte vulnérabilité au niveau des entreprises, des banques et de l’État.
- Les besoins de financement des pays émergents ont très nettement augmenté; des craintes sur le surcroît d’endettement et des fondamentaux faibles ont pu réduire la demande d’obligations en monnaie nationale de la part d’investisseurs étrangers.
- Certains pays préémergents ont vu leurs coûts d’emprunt atteindre des niveaux prohibitifs; l’octroi d’une aide officielle pourrait s’avérer indispensable.
- Dans certains pays émergents, les banques centrales ont acheté une part considérable des obligations sur le marché secondaire pour stabiliser le marché.

### Feuille de route pour les politiques monétaires et financières (phases et priorités)
- Phase de réouverture / soutien immédiat :
  - Politique monétaire : maintenir une politique accommodante pour favoriser le redressement.
  - Apport de liquidités : prolonger les mesures d’aide mais faire évoluer la tarification pour encourager un retour progressif à la normale.
  - Offre de crédit : encourager les banques à puiser dans leurs volants de fonds propres et de liquidité pour continuer à prêter.
  - Secteur privé non financier : accorder des moratoires sur le service de la dette seulement lorsque c’est nécessaire pour empêcher des faillites généralisées; aider les entreprises viables par restructuration diminuant le poids de la dette, aide à la solvabilité (le cas échéant) et renégociations extrajudiciaires efficientes.
  - Aide multilatérale : accorder des aides aux pays émergents et pays préémergents qui rencontrent des difficultés de financement.
- Phase de retrait progressif / redressement :
  - Politique monétaire : maintenir une politique accommodante tant que les objectifs de politique monétaire ne seront pas atteints.
  - Apport de liquidités : mettre fin progressivement aux mesures en place.
  - Offre de crédit : exiger des banques qu’elles reconstituent petit à petit leurs volants de fonds propres et de liquidités, qu’elles élaborent des plans réalistes pour réduire leur encours d’actifs à problèmes et qu’elles créent des marchés pour ces actifs à problèmes.
  - Secteur privé non financier : recapitaliser, restructurer, ou procéder à la liquidation des entreprises qui ne sont pas viables.
  - Reprise économique verte : encourager une gestion plus volontariste des risques climatiques et des investissements verts.
  - Passage au numérique : encourager davantage les investissements dans le numérique pour accroître l’efficience et l’inclusivité du secteur financier.
  - Secteur financier non bancaire : consolider le cadre réglementaire pour remédier aux facteurs de vulnérabilité découverts lors de la crise de la COVID-19.
  - Des taux plus bas, plus longtemps : mettre en œuvre des mesures prudentielles pour limiter la prise de risques dans un environnement où les taux d’intérêt vont être plus bas, plus longtemps.

### Politiques structurelles et rattrapage post-pandémie
- La mise en place d’un dispositif efficace de restructuration de la dette sera indispensable pour réduire le surendettement et procéder à la liquidation des entreprises non viables.
- Les pays à faible revenu en difficulté de financement pourront être amenés à solliciter une aide multilatérale.
- La crise offre une opportunité de jeter les bases d’une transition vers une économie plus verte, malgré les reculs temporaires possibles en matière d’environnement.
- Une fois la pandémie pleinement maîtrisée, priorité à :
  - reconstitution des volants de fonds propres des banques;
  - renforcement de la réglementation des établissements financiers non bancaires;
  - mise en place d’un contrôle prudentiel renforcé pour limiter les prises de risques excessives dans un environnement de taux durablement bas.

*Fonds monétaire international | Octobre 2020 — Panorama de l’édition d’octobre 2020 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde (Global Financial Stability Report — GFSR), résumé exécutif.*

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