## 2. Réductions de l’aide en Afrique subsaharienne : cette fois, c’est différent

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### Un choc sans précédent
- Réduction de l’aide bilatérale estimée entre 16 % et 28 % en 2025.
- Caractéristiques du choc :
  - Plus importante que les baisses antérieures.
  - Plus synchronisée entre les pays.
  - Résulte principalement de décisions des donateurs plutôt que de facteurs propres aux pays bénéficiaires.
- Amortisseurs traditionnels (partenaires multilatéraux et ONG) confrontés à des coupes budgétaires.
- Les PFR et les PFC sont les plus exposés et disposent de la marge de manœuvre budgétaire la plus limitée.
- Avant 2025, l’aide est devenue « partie intégrante des budgets, des flux financiers et de la prestation de services ».

### L’aide : importance, répartition et modalités (2024)
- En 2024, l’aide publique au développement (APD) représentait près de 3 % du PIB en Afrique subsaharienne.
- Répartition par groupe de revenu en pourcentage du PIB (2024) :
  - PFR : 6,4 %
  - PFC : 6,0 %
  - Pays émergents : 0,4 %
- Cas extrême : Soudan du Sud — l’aide atteint 36 % du PIB.
- Secteurs financés :
  - Plus de la moitié du soutien est orientée vers la santé, l’éducation et l’aide humanitaire de base.
  - Le reste finance surtout des infrastructures et autres investissements productifs (routes, projets énergétiques, développement du secteur privé).
- Modalités :
  - 19 % de l’aide est versée sous forme d’appui budgétaire ; l’essentiel est fourni hors budget, souvent via des ONG locales et internationales.
- Rôle macroéconomique :
  - Dans les PFR, l’aide joue généralement un rôle stabilisateur lors des ralentissements.
  - À l’échelle régionale, l’APD dépasse l’IDE en importance ; les envois de fonds sont comparables à l’APD pour les PFR/PFC.

### Évolution des flux et diversification des bailleurs (2010–24)
- Évolution des modalités :
  - Dons : 97 % de l’APD en 2010 → 68 % en 2024.
  - Prêts concessionnels : 3 % en 2010 → 32 % en 2024.
- Changement de répartition par bailleur :
  - Part des donateurs traditionnels (membres du CAD) : 68 % en 2010 → 42 % en 2024.
  - Les organisations multilatérales concentrent désormais la majorité des flux.
- Diversification vers bailleurs non membres du CAD :
  - Contributions déclarées des pays non membres du CAD : 1,06 milliard de dollars en 2024 (1,9 % de l’aide totale).
  - Les Émirats arabes unis représentaient 72 % des flux hors CAD recensés par l’OCDE.
- Éléments spécifiques liés à la Chine :
  - AidData (2025) : dons chinois à l’Afrique subsaharienne ont culminé à 1,2 milliard de dollars en 2018, puis 633 millions de dollars en 2022.
  - Les apports chinois en prêts concessionnels ont aussi culminé en 2018 ; le volume net des prêts chinois au continent est devenu négatif selon la base de données China Lending to Africa (2025).

### L’année 2025 : rupture brutale et premières conséquences
- Estimations OCDE/évaluations publiques :
  - Baisse des budgets d’aide bilatérale à destination de l’Afrique : 16 à 28 % en 2025 par rapport à 2024 (soit entre 4 et 7 milliards de dollars de réduction potentielle).
  - Pertes potentielles en dollars les plus lourdes : Éthiopie, République démocratique du Congo et Nigéria — entre 240 et 780 millions de dollars chacun.
- Impact sectoriel et pays les plus vulnérables :
  - Aide humanitaire : chute de 42 % en 2025 par rapport à 2024 (Service de surveillance financière du Bureau de la coordination des affaires humanitaires).
  - Exemples : Tchad — rentrées d’aide potentiellement divisées par deux.
  - Soudan du Sud et République centrafricaine : perte d’aide pouvant dépasser 10 % de leurs recettes publiques ; l’aide humanitaire est la plus touchée.
- Institutions multilatérales et humanitaires face à des coupes :
  - Programme alimentaire mondial : prévision de 34 % de financement en moins pour les prochaines années par rapport à 2023–24.
  - UNICEF : prévision de 27 % de financement en moins.
  - Organisation mondiale de la santé : prévision de 39 % de financement en moins.
  - Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires estime que moins de la moitié des personnes ayant besoin d’une aide humanitaire pourront bénéficier des ressources disponibles en 2026.
- Conséquences sociales anticipées :
  - Trois millions d’enfants pourraient être privés d’école en Afrique subsaharienne d’ici 2026.
  - 75 millions d’enfants dans le monde pourraient ne pas bénéficier des vaccinations systématiques au cours des cinq prochaines années.
- Temporalité des réductions :
  - Les réductions de 2025 pourraient n’être que la première vague ; d’autres coupes interviendront lors des nouveaux cycles pluriannuels de programmation des bailleurs.
  - Exemples de calendrier des coupes annoncées : coupes britanniques probables en 2026–27 ; Pays‑Bas en 2027 ; Suède entre 2026 et 2028.
- Hétérogénéité :
  - Certains pays (par ex. Cabo Verde, Sao Tomé‑et‑Principe) ne s’attendent pas à des réductions fortes car leurs principaux bailleurs maintiennent le financement.

### Effets historiques et mécanismes macroéconomiques
- Épisodes d’évolution brutale de l’APD recensés depuis 1960 : 149 épisodes en Afrique subsaharienne, dont environ 55 % classés comme des baisses brutales.
- Réduction moyenne observée lors des épisodes : environ 40 %.
- Effets macroéconomiques (projections locales) :
  - Solde budgétaire hors dons : dégradation moyenne de 2,6 % du PIB après cinq ans.
  - Mécanismes : baisse des recettes hors dons combinée à l’absence de réduction significative des dépenses — les engagements de dépenses ont été maintenus malgré la contraction de l’aide et le recul des recettes.
  - Effets sur la croissance et les soldes extérieurs : moins cohérents d’un épisode à l’autre.

### Caractéristiques du choc actuel (synthèse)
- Ampleur et étendue :
  - Une grande majorité des partenaires traditionnels du développement réduisent les financements ou en redéfinissent les priorités ; presque tous les pays bénéficiaires de la région sont touchés.
- Rapidité, simultanéité et caractère inattendu :
  - Fonds souvent retirés en cours de projet avec un avertissement minimal, laissant peu de temps pour s’adapter.
- Incertitude élevée :
  - Manque d’informations sur l’ampleur, le calendrier et les effets des réductions sur certains programmes.
- Limitation des autres sources de soutien :
  - Organismes des Nations Unies et autres organisations multilatérales confrontés à des coupes budgétaires et à une réduction de leurs opérations.
  - ONG actives mais de taille insuffisante pour compenser la perte de budgets bilatéraux ou multilatéraux.

### Pays les plus vulnérables, contraintes et réponses publiques (enquête novembre 2025)
- Groupes les plus affectés :
  - Les PFR et les PFC, ayant la capacité d’adaptation la plus limitée.
- Dépendance et vulnérabilité :
  - Parmi les 15 pays de la région qui dépendent le plus de l’APD, 73 % présentent actuellement un risque d’endettement élevé ou sont en situation de surendettement.
- Contraintes identifiées par les équipes‑pays du FMI :
  - Capacités limitées : 77 %
  - Effet macroéconomique négatif : 46 %
  - Marge budgétaire limitée : 31 %
  - Déséquilibres extérieurs** : 33 %
  - Grande incertitude : 42 %
  - Risque d’endettement élevé : 49 %
- Réponses prévues par les pouvoirs publics (répondants multiples) :
  - Augmenter les emprunts : 31 %
  - Redéfinir les priorités de dépenses : 38 %
  - Des déficits de financement subsistent : 42 %
  - Ne rien faire : 15 %
  - Réduire les investissements : 23 %
  - Mobiliser des recettes : 23 %
- Plans et couverture des programmes :
  - Environ un pays sur sept ne dispose pas de plan formel pour atténuer ou compenser la perte d’aide.
- Exemples concrets :
  - Nigéria : a reçu plus de 440 millions de dollars de financement en faveur de la santé de la part de l’USAID en 2024 ; a augmenté ses dépenses de santé nationales de 200 millions de dollars.
  - Éthiopie : instauration d’un impôt temporaire pour travailleurs des secteurs public et privé, produit versé à un nouveau fonds de réponse aux risques de catastrophe.
- Estimations de couverture des budgets d’APD perdus (pour pays disposant d’estimations) :
  - En moyenne, environ 30 % des budgets d’APD perdus seront couverts par une redéfinition des priorités en matière de dépenses.
  - 30 % ne sont plus jugés nécessaires.
  - 40 % demeurent non financés.
- Endettement et emprunt :
  - Un tiers des pays prévoient d’accroître leur recours à l’emprunt pour compenser la perte d’aide, avec un recours accru aux marchés de la dette intérieure.
- Mobilisation des recettes intérieures :
  - Environ un quart des pays prévoient d’accroître la mobilisation des recettes intérieures pour remédier en partie au manque à gagner.

### Simulations macroéconomiques et scénarios
- Simulation d’une réduction de 25 % de l’APD bilatérale (équilibre partiel) :
  - Dépend fortement de la réponse des pouvoirs publics.
  - Pays émergent moyen : effets macroéconomiques limités (faible dépendance à l’aide).
  - Pays pauvres (PFR) : si remplacement de la moitié de l’APD perdue par des ressources budgétaires intérieures :
    - Le déficit budgétaire devrait se creuser d’environ 1 % du PIB.
    - La croissance reculer d’environ 0,7 point de pourcentage.
    - La balance des paiements se détériorer de 1,6 % du PIB.
  - Non‑remplacement des programmes d’aide :
    - Pas de détérioration budgétaire directe mais choc plus marqué sur la croissance et conséquences humanitaires nettement plus graves.
- Contexte aggravant :
  - Réductions de l’aide s’ajoutent à une succession de chocs récents (pandémie, resserrement des conditions financières mondiales, hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, tensions géopolitiques et droits de douane) qui ont alourdi le fardeau de la dette et érodé l’espace budgétaire.

### Priorités et recommandations pour la communauté internationale et les pays bénéficiaires
- Priorité 1 — Politique d’APD :
  - Protéger l’aide, redéfinir les priorités et coordonner pour maximiser l’impact.
  - Prioriser l’aide à fort impact, orientée vers les PFR et les PFC, et préserver l’aide humanitaire essentielle.
  - Renforcer la prévisibilité et l’alignement sur les plans nationaux de développement ; améliorer les mécanismes de coordination (ex. : renforcement de la Plateforme de gestion de l’aide et des investissements en République démocratique du Congo).
- Priorité 2 — Élargir la palette d’instruments :
  - Financement mixte pour projets à composante marchande : garanties, assurances, capitaux de première perte et autres mécanismes.
  - Potentiel estimé : inclure le secteur privé permettrait de lever jusqu’à 3 % du PIB régional en financements supplémentaires (Eyraud et al., 2021).
  - Exemples récents :
    - Obligation indexée sur le développement durable émise par le Rwanda en 2023, soutenue au moyen d’un compte‑séquestre de la Banque mondiale.
    - Initiative conjointe Afrique‑Europe visant à mobiliser le capital privé au moyen de garanties dans les secteurs de l’énergie et du soutien aux entreprises locales.
  - Investissements dans les énergies propres et le climat représentent actuellement environ deux tiers des flux mondiaux de financement mixte.
- Limites et risques du financement mixte :
  - Volumes mondiaux faibles par rapport à l’aide ; Afrique subsaharienne bénéficie de près de la moitié des opérations mais la plupart ciblent les pays émergents plutôt que les PFR.
  - Coûts de transaction élevés et échelle limitée maintiennent les coûts élevés.
  - Fragmentation, manque de coordination et lacunes de transparence freinent l’expansion.
  - Le financement mixte est plus coûteux que les dons et peut alourdir le fardeau du service de la dette.
- Priorité 3 — Coordination et gouvernance :
  - Coordination entre bénéficiaires, partenaires du développement et institutions internationales pour réduire la fragmentation et les coûts.
  - Amélioration de la transparence et normalisation des procédures pour réduire les coûts de transaction et accroître l’échelle des opérations.
- Mobilisation des recettes intérieures (troisième priorité) :
  - Le pays médian collecte 13,8 % du PIB en recettes fiscales.
  - Amélioration possible via renforcement des capacités techniques et accroissement de l’adhésion et de la confiance de la population.
  - Les PFC font face à des obstacles spécifiques : taux très élevés d’informalité, secteur privé plus fragile, fortes contraintes de gouvernance, registres économiques limités.
- Priorisation des dépenses et efficience :
  - Préserver les dépenses sociales et d’investissement prioritaires (santé, éducation).
  - Réorienter les dépenses mal ciblées (ex. subventions à l’énergie) vers secteurs auparavant tributaires de l’aide.
  - Renforcements recommandés : gestion des finances publiques, gouvernance, efficience de l’investissement, cadres budgétaires à moyen terme, gestion efficace de la dette.
- Renforcement des capacités et transition vers la prise en charge nationale :
  - Investir durablement dans les institutions et les capacités nationales.
  - Appui au développement des capacités et apprentissage par les pairs à l’échelle régionale.
  - Rôle du Partenariat mondial pour les finances publiques du FMI (Global Public Finance Partnership) pour renforcer les capacités budgétaires et de gestion des finances publiques.
  - Objectif : passer d’une dépendance à l’aide extérieure à une plus grande résilience intérieure.

*Ce chapitre de l’édition d’avril 2026 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne a été rédigé par une équipe du FMI composée de Chie Aoyagi, Athene Laws (cheffe d’équipe), Maurizio Leonardi et Hamza Mighri, sous la direction d’Antonio David et Amadou Sy.*

### 2.		Réductions	de  	l’aide	en  	Afrique	subsaharienne :

### 2.		Réductions de l’aide en Afrique subsaharienne : cette fois, c’est différent

### Un choc sans précédent
- Réduction de l’aide bilatérale estimée entre 16 % et 28 % en 2025.
- Caractéristiques du choc :
  - Plus importante que les baisses antérieures.
  - Plus synchronisée entre les pays.
  - Résulte principalement de décisions des donateurs plutôt que de facteurs propres aux pays bénéficiaires.
- Amortisseurs traditionnels (partenaires multilatéraux et ONG) confrontés à des coupes budgétaires.
- Les PFR et les PFC sont les plus exposés et disposent de la marge de manœuvre budgétaire la plus limitée.
- Avant 2025, l’aide est devenue « partie intégrante des budgets, des flux financiers et de la prestation de services ».

### L’aide : une ressource essentielle et sa répartition
- En 2024, l’aide publique au développement (APD) représentait près de 3 % du PIB en Afrique subsaharienne.
- Répartition par groupe de revenu en pourcentage du PIB (2024) :
  - PFR : 6,4 %
  - PFC : 6,0 %
  - Pays émergents : 0,4 %
- Cas extrême : Soudan du Sud — l’aide atteint 36 % du PIB.
- Secteurs financés :
  - Plus de la moitié du soutien est orientée vers la santé, l’éducation et l’aide humanitaire de base.
  - Le reste finance surtout des infrastructures et autres investissements productifs (routes, projets énergétiques, développement du secteur privé).
- Modalités :
  - 19 % de l’aide est versée sous forme d’appui budgétaire ; l’essentiel est fourni hors budget, souvent via des ONG locales et internationales.
- Rôle macroéconomique :
  - Dans les PFR, l’aide joue généralement un rôle stabilisateur lors des ralentissements.
  - À l’échelle régionale, l’APD dépasse l’IDE en importance ; les envois de fonds sont comparables à l’APD pour les PFR/PFC.

### Évolution des flux et diversification des bailleurs (2010–24)
- Évolution des modalités :
  - Dons : 97 % de l’APD en 2010 → 68 % en 2024.
  - Prêts concessionnels : 3 % en 2010 → 32 % en 2024.
- Changement de répartition par bailleur :
  - Part des donateurs traditionnels (membres du CAD) : 68 % en 2010 → 42 % en 2024.
  - Les organisations multilatérales concentrent désormais la majorité des flux.
- Diversification vers bailleurs non membres du CAD :
  - Contributions déclarées des pays non membres du CAD : 1,06 milliard de dollars en 2024 (1,9 % de l’aide totale).
  - Les Émirats arabes unis représentaient 72 % des flux hors CAD recensés par l’OCDE.
- Éléments spécifiques liés à la Chine :
  - AidData (2025) : dons chinois à l’Afrique subsaharienne ont culminé à 1,2 milliard de dollars en 2018, puis 633 millions de dollars en 2022.
  - Les apports chinois en prêts concessionnels ont aussi culminé en 2018 ; le volume net des prêts chinois au continent est devenu négatif selon la base de données China Lending to Africa (2025).

### L’année 2025 : rupture brutale et premières conséquences
- Estimations OCDE/évaluations publiques :
  - Baisse des budgets d’aide bilatérale à destination de l’Afrique : 16 à 28 % en 2025 par rapport à 2024 (soit entre 4 et 7 milliards de dollars de réduction potentielle).
  - Pertes potentielles en dollars les plus lourdes : Éthiopie, République démocratique du Congo et Nigéria — entre 240 et 780 millions de dollars chacun.
- Impact sectoriel et pays le plus vulnérables :
  - Aide humanitaire : chute de 42 % en 2025 par rapport à 2024 (Service de surveillance financière du Bureau de la coordination des affaires humanitaires).
  - Exemples : Tchad — rentrées d’aide potentiellement divisées par deux.
  - Soudan du Sud et République centrafricaine : perte d’aide pouvant dépasser 10 % de leurs recettes publiques ; l’aide humanitaire est la plus touchée.
- Institutions multilatérales et humanitaires face à des coupes :
  - Programme alimentaire mondial : prévision de 34 % de financement en moins pour les prochaines années par rapport à 2023–24.
  - UNICEF : prévision de 27 % de financement en moins.
  - Organisation mondiale de la santé : prévision de 39 % de financement en moins.
  - Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires estime que moins de la moitié des personnes ayant besoin d’une aide humanitaire pourront bénéficier des ressources disponibles en 2026.
- Conséquences sociales anticipées :
  - Trois millions d’enfants pourraient être privés d’école en Afrique subsaharienne d’ici 2026.
  - 75 millions d’enfants dans le monde pourraient ne pas bénéficier des vaccinations systématiques au cours des cinq prochaines années.
- Temporalité des réductions :
  - Les réductions de 2025 pourraient n’être que la première vague ; d’autres coupes interviendront lors des nouveaux cycles pluriannuels de programmation des bailleurs.
  - Exemples de calendrier des coupes annoncées : coupes britanniques probables en 2026–27 ; Pays‑Bas en 2027 ; Suède entre 2026 et 2028.
- Hétérogénéité :
  - Certains pays (par ex. Cabo Verde, Sao Tomé‑et‑Principe) ne s’attendent pas à des réductions fortes car leurs principaux bailleurs maintiennent le financement.

### Effets historiques et mécanismes macroéconomiques
- Épisodes d’évolution brutale de l’APD recensés depuis 1960 : 149 épisodes en Afrique subsaharienne, dont environ 55 % classés comme des baisses brutales.
- Réduction moyenne observée lors des épisodes : environ 40 %.
- Effets macroéconomiques (projections locales) :
  - Solde budgétaire hors dons : dégradation moyenne de 2,6 % du PIB après cinq ans.
  - Mécanismes : baisse des recettes hors dons combinée à l’absence de réduction significative des dépenses — les engagements de dépenses ont été maintenus malgré la contraction de l’aide et le recul des recettes.
  - Effets sur la croissance et les soldes extérieurs : moins cohérents d’un épisode à l’autre.

*Ce chapitre de l’édition d’avril 2026 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne a été rédigé par une équipe du FMI composée de Chie Aoyagi, Athene Laws (cheffe d’équipe), Maurizio Leonardi et Hamza Mighri, sous la direction d’Antonio David et Amadou Sy.*

### 2. Réductions de l’aide en Afrique subsaharienne : cette fois, c’est différent

### 2. Réductions de l’aide en Afrique subsaharienne : cette fois, c’est différent

### Caractéristiques du choc actuel
- Ampleur et étendue :
  - Une grande majorité des partenaires traditionnels du développement réduisent les financements ou en redéfinissent les priorités ; presque tous les pays bénéficiaires de la région sont touchés.
- Rapidité, simultanéité et caractère inattendu :
  - Fonds souvent retirés en cours de projet avec un avertissement minimal, laissant peu de temps pour s’adapter.
- Incertitude élevée :
  - Manque d’informations sur l’ampleur, le calendrier et les effets des réductions sur certains programmes.
- Limitation des autres sources de soutien :
  - Organismes des Nations Unies et autres organisations multilatérales confrontés à des coupes budgétaires et à une réduction de leurs opérations.
  - ONG actives mais de taille insuffisante pour compenser la perte de budgets bilatéraux ou multilatéraux.

### Facteurs passés des chocs d’aide (extraits d’analyses antérieures)
- Motifs des baisses historiques :
  - Enrichissement des pays (ex. : réduction de plus de 50 % en Angola au milieu de la première décennie 2000 ; forte chute en Guinée équatoriale en 2010–12 liée à la hausse des exportations de pétrole).
  - Amélioration des conditions intérieures (ex. : Érythrée en 2006).
  - Achèvement de grands projets ponctuels (ex. : forte baisse à Cabo Verde en 2018).
- Réponses observées :
  - Dans plusieurs cas, une évolution économique favorable ou la prévisibilité/achèvement des projets a atténué les effets macroéconomiques.
  - Les pays se sont souvent adaptés via mobilisation des recettes, renforcement de la gestion des finances publiques et redéfinition des priorités en matière de dépenses.

### Pays les plus vulnérables et implications macroéconomiques
- Groupes les plus affectés :
  - Les PFR et les PFC, ayant la capacité d’adaptation la plus limitée.
- Dépendance et vulnérabilité :
  - Parmi les 15 pays de la région qui dépendent le plus de l’APD, 73 % présentent actuellement un risque d’endettement élevé ou sont en situation de surendettement.
- Contraintes identifiées par les équipes‑pays du FMI (enquête, novembre 2025) :
  - Capacités limitées : 77 %
  - Effet macroéconomique négatif : 46 %
  - Marge budgétaire limitée : 31 %
  - Déséquilibres extérieurs** : 33 %
  - Grande incertitude : 42 %
  - Risque d’endettement élevé : 49 %
- Réponses prévues par les pouvoirs publics (répondants multiples) :
  - Augmenter les emprunts : 31 %
  - Redéfinir les priorités de dépenses : 38 %
  - Des déficits de financement subsistent : 42 %
  - Ne rien faire : 15 %
  - Réduire les investissements : 23 %
  - Mobiliser des recettes : 23 %
- Conséquences humanitaires et de long terme :
  - Sans atténuation, bilan humanitaire élevé, érosion des services de santé et d’éducation, risque pour le capital humain, croissance future et cohésion sociale.

### Réponses des pouvoirs publics et résultats attendus
- Plans et couverture des programmes :
  - Environ un pays sur sept ne dispose pas de plan formel pour atténuer ou compenser la perte d’aide.
- Exemples concrets :
  - Nigéria : a reçu plus de 440 millions de dollars de financement en faveur de la santé de la part de l’USAID en 2024 ; a augmenté ses dépenses de santé nationales de 200 millions de dollars.
  - Éthiopie : instauration d’un impôt temporaire pour travailleurs des secteurs public et privé, produit versé à un nouveau fonds de réponse aux risques de catastrophe.
- Estimations de couverture des budgets d’APD perdus (pour pays disposant d’estimations) :
  - En moyenne, environ 30 % des budgets d’APD perdus seront couverts par une redéfinition des priorités en matière de dépenses.
  - 30 % ne sont plus jugés nécessaires.
  - 40 % demeurent non financés.
- Endettement et emprunt :
  - Un tiers des pays prévoient d’accroître leur recours à l’emprunt pour compenser la perte d’aide, avec un recours accru aux marchés de la dette intérieure.
- Mobilisation des recettes intérieures :
  - Environ un quart des pays prévoient d’accroître la mobilisation des recettes intérieures pour remédier en partie au manque à gagner.

### Simulations et scénarios macroéconomiques
- Simulation d’une réduction de 25 % de l’APD bilatérale (équilibre partiel) :
  - Dépend fortement de la réponse des pouvoirs publics.
  - Pays émergent moyen : effets macroéconomiques limités (faible dépendance à l’aide).
  - Pays pauvres (PFR) : si remplacement de la moitié de l’APD perdue par des ressources budgétaires intérieures :
    - Le déficit budgétaire devrait se creuser d’environ 1 % du PIB.
    - La croissance reculer d’environ 0,7 point de pourcentage.
    - La balance des paiements se détériorer de 1,6 % du PIB.
  - Non‑remplacement des programmes d’aide :
    - Pas de détérioration budgétaire directe mais choc plus marqué sur la croissance et conséquences humanitaires nettement plus graves.
- Contexte aggravant :
  - Réductions de l’aide s’ajoutent à une succession de chocs récents (pandémie, resserrement des conditions financières mondiales, hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, tensions géopolitiques et droits de douane) qui ont alourdi le fardeau de la dette et érodé l’espace budgétaire.

### Priorités pour la communauté internationale et les pays bénéficiaires
- Priorité 1 — Politique d’APD :
  - Protéger l’aide, redéfinir les priorités et coordonner pour maximiser l’impact.
  - Prioriser l’aide à fort impact, orientée vers les PFR et les PFC, et préserver l’aide humanitaire essentielle.
  - Renforcer la prévisibilité et l’alignement sur les plans nationaux de développement ; améliorer les mécanismes de coordination (ex. : renforcement de la Plateforme de gestion de l’aide et des investissements en République démocratique du Congo).
- Priorité 2 — Élargir la palette d’instruments :
  - Financement mixte pour projets à composante marchande : garanties, assurances, capitaux de première perte et autres mécanismes.
  - Potentiel estimé : inclure le secteur privé permettrait de lever jusqu’à 3 % du PIB régional en financements supplémentaires (Eyraud et al., 2021).
  - Exemples récents :
    - Obligation indexée sur le développement durable émise par le Rwanda en 2023, soutenue au moyen d’un compte‑séquestre de la Banque mondiale.
    - Initiative conjointe Afrique‑Europe visant à mobiliser le capital privé au moyen de garanties dans les secteurs de l’énergie et du soutien aux entreprises locales.
  - Investissements dans les énergies propres et le climat représentent actuellement environ deux tiers des flux mondiaux de financement mixte.
- Limites et risques du financement mixte :
  - Volumes mondiaux faibles par rapport à l’aide ; Africa subsaharienne bénéficie de près de la moitié des opérations mais la plupart ciblent les pays émergents plutôt que les PFR.
  - Coûts de transaction élevés et échelle limitée maintiennent les coûts élevés.
  - Fragmentation, manque de coordination et lacunes de transparence freinent l’expansion.
  - Le financement mixte est plus coûteux que les dons et peut alourdir le fardeau du service de la dette.
- Priorité 3 — Coordination et gouvernance :
  - Coordination entre bénéficiaires, partenaires du développement et institutions internationales pour réduire la fragmentation et les coûts.
  - Amélioration de la transparence et normalisation des procédures pour réduire les coûts de transaction et accroître l’échelle des opérations.

*AVRIL 2026 • FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL*

### 2. Réductions de l’aide en Afrique subsaharienne : cette fois, c’est différent

### 2. Réductions de l’aide en Afrique subsaharienne : cette fois, c’est différent

### Contexte et rôle des flux extérieurs
- Les réductions de l’aide interviennent dans un contexte d’incertitude croissante autour des politiques économiques mondiales.
- Les autres flux extérieurs tels que l’IDE et les envois de fonds demeurent essentiels mais « jouent toutefois des rôles distincts et ne peuvent compenser le repli de l’aide ».
- Les envois de fonds pourraient eux‑mêmes reculer « avec l’évolution des politiques migratoires mondiales ».

### Mobilisation des recettes intérieures (troisième priorité)
- L’Afrique subsaharienne affiche « le ratio recettes fiscales/PIB le plus faible au monde », le pays médian y collectant 13,8 % du PIB.
- Une amélioration de l’administration fiscale et des réformes de la politique peuvent relever ce ratio, mais leur mise en œuvre requiert :
  - un renforcement des capacités techniques ;
  - un accroissement de l’adhésion et de la confiance de la population.
- Les PFC tributaires de l’aide font face à des besoins de recettes plus urgents et à des obstacles spécifiques : taux très élevés d’informalité, secteur privé plus fragile, fortes contraintes de gouvernance, registres économiques limités.
- Les progrès supposent des solutions techniques, institutionnelles et politiques adaptées.

### Priorisation des dépenses et efficience des finances publiques
- Dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, chaque dollar doit être dépensé à bon escient pour préserver les avancées en matière de développement.
- Il convient de préserver les dépenses sociales et d’investissement prioritaires (santé, éducation) pour éviter des séquelles durables sur le capital humain, la croissance et la prospérité à long terme.
- Les dépenses mal ciblées, « telles que les subventions à l’énergie », pourraient être réorientées vers des secteurs auparavant tributaires de l’aide.
- Renforcements recommandés :
  - gestion des finances publiques ;
  - gouvernance ;
  - efficience de l’investissement ;
  - cadres budgétaires à moyen terme ;
  - gestion efficace de la dette.
- Ces mesures peuvent contribuer à stabiliser les finances publiques et à abaisser les coûts d’emprunt, « préservant ainsi l’espace budgétaire consacré aux dépenses sociales ».

### Renforcement des capacités et transition vers la prise en charge nationale
- L’aide a historiquement apporté non seulement des financements mais aussi un appui à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques ; face à sa réduction, il faut « investir durablement dans les institutions et les capacités nationales ».
- Le soutien des partenaires internationaux au développement des capacités et l’apprentissage par les pairs à l’échelle régionale sont essentiels pour améliorer la prestation des services sociaux, de santé et d’éducation à l’échelle nationale.
- Le Partenariat mondial pour les finances publiques du FMI (Global Public Finance Partnership) réunit les ressources des donateurs et le savoir‑faire de l’institution pour renforcer les capacités budgétaires et de gestion des finances publiques.
- À mesure que les partenaires du développement réduisent leurs dispositifs de mise en œuvre, il est possible de limiter les chevauchements, de rationaliser les processus et de réduire les coûts.
- Objectif final : passer d’une dépendance à l’aide extérieure à une plus grande résilience intérieure permettant aux pays de répondre directement et durablement aux besoins de leurs populations.

*Source: 2. Réductions de l’aide en Afrique subsaharienne : cette fois, c’est différent, AVRIL 2026, FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL.*

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_Source: https://www.imf.org/-/media/files/publications/reo/afr/2026/april/french/ch2.pdf_
