## Implications de l’évolution de l’économie mondiale pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale

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### Résumé des perspectives mondiales
- La croissance mondiale en 2018–19 devrait rester à son niveau de 2017, soit 3,7 %.
- Ce chiffre est inférieur de 0,2 point de pourcentage aux projections d’avril 2018 dans les Perspectives de l’économie mondiale.
- Aux États-Unis, la croissance prévue pour 2018 demeure inchangée à 2,9 %, mais la projection pour 2019 a été abaissée en raison de mesures commerciales récemment annoncées.
- La zone euro et le Royaume-Uni ont vu leurs projections de croissance revues à la baisse après des évènements inattendus début 2018.
- Les perspectives pour les pays émergents et pays en développement sont plus ternes : révisions à la baisse dans certains grands pays émergents en raison de facteurs nationaux, du durcissement des conditions financières, de tensions géopolitiques et de la hausse des factures pétrolières.
- La Chine devrait enregistrer une croissance quelque peu inférieure en 2019 en raison des mesures commerciales annoncées récemment.

### Impact sur les régions MOANAP et CAC
- La dégradation des perspectives de la zone euro pourrait poser des difficultés aux pays des régions Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MOANAP) et Caucase et Asie centrale (CAC), en particulier aux pays importateurs de pétrole ayant des liens commerciaux étroits avec la zone monétaire.
- Les régions MOANAP et CAC risquent aussi des vents contraires dus à la décélération de l’activité en Chine.
- Les pays dépendant fortement des capitaux internationaux pour couvrir leurs besoins de financement externe sont particulièrement vulnérables à un brusque retournement de l’appétit pour le risque à l’échelle mondiale.
- Les risques se matérialiseraient via leurs effets sur :
  - la demande extérieure,
  - les envois de fonds,
  - les flux de capitaux,
  - les prix des produits de base,
  - les conditions de financement.

### Prix du pétrole et conditions financières
- Les prix du pétrole ont dépassé 75 dollars le baril en juin 2018 — leur plus haut niveau depuis novembre 2014 — en raison de l’effondrement de la production au Venezuela et d’interruptions imprévues des exportations du Canada et de la Libye.
- Les prix sont retombés à environ 70 dollars le baril après la décision d’augmenter la production prise en juin par l’OPEP et par des pays exportateurs non membres de l’OPEP, mais ils sont récemment repartis à la hausse en raison de tensions géopolitiques.
- À court terme, les prix du pétrole pourraient encore monter sous l’effet des sanctions des États-Unis sur les exportations iraniennes.
- À moyen terme, les prix devraient baisser compte tenu de l’augmentation de la production des membres de l’OPEP+ et des producteurs de pétrole de schiste aux États-Unis.
- Les prix à moyen terme se sont considérablement affermis par rapport au niveau de référence établi dans la Mise à jour des Perspectives économiques régionales du Moyen-Orient et de l’Asie centrale de mai 2018.
- Entre mars et septembre, la Réserve fédérale des États-Unis a relevé le taux cible des fonds fédéraux de 75 points de base et a annoncé un nouveau durcissement d’environ 100 points de base d’ici fin 2019.
- Après un vif rebond début 2018, les flux de capitaux vers les pays émergents et pays en développement se sont fortement affaiblis depuis mi-avril, avec une certaine stabilisation en juillet.
- Les pouvoirs publics ont réagi de manière variée : certains ont adopté des mesures combinant flexibilité du taux de change et relèvements de taux, d’autres sont intervenus sur le marché des changes.

### Risques, scénarios et implications macroéconomiques
- Le sentiment du marché reste vulnérable aux incertitudes provenant des tensions commerciales mondiales et des évolutions géopolitiques concernant notamment l’Iran et la Turquie.
- Une escalade généralisée des tensions commerciales freinerait la reprise mondiale et ralentirait la croissance à moyen terme.
- Les sanctions contre l’Iran fragilisent les perspectives d’échanges et de croissance du pays et accroissent les risques de contagion.
- La situation en Turquie pourrait pénaliser la région en affectant les relations commerciales et financières et la confiance des marchés.
- À court terme, la croissance mondiale risque d’être révisée à la baisse en raison du durcissement des conditions financières mondiales et du ralentissement dans les grands pays.
- Pour le moyen terme, les aléas restent à tendance baissière : vulnérabilités financières qui s’accumulent et risque d’adoption de politiques insoutenables en cas d’assombrissement des perspectives de croissance.
- Si ces risques se concrétisaient, répercussions importantes attendues sur les pays MOANAP et CAC via demande extérieure, envois de fonds, flux de capitaux, prix des produits de base et conditions de financement.

### Encadré 1 — Marchés financiers mondiaux et tensions commerciales : transmission aux pays des régions MOANAP et CAC
- Les régions MOANAP et CAC sont exposées au durcissement des conditions financières mondiales et aux tensions commerciales.
- Les effets du durcissement des conditions financières mondiales se manifestent déjà dans plusieurs pays émergents de la région MOANAP et pourraient s’aggraver en cas de détérioration soudaine du sentiment du marché.
- L’escalade des tensions commerciales a, à ce stade, des conséquences directes et immédiates limitées dans les régions MOANAP et CAC, mais pourrait créer d’importantes difficultés dans le temps via ses effets sur les partenaires commerciaux et la confiance des marchés.
- Risque de contagion provenant des pays émergents :
  - Les primes de risque souverain des pays importateurs de pétrole de la région MOANAP ont, dans l’ensemble, augmenté d’environ 100 points de base entre avril et août, suivant l’évolution d’autres pays émergents.
  - Les banques détenues par des pays de la région MOANAP comptent pour 7 % des actifs bancaires turcs (chiffre de mars 2018), soit 5,3 milliards de dollars de fonds propres — intérêts du Qatar en premier lieu, puis du Liban, du Koweït et de la Libye — contribuant à la baisse des indices boursiers de ces pays.
  - Les expositions bancaires directes représentent moins de 1 % du PIB de ces pays en moyenne, ce qui rend le risque de généralisation des tensions financières relativement faible.
- Effets du mouvement de la livre turque :
  - Une dépréciation durable de 20 % de la monnaie turque pourrait conduire à une réduction du déficit des transactions courantes de Djibouti, de l’Iraq, de la République kirghize et de la Libye de l’ordre de 1 % du PIB (en supposant que les volumes d’importations restent inchangés).
  - L’effet global est indéterminé car une dépréciation rend les produits turcs plus compétitifs, pouvant augmenter les importations turques depuis la région et réduire les exportations régionales vers des marchés en concurrence avec la Turquie.
- Escalade des tensions commerciales :
  - Les Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2018 évaluent cinq scénarios d’escalade des tensions commerciales.
  - L’effet combiné de ces scénarios indique que le PIB mondial pourrait baisser de plus de 0,75 % à court terme et d’environ 0,4 % à long terme.
  - Les conséquences seraient relativement plus prononcées pour la Chine, les États-Unis et les pays émergents.
  - Les mesures commerciales récemment imposées ou envisagées devraient avoir un faible impact direct sur les pays des régions MOANAP et CAC, mais pourraient avoir des effets indirects via la demande des partenaires commerciaux et les chaînes de valeur mondiales.
  - Une baisse de la demande de la Chine ou de la zone euro serait préoccupante pour la Mauritanie (minerais et poisson) et la Tunisie (automobiles, électronique, produits alimentaires, textiles), dont les déficits des transactions courantes sont déjà élevés.
  - Les pays exportateurs de pétrole seraient vulnérables à un ralentissement de l’activité en Chine, dans la zone euro et aux États-Unis, en raison de la concentration de leurs exportations de pétrole et de l’impact d’une baisse des prix du pétrole.
  - Si la confiance des investisseurs était affectée ou si les conditions financières se durcissaient brusquement, tous les pays en ressentiraient les effets, notamment ceux ayant d’importants besoins de financement.

*Département Moyen-Orient et Asie centrale PER octobre 2018*

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