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### Contexte et évolution des marchés
- Depuis l’édition d’octobre 2023 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde, sentiment positif des marchés anticipant le « dernier kilomètre » de la désinflation et un assouplissement des politiques monétaires.
- Taux d’intérêt globalement en baisse, cours des actions en hausse d’environ 20 % dans le monde entier, et resserrement notable des écarts de taux sur les obligations d’entreprise et les obligations souveraines.
- Détente des conditions financières mondiales.
- Entrées de capitaux renforcées vers de nombreux pays émergents; certains pays préémergents et pays à faible revenu ont renoué avec l’émission d’obligations d’État.
- Probabilité estimée de sorties de capitaux dans les pays émergents diminuée.
- Scénario d’atterrissage en douceur gagne du terrain en raison de données économiques supérieures aux prévisions dans de nombreuses régions.
- Avertissement : l’inflation mondiale se maintenant au-dessus des cibles pourrait remettre en question les anticipations d’assouplissement et créer de l’instabilité; oscillations récentes de l’inflation hors énergie et alimentation rappellent que la désinflation n’est pas terminée.

### Risques saillants à court terme
- Immobilier commercial : prix mondiaux en baisse de 12 % en termes réels au cours de l’année dernière; plus fortes baisses dans l’immobilier de bureau aux États-Unis et en Europe.
  - Les banques semblent globalement capables d’absorber les pertes, mais certains pays présentant de gros volumes de créances dans ce secteur pourraient connaître des tensions plus prononcées.
  - Certaines banques pourraient subir des pertes plus lourdes, exacerbées par des financements moins stables.
- Immobilier résidentiel : prix réels des logements en baisse dans la plupart des pays, restant généralement supérieurs aux niveaux d’avant la pandémie.
  - Baisse annuelle réelle plus marquée dans les pays avancés (–2,7 %) que dans les pays émergents (–1,6 %).
  - Ratios de viabilité de l’endettement des ménages à des niveaux modérés mondialement; une vague de défauts hypothécaires demeure un risque extrême.
- Volatilité des actifs : généralement diminuée à des niveaux inédits depuis plusieurs années; corrélation moyenne entre actions, obligations, crédit et indices de produits de base dépasse le seuil historique du 90e centile.
  - Faible volatilité masque la sensibilité accrue des marchés aux données économiques, notamment d’inflation; des surprises d’inflation importantes pourraient provoquer un renversement brutal du sentiment et un durcissement des conditions financières.
- Résilience financière immédiate : fissures révélées par les taux élevés pendant le resserrement monétaire ne se sont pas aggravées; faillites bancaires en Suisse et aux États-Unis en mars 2023 non propagées et indicateurs de solidité majoritairement rassurants.
- Indicateur de « croissance à risque » du FMI : probabilité de révision à la baisse de la croissance mondiale au cours de l’année à venir diminuée.

### Vulnérabilités à moyen terme
- Accumulation continue de la dette publique et privée dans pays avancés et pays émergents, pouvant amplifier les effets des chocs négatifs et accroître les risques de révision à la baisse de la croissance.
- Pays émergents : bonne résistance, inflation sensiblement ralentie sous l’effet d’un resserrement agressif et rapide des banques centrales; certains ont entamé des baisses de taux.
  - Préoccupation : viabilité des finances publiques à moyen terme. Avec taux d’intérêt et déficits encore élevés, inflation ralentissant et croissance marquant le pas, de nombreux émergents doivent assumer des coûts de refinancement élevés en termes réels par rapport à la croissance.
- Pays préémergents et pays à faible revenu : bénéfice de la détente des conditions financières mondiales; écarts des obligations souveraines high-yield supérieurs aux obligations investment-grade ces derniers mois après des niveaux historiquement élevés en 2023.
  - Grand nombre d’obligations en monnaie forte arrivent à échéance au cours des deux prochaines années dans de nombreux pays.
  - Les banques des pays en développement à faible revenu ont augmenté leurs avoirs en dette souveraine, accroissant le risque d’interdépendance entre système bancaire et États.
- Chine : marché immobilier résidentiel en récession, peu de signes de stabilisation; baisses des prix des logements neufs modérées mais chute des prix des logements existants et forte baisse des indicateurs d’activité (lancements, ventes, investissements).
  - Pression sur le marché boursier chinois et lourdes pertes pour certains acteurs du secteur de la gestion des actifs, risque de contagion aux marchés des obligations et du financement.
  - Mesures des autorités depuis le troisième trimestre de 2023 n’ont pas encore inversé le sentiment.
- Entreprises et marchés du crédit :
  - Écarts de taux des obligations d’entreprises resserrés depuis octobre 2023 malgré une récente baisse de vigueur de l’augmentation des bénéfices.
  - Volants de trésorerie des entreprises érodés en 2023 en raison du niveau élevé des taux d’intérêt : à partir du troisième trimestre de 2023, environ un tiers des petites entreprises dans les pays avancés et plus de la moitié dans les pays émergents avaient un ratio trésorerie/charge d’intérêts inférieur à 1.
  - Volume important de dette des entreprises arrivant à échéance l’année à venir à des taux largement supérieurs aux coupons existants, risque de difficultés de refinancement.
  - Croissance du crédit privé plus rapide dans ce cycle que lors des précédents; vulnérabilités des marchés du crédit privé : fragilité relative des emprunteurs à haut rendement fortement levés, part croissante de véhicules d’investissement semi-liquides, niveaux multiples d’effet de levier, valorisations potentiellement subjectives, interconnexions.
- Marchés obligataires et financement des États :
  - Besoin probable d’émissions obligataires massives dans certains pays avancés pour financer déficits.
  - Resserrements quantitatifs : Banque d’Angleterre à des rythmes annuels de 100 milliards de livres sterling, Banque centrale européenne 212 milliards d’euros, Réserve fédérale 780 milliards de dollars, plus autres programmes de resserrement d’autres banques centrales — évolution de la base d’acheteurs de titres d’État.
  - Nouveaux acheteurs marginaux potentiellement plus sensibles aux prix et à la viabilité de la dette, conduisant à une plus grande volatilité des marchés obligataires à moyen terme.
  - Risque que certains États aient de plus en plus de mal à assurer le service de leur dette, aboutissant à un cercle vicieux où « la dette engendre encore plus de dette ».
- Système bancaire :
  - Majorité des banques résistantes après les perturbations de mars 2023; amélioration des volants de fonds propres, de liquidité et de rentabilité, hausse des cours bancaires.
  - Cependant, un sous-groupe de banques demeure vulnérable : banques dont les actifs cumulés représentent 33 mille milliards de dollars, soit 19 % des actifs du système bancaire mondial, ont dépassé les seuils d’au moins trois des cinq principaux indicateurs de risque — principalement banques chinoises et américaines.
  - Dans certaines banques chinoises, dépassements dus à des ratios de fonds propres en baisse et inquiétudes sur la qualité des actifs; certaines grandes banques régionales aux États-Unis font face à pressions multiples.
- Établissements non bancaires :
  - Organismes de placement collectif investis en obligations, notamment ciblant actifs moins liquides, ont reçu d’importants flux; risque de recours excessif à la transformation des liquidités réémergent.
- Cybersécurité :
  - Accélération de la transition numérique et tensions géopolitiques augmentent les incidents liés à la cybersécurité; la plupart des pertes sont modérées mais le risque de pertes extrêmes augmente.
  - Secteur financier particulièrement exposé : données sensibles, forte concentration, interconnexion technologique et financière.
  - Mesures réglementaires et de gouvernance insuffisantes en particulier dans les pays émergents et les pays en développement.

### Recommandations de politique
- Banques centrales :
  - Éviter d’assouplir la politique monétaire de façon prématurée et refroidir les attentes trop optimistes des marchés concernant des baisses des taux directeurs.
  - Dans les pays où la désinflation progresse suffisamment et où l’inflation se rapproche durablement de l’objectif, adopter progressivement une politique plus neutre.
- Autorités budgétaires et macrofinancières :
  - Redoubler d’efforts pour maîtriser les vulnérabilités liées à la dette, y compris dans les pays émergents et les pays préémergents.
  - En Chine, prendre des mesures vigoureuses pour rétablir la confiance dans le secteur de l’immobilier.
- Supervision et réglementation financière :
  - Utiliser des outils adéquats, notamment des tests de résistance et des mesures correctives rapides, pour veiller à la résistance des banques et des établissements financiers non bancaires face aux tensions immobilières et au ralentissement du cycle du crédit.
  - Poursuivre les avancées sur les mécanismes de résolution et être prêt à les appliquer pour remédier aux problèmes des banques faibles ou défaillantes sans ébranler la stabilité financière ou mettre en péril les finances publiques.
- Politique monétaire et marchés :
  - Poursuivre les resserrements quantitatifs et les réductions des bilans de façon ordonnée; surveiller de près les dysfonctionnements des marchés et remédier aux tensions.
  - Aménager l’accès des banques aux liquidités des banques centrales et intervenir rapidement face aux tensions de liquidité pour atténuer l’instabilité financière.
- Marché du crédit privé :
  - Envisager une supervision et une réglementation plus volontaristes; combler les lacunes en matière de données et renforcer les exigences de communication d’informations.
  - Renforcer la coopération transfrontalière et intersectorielle en matière de réglementation et harmoniser les évaluations des risques.
- Cybersécurité :
  - Développer une stratégie de cybersécurité pour améliorer la cyberrésilience du secteur financier, accompagnée de dispositifs de réglementation et de supervision adaptés et d’un meilleur signalement des cyberincidents.
  - Assurer le maintien des services essentiels et exiger des sociétés financières des procédures de riposte et de retour à la normale testées.
  - Coordination transfrontalière indispensable compte tenu de la portée internationale et des implications systémiques des cyberattaques.

*Source: http://IMF.org/GFSR-April2024*

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