## Pays importateurs de pétrole de la région MOANAP : défis budgétaires et pressions sociales

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### Perspectives de croissance
- La croissance réelle du PIB dans les pays importateurs de pétrole de la région MOANAP devrait passer de 4,3 % en moyenne en 2018 à 3,6 % en 2019.
- Hors Pakistan et Soudan, le taux de croissance moyen devrait légèrement augmenter pour atteindre 4,4 % en 2019.
- En Égypte, la croissance devrait rester forte, soutenue par la production gazière et le retour du tourisme.
- La croissance régionale devrait se maintenir aux environs de 3,7 % en moyenne en 2020, puis remonter à 5 % à moyen terme, l’accélération reposant en grande partie sur le Pakistan.

### Inflation, balances extérieures et besoins de financement
- La faiblesse de la demande intérieure et extérieure a contenu les pressions inflationnistes dans la plupart des pays, à l’exception de l’Égypte, du Pakistan, du Soudan, et de la Tunisie, où des dépréciations du taux de change au cours des trois dernières années ont alimenté une accélération du niveau des prix.
- Les déséquilibres extérieurs demeurent considérables dans quasiment tous les pays importateurs de pétrole, malgré la baisse des cours mondiaux du pétrole.
- Les besoins immédiats de financement extérieur (amortissement de la dette extérieure et déficits courants) devraient atteindre 238 milliards de dollars en 2019, soit plus de 160 % des réserves de change.
- Les déficits courants sont principalement financés par des flux bancaires et des pertes de réserves.
- Exemples nationaux :
  - Liban : le déficit courant représente, chaque année depuis 2015, plus d’un cinquième du PIB; les réserves ont diminué de 7 % en 2018 lorsque la croissance des dépôts non-résidents s’est tassée.
  - Jordanie : déficit courant élevé de 7 % du PIB, conjugué à des sorties de capitaux privés et à la chute des IDE entrants, s’est traduit par des pertes de réserves.
  - Tunisie : l’appui des bailleurs de fonds assure une large part du financement du déficit courant.

### Tensions sociales et marché du travail
- Les tensions sociales et politiques demeurent vives : incertitudes politiques au Soudan, enlisement économique en Cisjordanie et à Gaza, réformes mises en suspens en Tunisie à l’approche des élections, conflits violents en Afghanistan, Somalie et Syrie.
- Le taux de chômage moyen régional s’établit à 11 %, contre 7 % dans les autres pays émergents et en voie de développement.
- Groupes particulièrement touchés : plus de 18 % des femmes et près de 23 % des jeunes étaient au chômage en 2018.

### Contraintes budgétaires et charge de la dette
- L’endettement public est très élevé dans de nombreux pays : il dépasse 85 % du PIB en moyenne, et est supérieur à 150 % du PIB au Liban et au Soudan.
- La charge de la dette absorbe une part considérable du PIB dans de nombreux pays; en moyenne pour les pays importateurs de pétrole de la région MOANAP, la charge de la dette représente 50 % des dépenses en capital, ou plus du triple des dépenses sociales.
- Les besoins bruts de financement sont particulièrement élevés en Égypte, au Liban, en Mauritanie et au Pakistan.
- En dépit de programmes de consolidation budgétaire à moyen terme, les soldes primaires devraient rester négatifs en 2019 dans dix des onze pays importateurs de pétrole de la région.

Causes de l’endettement élevé :
- La dette n’a pas augmenté soudainement (sauf peut-être au Soudan) mais s’est accumulée depuis de nombreuses années, sous l’effet du ralentissement durable de la croissance et du creusement des déficits primaires, surtout après les soulèvements de 2011 (Égypte, Jordanie, Maroc, Tunisie).
- Le recul persistant de la croissance a joué un rôle central; pendant les périodes de croissance relativement vigoureuse, l’endettement avait diminué dans la plupart des pays, même lorsque le déficit primaire augmentait.
- L’accentuation des différentiels de taux d’intérêt a accéléré l’accroissement de la dette dans plusieurs pays.
- Les variations du taux de change et l’inflation (monétisation des déficits) ont aussi pesé sur le ratio de dette publique (exemples : Tunisie, Égypte, Pakistan, Soudan).

Effets secondaires :
- La hausse de l’endettement a évincé les dépenses d’investissement et réduit la capacité d’investissements productifs.
- La dette publique élevée exerce un effet d’éviction sur l’investissement privé productif.

### Composition des dépenses et recettes fiscales
- Sur la dernière décennie, la masse salariale publique des pays importateurs de pétrole de la région MOANAP a représenté en moyenne environ 8 % du PIB.
- Les réductions des dépenses en capital ont contribué à stabiliser la dette, mais au détriment de la croissance future.
- La réduction ou suppression des subventions énergétiques régressives a eu des effets positifs considérables (Égypte, Jordanie, Maroc, Tunisie); les progrès ont ralenti en 2018 mais les réformes en cours devraient renverser cette tendance.
- Côté recettes, la situation est contrastée : en Tunisie, un train ambitieux de mesures nouvelles et l’amélioration de l’administration fiscale se sont soldés par une hausse des recettes de plus de 2 points de PIB.
- Dans d’autres pays, des possibilités substantielles d’accroître les recettes subsistent en élargissant l’assiette fiscale et en supprimant des exemptions (Jordanie, Pakistan).

Observations sur l’équilibre des mesures :
- L’équilibre entre mesures de dépenses et de recettes influence la croissance ; en Tunisie, les mesures fiscales ont réduit le déficit, mais un ajustement axé davantage sur les dépenses (renoncement aux augmentations salariales et réduction des subventions) aurait eu des effets moins préjudiciables sur la croissance.

### Assurer la soutenabilité de la dette : stratégies et réformes
- Deux grandes stratégies pour diminuer les ratios d’endettement : réduire les déficits primaires et accélérer la croissance.
- Les autorités disposent de marges de manœuvre considérables en modifiant la composition de l’ajustement budgétaire :
  - Côté dépenses : rééquilibrage entre dépenses de fonctionnement inefficaces et investissements qui stimulent la croissance à long terme; réduire la masse salariale publique et les subventions énergétiques régressives.
  - Côté recettes : élargir l’assiette fiscale, supprimer les exemptions, et améliorer l’administration fiscale.
- Des réformes de la conduite systématique de la politique budgétaire sont essentielles :
  - Renforcement des institutions budgétaires, transparence et établissement de cadres budgétaires à moyen terme.
  - Renforcement des cadres de gestion de la dette, élaboration d’une stratégie à moyen terme pour gérer les risques de marché et tirer parti de circonstances favorables (par ex. baisse des taux d’intérêt mondiaux).
- Limiter l’exposition aux chocs extérieurs :
  - Les pays appliquant des subventions énergétiques ou des prix intérieurs fixes sont particulièrement vulnérables aux fluctuations des cours internationaux du pétrole (exemples cités : Liban, Mauritanie, Soudan, Tunisie).
  - Les pays où le recouvrement des coûts est quasiment complet sont beaucoup moins vulnérables à une hausse des cours mondiaux du pétrole (exemples cités : Égypte, Jordanie, Maroc).

*Département Moyen-Orient et Asie centrale — PER, octobre 2019*

### Une croissance plus élevée et plus inclusive

### Réformes structurelles et rôle des entreprises publiques
- La privatisation d’entreprises publiques — qui exercent une influence déterminante sur le marché et évinceraient l’investissement du secteur privé, y compris les IDE — réduirait l’encours de la dette publique.
- Des efforts d’amélioration de leur gouvernance (une priorité en Égypte, cf. encadré 2.1, et en Tunisie) permettraient de dégager de l’espace pour le secteur privé.
- Des réformes de l’allocation des terrains à usage industriel, de la concurrence, et des marchés publics, et l’amélioration de la gouvernance sont mentionnées comme mesures initiales importantes pour créer un environnement favorable au développement du secteur privé.

### Gouvernance du secteur public, passifs et corruption
- La gouvernance du secteur public des pays de la région est en retard par rapport aux autres pays comparables.
- Absence de comptabilisation et de suivi exhaustifs des passifs contingents hors bilan, notamment ceux liés à la dette des entreprises publiques.
- La collatéralisation de la dette risque de limiter les possibilités d’action à l’avenir (en Égypte, par exemple).
- La corruption, souvent issue d’une mauvaise gouvernance, peut freiner la croissance et fragiliser la cohésion sociale.
- Les mesures recommandées comprennent le renforcement de la transparence, la responsabilisation des décideurs politiques et la consolidation des institutions budgétaires.

### Accès au financement, infrastructures et participation des femmes
- L’accès limité au financement est souligné pour la Jordanie et la Mauritanie.
- L’insuffisance des infrastructures est mise en avant pour le Liban et la Tunisie.
- La faible participation des femmes aux marchés de l’emploi est identifiée comme une immense ressource inexploitée.
- Pour y remédier, il sera nécessaire pour les pouvoirs publics de continuer d’investir dans des services d’éducation et de santé de qualité (surtout en Égypte, Mauritanie, Maroc et Tunisie).

### Aide extérieure et poids des programmes d’aide aux réfugiés
- Dans certains cas, un appui extérieur s’imposera, en particulier dans les pays où de vastes programmes d’aide aux réfugiés pèsent sur les finances publiques (Jordanie, Liban, Tunisie).
- La communauté internationale peut aider par :
  - des financements concessionnels (Jordanie et Mauritanie, par exemple),
  - une aide budgétaire directe (par exemple, les programmes du FMI en Égypte, Jordanie et Tunisie),
  - de l’assistance technique pour améliorer la gestion économique.
- Note : En 2020, l’assistance technique que le FMI prévoit d’apporter à la région portera notamment sur la gestion des risques budgétaires liés aux entreprises publiques et aux partenariats public-privé, la rationalisation des dépenses, l’administration fiscale, l’approfondissement et le renforcement du contrôle bancaire, et les législations et institutions nécessaires pour lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.

### Inclusion sociale et risques d’agitation
- Pour être durable, la croissance doit aussi être inclusive.
- Les troubles sociaux se sont intensifiés ces dernières années, tout particulièrement au Soudan, constituant une source de risque pour la région.
- L’agitation sociale peut perturber directement le développement économique ou amener les pouvoirs publics à prendre des mesures provisoires qui ne s’attaquent pas aux sources des problèmes.
- Elle offre cependant l’occasion pour les gouvernements de montrer leurs efforts pour satisfaire les revendications de la société en améliorant la gouvernance et créant des opportunités pour tous.
- Pour ce faire, les gouvernements pourraient envisager de relever les dépenses sociales, qui restent faibles, afin de protéger les plus vulnérables.

### Encadré 2.1 — Égypte : de la stabilisation à une croissance inclusive (résumé)
- Situation de mi-2016 : croissance faible, dette publique élevée et croissante, problème persistant de financement de la balance des paiements (graves pénuries de devises et surévaluation du taux de change).
- Programme appuyé par un accord avec le FMI au titre de la facilité élargie de crédit : ajustement d’envergure axé sur la libéralisation du marché des changes et un assainissement budgétaire pour assurer la viabilité de la dette publique.
- Suppression progressive des subventions énergétiques coûteuses et mal ciblées ; redéploiement partiel des économies vers des transferts monétaires aux populations vulnérables.
  - Couverture des transferts monétaires portée de 0,2 à 2,3 millions de ménages, soit environ 10 millions de personnes.
- Résultats : accélération de la croissance (l’un des taux les plus élevés de la région), réduction du déficit courant et du déficit public, augmentation des réserves internationales, recul de la dette publique, de l’inflation et du chômage.
- Défi d’emploi : avec une forte croissance démographique, l’Égypte doit créer au moins 700 000 emplois par an pour absorber le flux de nouveaux arrivants sur le marché du travail.
- Pour poursuivre l’élan, nécessité de réformes plus vastes et plus profondes pour créer un environnement favorable au secteur privé ; efforts soutenus pour améliorer le climat des affaires, lutter contre la corruption et réduire le rôle de l’État.

### Principaux indicateurs économiques, Région MOANAP (2000-2020) — chiffres clés
- MOANAP (moyenne 2000-2015 ; 2016 ; 2017 ; 2018 ; 2019 ; 2020) :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 4,6 5,3 2,1 1,6 0,5 2,7
  - Dont : croissance non pétrolière : 5,7 2,7 2,9 1,8 2,0 3,0
  - Solde courant : 8,2 –3,9 –0,5 2,9 –0,3 –1,4
  - Solde budgétaire global : 2,9 –9,5 –5,6 –3,2 –4,7 –5,1
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 6,5 5,4 7,0 9,3 7,9 9,1
- Pays exportateurs de pétrole de la région MOANAP :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 4,7 6,1 1,2 0,2 –1,3 2,1
  - Dont : croissance non pétrolière : 6,2 2,1 2,3 0,4 1,1 2,6
  - Solde courant : 11,6 –3,2 1,8 6,2 1,7 0,1
  - Solde budgétaire global : 5,7 –10,4 –5,2 –1,9 –3,9 –4,5
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 6,9 4,4 3,6 8,7 7,0 8,2
- Pays exportateurs de pétrole de la région MOANAP, hors pays en conflit et Iran :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 5,3 4,3 –0,4 1,6 1,3 2,8
  - Dont : croissance non pétrolière : 7,1 1,8 1,6 1,9 2,7 3,0
  - Solde courant : 13,7 –4,7 1,3 6,8 2,8 1,0
  - Solde budgétaire global : 7,0 –11,3 –5,4 –1,2 –3,3 –3,9
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 3,5 2,4 0,9 2,2 –0,3 2,1
- Conseil de coopération du Golfe (CCG) :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 4,8 2,3 –0,3 2,0 0,7 2,5
  - Dont : croissance non pétrolière : 6,7 1,9 1,9 1,9 2,4 2,8
  - Solde courant : 15,3 –2,8 2,8 8,5 5,3 3,1
  - Solde budgétaire global : 8,6 –10,7 –5,6 –1,8 –2,4 –3,3
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 2,7 2,1 0,2 2,1 –0,7 2,0
- Pays importateurs de pétrole de la région MOANAP :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 4,3 3,7 4,0 4,3 3,6 3,7
  - Solde courant : –2,2 –5,6 –6,7 –6,5 –5,9 –5,2
  - Solde budgétaire global : –5,7 –7,3 –6,8 –6,9 –7,0 –6,5
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 6,0 7,5 14,4 10,4 9,7 10,7
- MOAN :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 4,6 5,4 1,8 1,1 0,1 2,7
  - Dont : croissance non pétrolière : 5,8 2,4 2,6 1,3 1,9 3,1
  - Solde courant : 8,8 –4,2 –0,2 3,8 0,1 –1,3
  - Solde budgétaire global : 3,5 –10,1 –5,6 –2,9 –4,4 –4,9
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 6,3 5,7 7,4 10,1 8,1 8,6
- Monde arabe :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 4,9 3,8 1,3 2,4 1,9 3,3
  - Dont : croissance non pétrolière : 6,2 2,2 2,2 2,5 3,1 3,4
  - Solde courant : 9,8 –5,6 –0,9 3,7 0,6 –0,9
  - Solde budgétaire global : 4,0 –11,4 –6,4 –2,9 –4,4 –4,9
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 3,9 4,9 6,9 6,0 3,3 4,8

- Notes :
  - Les données relatives à la période 2011-2020 excluent la République arabe syrienne.
  - Pays exportateurs de pétrole de la région MOANAP : Algérie, Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Iran, Irak, Koweït, Libye, Oman, Qatar et Yémen.
  - Pays du CCG : Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar.
  - Pays importateurs de pétrole de la région MOANAP : Afghanistan, Djibouti, Égypte, Jordanie, Liban, Maroc, Mauritanie, Pakistan, Somalie, Soudan, Syrie et Tunisie.
  - Monde arabe : Algérie, Arabie saoudite, Bahreïn, Djibouti, Égypte, Émirats arabes unis, Irak, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Maroc, Mauritanie, Oman, Qatar, Somalie, Soudan, Syrie, Tunisie et Yémen.
  - Projections et sources : autorités nationales ; calculs et projections des services du FMI.
  - Notes méthodologiques : Les données se rapportent aux exercices pour les pays suivants : Afghanistan (21 mars/20 mars jusqu'en 2011 et 21 décembre/20 décembre par la suite), Iran (21 mars/20 mars) et Égypte et Pakistan (juillet/juin).

*Source : Département Moyen-Orient et Asie centrale — PER, octobre 2019 (Section 2).*

### Section 1

### Pays importateurs de pétrole de la région MOANAP : défis budgétaires et pressions sociales

### Perspectives de croissance
- La croissance réelle du PIB dans les pays importateurs de pétrole de la région MOANAP devrait passer de 4,3 % en moyenne en 2018 à 3,6 % en 2019.
- Hors Pakistan et Soudan, le taux de croissance moyen devrait légèrement augmenter pour atteindre 4,4 % en 2019.
- En Égypte, la croissance devrait rester forte, soutenue par la production gazière et le retour du tourisme.
- La croissance régionale devrait se maintenir aux environs de 3,7 % en moyenne en 2020, puis remonter à 5 % à moyen terme, l’accélération reposant en grande partie sur le Pakistan.

### Inflation, balances extérieures et besoins de financement
- La faiblesse de la demande intérieure et extérieure a contenu les pressions inflationnistes dans la plupart des pays, à l’exception de l’Égypte, du Pakistan, du Soudan, et de la Tunisie, où des dépréciations du taux de change au cours des trois dernières années ont alimenté une accélération du niveau des prix.
- Les déséquilibres extérieurs demeurent considérables dans quasiment tous les pays importateurs de pétrole, malgré la baisse des cours mondiaux du pétrole.
- Les besoins immédiats de financement extérieur (amortissement de la dette extérieure et déficits courants) devraient atteindre 238 milliards de dollars en 2019, soit plus de 160 % des réserves de change.
- Les déficits courants sont principalement financés par des flux bancaires et des pertes de réserves.

Exemples nationaux:
- Liban : le déficit courant représente, chaque année depuis 2015, plus d’un cinquième du PIB; les réserves ont diminué de 7 % en 2018 lorsque la croissance des dépôts non-résidents s’est tassée.
- Jordanie : déficit courant élevé de 7 % du PIB, conjugué à des sorties de capitaux privés et à la chute des IDE entrants, s’est traduit par des pertes de réserves.
- Tunisie : l’appui des bailleurs de fonds assure une large part du financement du déficit courant.

### Tensions sociales et marché du travail
- Les tensions sociales et politiques demeurent vives : incertitudes politiques au Soudan, enlisement économique en Cisjordanie et à Gaza, réformes mises en suspens en Tunisie à l’approche des élections, conflits violents en Afghanistan, Somalie et Syrie.
- Le taux de chômage moyen régional s’établit à 11 %, contre 7 % dans les autres pays émergents et en voie de développement.
- Groupes particulièrement touchés : plus de 18 % des femmes et près de 23 % des jeunes étaient au chômage en 2018.

### Contraintes budgétaires et charge de la dette
- L’endettement public est très élevé dans de nombreux pays : il dépasse 85 % du PIB en moyenne, et est supérieur à 150 % du PIB au Liban et au Soudan.
- La charge de la dette absorbe une part considérable du PIB dans de nombreux pays; en moyenne pour les pays importateurs de pétrole de la région MOANAP, la charge de la dette représente 50 % des dépenses en capital, ou plus du triple des dépenses sociales.
- Les besoins bruts de financement sont particulièrement élevés en Égypte, au Liban, en Mauritanie et au Pakistan.
- En dépit de programmes de consolidation budgétaire à moyen terme, les soldes primaires devraient rester négatifs en 2019 dans dix des onze pays importateurs de pétrole de la région.

Causes de l’endettement élevé:
- La dette n’a pas augmenté soudainement (sauf peut-être au Soudan) mais s’est accumulée depuis de nombreuses années, sous l’effet du ralentissement durable de la croissance et du creusement des déficits primaires, surtout après les soulèvements de 2011 (Égypte, Jordanie, Maroc, Tunisie).
- Le recul persistant de la croissance a joué un rôle central; pendant les périodes de croissance relativement vigoureuse, l’endettement avait diminué dans la plupart des pays, même lorsque le déficit primaire augmentait.
- L’accentuation des différentiels de taux d’intérêt a accéléré l’accroissement de la dette dans plusieurs pays.
- Les variations du taux de change et l’inflation (monétisation des déficits) ont aussi pesé sur le ratio de dette publique (exemples : Tunisie, Égypte, Pakistan, Soudan).

Effets secondaires:
- La hausse de l’endettement a évincé les dépenses d’investissement et réduit la capacité d’investissements productifs.
- La dette publique élevée exerce un effet d’éviction sur l’investissement privé productif.

### Composition des dépenses et recettes fiscales
- Sur la dernière décennie, la masse salariale publique des pays importateurs de pétrole de la région MOANAP a représenté en moyenne environ 8 % du PIB.
- Les réductions des dépenses en capital ont contribué à stabiliser la dette, mais au détriment de la croissance future.
- La réduction ou suppression des subventions énergétiques régressives a eu des effets positifs considérables (Égypte, Jordanie, Maroc, Tunisie); les progrès ont ralenti en 2018 mais les réformes en cours devraient renverser cette tendance.
- Côté recettes, la situation est contrastée : en Tunisie, un train ambitieux de mesures nouvelles et l’amélioration de l’administration fiscale se sont soldés par une hausse des recettes de plus de 2 points de PIB.
- Dans d’autres pays, des possibilités substantielles d’accroître les recettes subsistent en élargissant l’assiette fiscale et en supprimant des exemptions (Jordanie, Pakistan).

Observations sur l’équilibre des mesures:
- L’équilibre entre mesures de dépenses et de recettes influence la croissance ; en Tunisie, les mesures fiscales ont réduit le déficit, mais un ajustement axé davantage sur les dépenses (renoncement aux augmentations salariales et réduction des subventions) aurait eu des effets moins préjudiciables sur la croissance.

### Assurer la soutenabilité de la dette : stratégies et réformes
- Deux grandes stratégies pour diminuer les ratios d’endettement : réduire les déficits primaires et accélérer la croissance.
- Les autorités disposent de marges de manœuvre considérables en modifiant la composition de l’ajustement budgétaire :
  - Côté dépenses : rééquilibrage entre dépenses de fonctionnement inefficaces et investissements qui stimulent la croissance à long terme; réduire la masse salariale publique et les subventions énergétiques régressives.
  - Côté recettes : élargir l’assiette fiscale, supprimer les exemptions, et améliorer l’administration fiscale.
- Des réformes de la conduite systématique de la politique budgétaire sont essentielles :
  - Renforcement des institutions budgétaires, transparence et établissement de cadres budgétaires à moyen terme.
  - Renforcement des cadres de gestion de la dette, élaboration d’une stratégie à moyen terme pour gérer les risques de marché et tirer parti de circonstances favorables (par ex. baisse des taux d’intérêt mondiaux).
- Limiter l’exposition aux chocs extérieurs :
  - Les pays appliquant des subventions énergétiques ou des prix intérieurs fixes sont particulièrement vulnérables aux fluctuations des cours internationaux du pétrole (exemples cités : Liban, Mauritanie, Soudan, Tunisie).
  - Les pays où le recouvrement des coûts est quasiment complet sont beaucoup moins vulnérables à une hausse des cours mondiaux du pétrole (exemples cités : Égypte, Jordanie, Maroc).

*Département Moyen-Orient et Asie centrale — PER, octobre 2019*

### Section 2

### Une croissance plus élevée et plus inclusive

### Réformes structurelles et rôle des entreprises publiques
- La privatisation d’entreprises publiques — qui exercent une influence déterminante sur le marché et évinceraient l’investissement du secteur privé, y compris les IDE — réduirait l’encours de la dette publique.
- Des efforts d’amélioration de leur gouvernance (une priorité en Égypte, cf. encadré 2.1, et en Tunisie) permettraient de dégager de l’espace pour le secteur privé.
- Des réformes de l’allocation des terrains à usage industriel, de la concurrence, et des marchés publics, et l’amélioration de la gouvernance sont mentionnées comme mesures initiales importantes pour créer un environnement favorable au développement du secteur privé.

### Gouvernance du secteur public, passifs et corruption
- La gouvernance du secteur public des pays de la région est en retard par rapport aux autres pays comparables.
- Absence de comptabilisation et de suivi exhaustifs des passifs contingents hors bilan, notamment ceux liés à la dette des entreprises publiques.
- La collatéralisation de la dette risque de limiter les possibilités d’action à l’avenir (en Égypte, par exemple).
- La corruption, souvent issue d’une mauvaise gouvernance, peut freiner la croissance et fragiliser la cohésion sociale.
- Les mesures recommandées comprennent le renforcement de la transparence, la responsabilisation des décideurs politiques et la consolidation des institutions budgétaires (le chapitre 5 et Jarvis et al, à paraître, apportent de plus amples précisions).

### Accès au financement, infrastructures et participation des femmes
- L’accès limité au financement est souligné pour la Jordanie et la Mauritanie (cf. Blancher et al., 2019).
- L’insuffisance des infrastructures est mise en avant pour le Liban et la Tunisie.
- La faible participation des femmes aux marchés de l’emploi est identifiée comme une immense ressource inexploitée.
- Pour y remédier, il sera nécessaire pour les pouvoirs publics de continuer d’investir dans des services d’éducation et de santé de qualité (surtout en Égypte, Mauritanie, Maroc et Tunisie).

### Aide extérieure et poids des programmes d’aide aux réfugiés
- Dans certains cas, un appui extérieur s’imposera, en particulier dans les pays où de vastes programmes d’aide aux réfugiés pèsent sur les finances publiques (Jordanie, Liban, Tunisie).
- La communauté internationale peut aider par :
  - des financements concessionnels (Jordanie et Mauritanie, par exemple),
  - une aide budgétaire directe (par exemple, les programmes du FMI en Égypte, Jordanie et Tunisie),
  - de l’assistance technique pour améliorer la gestion économique.
- Note : En 2020, l’assistance technique que le FMI prévoit d’apporter à la région portera notamment sur la gestion des risques budgétaires liés aux entreprises publiques et aux partenariats public-privé, la rationalisation des dépenses, l’administration fiscale, l’approfondissement et le renforcement du contrôle bancaire, et les législations et institutions nécessaires pour lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.

### Inclusion sociale et risques d’agitation
- Pour être durable, la croissance doit aussi être inclusive (cf. Purfield et al., 2018).
- Les troubles sociaux se sont intensifiés ces dernières années, tout particulièrement au Soudan, constituant une source de risque pour la région.
- L’agitation sociale peut perturber directement le développement économique ou amener les pouvoirs publics à prendre des mesures provisoires qui ne s’attaquent pas aux sources des problèmes.
- Elle offre cependant l’occasion pour les gouvernements de montrer leurs efforts pour satisfaire les revendications de la société en améliorant la gouvernance et créant des opportunités pour tous.
- Pour ce faire, les gouvernements pourraient envisager de relever les dépenses sociales, qui restent faibles, afin de protéger les plus vulnérables.

### Encadré 2.1 — Égypte : de la stabilisation à une croissance inclusive (résumé)
- Situation de mi-2016 : croissance faible, dette publique élevée et croissante, problème persistant de financement de la balance des paiements (graves pénuries de devises et surévaluation du taux de change).
- Programme appuyé par un accord avec le FMI au titre de la facilité élargie de crédit : ajustement d’envergure axé sur la libéralisation du marché des changes et un assainissement budgétaire pour assurer la viabilité de la dette publique.
- Suppression progressive des subventions énergétiques coûteuses et mal ciblées ; redéploiement partiel des économies vers des transferts monétaires aux populations vulnérables.
  - Couverture des transferts monétaires portée de 0,2 à 2,3 millions de ménages, soit environ 10 millions de personnes.
- Résultats : accélération de la croissance (l’un des taux les plus élevés de la région), réduction du déficit courant et du déficit public, augmentation des réserves internationales, recul de la dette publique, de l’inflation et du chômage.
- Défi d’emploi : avec une forte croissance démographique, l’Égypte doit créer au moins 700 000 emplois par an pour absorber le flux de nouveaux arrivants sur le marché du travail.
- Pour poursuivre l’élan, nécessité de réformes plus vastes et plus profondes pour créer un environnement favorable au secteur privé ; efforts soutenus pour améliorer le climat des affaires, lutter contre la corruption et réduire le rôle de l’État.
- Rédigé par Matthew Gaertner.

### Principaux indicateurs économiques, Région MOANAP (2000-2020) — chiffres clés
- MOANAP (moyenne 2000-2015 ; 2016 ; 2017 ; 2018 ; 2019 ; 2020) :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 4,6 5,3 2,1 1,6 0,5 2,7
  - Dont : croissance non pétrolière : 5,7 2,7 2,9 1,8 2,0 3,0
  - Solde courant : 8,2 –3,9 –0,5 2,9 –0,3 –1,4
  - Solde budgétaire global : 2,9 –9,5 –5,6 –3,2 –4,7 –5,1
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 6,5 5,4 7,0 9,3 7,9 9,1
- Pays exportateurs de pétrole de la région MOANAP :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 4,7 6,1 1,2 0,2 –1,3 2,1
  - Dont : croissance non pétrolière : 6,2 2,1 2,3 0,4 1,1 2,6
  - Solde courant : 11,6 –3,2 1,8 6,2 1,7 0,1
  - Solde budgétaire global : 5,7 –10,4 –5,2 –1,9 –3,9 –4,5
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 6,9 4,4 3,6 8,7 7,0 8,2
- Pays exportateurs de pétrole de la région MOANAP, hors pays en conflit et Iran :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 5,3 4,3 –0,4 1,6 1,3 2,8
  - Dont : croissance non pétrolière : 7,1 1,8 1,6 1,9 2,7 3,0
  - Solde courant : 13,7 –4,7 1,3 6,8 2,8 1,0
  - Solde budgétaire global : 7,0 –11,3 –5,4 –1,2 –3,3 –3,9
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 3,5 2,4 0,9 2,2 –0,3 2,1
- Conseil de coopération du Golfe (CCG) :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 4,8 2,3 –0,3 2,0 0,7 2,5
  - Dont : croissance non pétrolière : 6,7 1,9 1,9 1,9 2,4 2,8
  - Solde courant : 15,3 –2,8 2,8 8,5 5,3 3,1
  - Solde budgétaire global : 8,6 –10,7 –5,6 –1,8 –2,4 –3,3
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 2,7 2,1 0,2 2,1 –0,7 2,0
- Pays importateurs de pétrole de la région MOANAP :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 4,3 3,7 4,0 4,3 3,6 3,7
  - Solde courant : –2,2 –5,6 –6,7 –6,5 –5,9 –5,2
  - Solde budgétaire global : –5,7 –7,3 –6,8 –6,9 –7,0 –6,5
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 6,0 7,5 14,4 10,4 9,7 10,7
- MOAN :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 4,6 5,4 1,8 1,1 0,1 2,7
  - Dont : croissance non pétrolière : 5,8 2,4 2,6 1,3 1,9 3,1
  - Solde courant : 8,8 –4,2 –0,2 3,8 0,1 –1,3
  - Solde budgétaire global : 3,5 –10,1 –5,6 –2,9 –4,4 –4,9
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 6,3 5,7 7,4 10,1 8,1 8,6
- Monde arabe :
  - PIB réel (croissance annuelle) : 4,9 3,8 1,3 2,4 1,9 3,3
  - Dont : croissance non pétrolière : 6,2 2,2 2,2 2,5 3,1 3,4
  - Solde courant : 9,8 –5,6 –0,9 3,7 0,6 –0,9
  - Solde budgétaire global : 4,0 –11,4 –6,4 –2,9 –4,4 –4,9
  - Inflation (moyenne annuelle ; en pourcentage) : 3,9 4,9 6,9 6,0 3,3 4,8
- Notes :
  - Les données relatives à la période 2011-2020 excluent la République arabe syrienne.
  - Pays exportateurs de pétrole de la région MOANAP : Algérie, Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Iran, Irak, Koweït, Libye, Oman, Qatar et Yémen.
  - Pays du CCG : Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar.
  - Pays importateurs de pétrole de la région MOANAP : Afghanistan, Djibouti, Égypte, Jordanie, Liban, Maroc, Mauritanie, Pakistan, Somalie, Soudan, Syrie et Tunisie.
  - Monde arabe : Algérie, Arabie saoudite, Bahreïn, Djibouti, Égypte, Émirats arabes unis, Irak, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Maroc, Mauritanie, Oman, Qatar, Somalie, Soudan, Syrie, Tunisie et Yémen.
  - Projections et sources : autorités nationales ; calculs et projections des services du FMI.
  - Notes méthodologiques : Les données se rapportent aux exercices pour les pays suivants : Afghanistan (21 mars/20 mars jusqu'en 2011 et 21 décembre/20 décembre par la suite), Iran (21 mars/20 mars) et Égypte et Pakistan (juillet/juin).

*Source : Département Moyen-Orient et Asie centrale — PER, octobre 2019 (Section 2).*

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_Source: https://www.imf.org/-/media/files/publications/reo/mcd-cca/2019/october/french/menap-chapter2-french.pdf_
