## AVANT-PROPOS

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### Une économie mondiale résiliente mais inégale
- L’économie mondiale poursuit son lent rétablissement après la pandémie, l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la crise du coût de la vie.
- La résilience a été remarquable malgré :
  - perturbations sur le marché de l’énergie et des produits alimentaires provoquées par la guerre;
  - durcissement sans précédent des conditions monétaires mondiales pour lutter contre une inflation élevée.
- La croissance est lente et inégale, avec des disparités accrues entre pays; l’économie mondiale « avance tant bien que mal, mais n’est pas prête à se lancer dans un sprint. »
- L’activité mondiale a atteint son point le plus bas à la fin de l’année dernière; l’inflation (globale et sous-jacente hors énergie et alimentation) est peu à peu maîtrisée.
- Un retour à la situation antérieure à la pandémie semble de plus en plus hors de portée, en particulier dans les pays émergents et les pays en développement.

### Perspectives chiffrées (projections principales)
- Croissance mondiale :
  - 3,5 percent en 2022;
  - 3 percent en 2023;
  - 2,9 percent en 2024 (révision à la baisse de 0,1 point de pourcentage pour 2024 par rapport aux projections de juillet).
- Inflation globale (variation en glissement annuel) :
  - 9,2 percent en 2022;
  - 5,9 percent en 2023;
  - 4,8 percent en 2024.
- Inflation hors énergie et alimentation :
  - devrait reculer plus progressivement que l’inflation globale, à 4,5 percent en 2024.
- Marché du travail (États-Unis) :
  - taux de chômage prévu passer de 3,6 percent à 3,9 percent d’ici à 2025.

### Trois forces qui façonnent l’évolution
- 1) Reprise des services :
  - La reprise dans le secteur des services est quasiment achevée.
  - Forte demande de services a soutenu des pays tertiarisés (ex. Espagne, France) par rapport à des géants industriels (ex. Allemagne, Chine).
  - Demande de services à forte intensité de main-d’œuvre a entraîné un resserrement du marché du travail et une inflation des services plus élevée et plus tenace.
  - Attendu : inflation des services va reculer en 2024 et marchés de l’emploi et activité vont se tasser.
- 2) Durcissement de la politique monétaire :
  - Le resserrement des conditions de crédit pèse sur marchés immobiliers, investissement et activité, notamment là où la part des prêts hypothécaires à taux variable est élevée ou où les ménages sont moins disposés/moins capables de puiser dans leur épargne.
  - Faillites d’entreprises ont augmenté aux États-Unis et dans la zone euro, après un niveau historiquement bas.
  - Pays à stades différents du cycle de hausse des taux : pays avancés (sauf Japon) proches du sommet; certains pays émergents (Brésil, Chili) ont amorcé une détente.
- 3) Incidence du choc sur les prix des produits de base :
  - Pays dépendants des importations énergétiques de Russie ont connu une hausse plus marquée des prix énergétiques et un ralentissement plus prononcé.
  - Répercussions de la hausse des prix de l’énergie ont davantage fait augmenter l’inflation hors énergie et alimentation dans la zone euro qu’aux États-Unis.

### Marchés du travail et salaires
- Malgré un fléchissement, les marchés de l’emploi restent dynamiques dans les pays avancés; taux de chômage historiquement bas soutiennent l’activité.
- Peu de signes d’une « spirale prix–salaires » jusqu’à présent; salaires réels demeurent inférieurs aux niveaux antérieurs à la pandémie.
- Compression forte de l’échelle des salaires dans de nombreux pays, partiellement expliquée par l’attractivité du télétravail et des horaires flexibles pour les hauts salaires, réduisant ainsi les pressions salariales pour ce groupe.

### Principaux risques identifiés
- 1) Chine : aggravation possible de la crise de l’immobilier, risque important pour l’économie mondiale. Défi politique complexe : restructurer rapidement les promoteurs en difficulté, préserver la stabilité financière, réduire les pressions sur les finances publiques locales. Deux dangers opposés :
  - baisse trop rapide des prix de l’immobilier → dégradation du bilan des banques et des ménages → répercussions financières graves;
  - soutien artificiel des prix de l’immobilier → éviction d’autres investissements, réduction de la construction nouvelle, effet négatif sur les recettes locales.
  - Conclusion : l’économie chinoise doit abandonner son modèle de croissance fondé sur le crédit immobilier.
- 2) Instabilité des prix des produits de base :
  - Depuis juin, les cours du pétrole ont augmenté de 25 percent environ, sur fond de réductions prolongées de l’offre des pays de l’OPEP+.
  - Prix des produits alimentaires restent élevés; une escalade de la guerre en Ukraine pourrait provoquer de nouvelles perturbations, affectant particulièrement les pays à faible revenu.
  - La fragmentation géoéconomique a accru la dispersion des prix des produits de base, y compris les minerais essentiels, avec des risques macroéconomiques pour la transition climatique (analyse développée au chapitre 3).
- 3) Inflation persistante :
  - Inflation sous-jacente et inflation globale ont baissé mais restent excessivement élevées.
  - Les anticipations d’inflation à court terme ont largement dépassé le niveau cible, même si elles semblent avoir changé de cap récemment.
  - Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, d’une vaste épargne excédentaire dans certains pays et d’une évolution défavorable des prix de l’énergie, l’inflation pourrait s’ancrer davantage et exiger des mesures plus vigoureuses des banques centrales.
- 4) Érosion de la marge de manœuvre budgétaire :
  - De nombreux pays présentent un endettement élevé, des coûts de financement en hausse, un ralentissement de la croissance et une asymétrie croissante entre besoins publics et moyens budgétaires (voir Moniteur des finances publiques, édition d’octobre 2023).
  - Cela augmente la vulnérabilité aux crises et exige un renforcement de la gestion des risques budgétaires.
- 5) Réévaluation des risques et appréciation du dollar :
  - Malgré le durcissement monétaire, les conditions de financement se sont assouplies dans beaucoup de pays (voir Rapport sur la stabilité financière dans le monde, édition d’octobre 2023).
  - Un risque existe qu’une forte réévaluation des risques provoque une nouvelle appréciation du dollar, des sorties de capitaux, une hausse des coûts d’emprunt et un accroissement du surendettement, en particulier pour certains pays émergents.

### Mesures recommandées
- Politique monétaire :
  - Dans le scénario de référence, l’inflation continue de reculer tandis que les banques centrales maintiennent une politique restrictive.
  - Nombre de pays approchant le sommet de leur cycle de resserrement : seul un faible durcissement supplémentaire s’impose.
  - Un assouplissement prématuré ferait perdre les progrès des 18 derniers mois.
  - Une fois la désinflation fermement engagée et les anticipations d’inflation à court terme en baisse, une révision à la baisse du taux directeur permettra de maintenir inchangée l’orientation de la politique monétaire (c’est‑à‑dire les taux d’intérêt réels) jusqu’à ce que l’inflation se rapproche de son niveau cible.
- Politique budgétaire :
  - Doit soutenir la stratégie monétaire et faciliter la désinflation.
  - En 2022, politiques budgétaire et monétaire tiraient dans la même direction; en 2023, elles sont moins alignées.
  - Situation des États‑Unis particulièrement préoccupante : l’orientation budgétaire s’est nettement détériorée.
  - Recommandation : la politique budgétaire aux États‑Unis ne devrait pas être procyclique; partout, la politique budgétaire devrait viser à reconstituer les marges de manœuvre budgétaires (ex. suppression des subventions à l’énergie).
- Réformes structurelles et moyen terme :
  - Nécessité de se reconcentrer sur le moyen terme : perspectives de croissance à moyen terme maussades, surtout pour les pays émergents et en développement.
  - Importance des réformes structurelles échelonnées avec soin, en particulier sur la gouvernance, la réglementation des entreprises et le secteur extérieur (réformes de « première génération ») pour libérer la croissance et rendre ultérieures réformes plus efficaces.
- Coopération multilatérale :
  - Éviter des mesures contraires aux règles de l’Organisation mondiale du commerce et qui faussent le commerce international.
  - Préserver la circulation des minerais essentiels à la transition climatique et des produits de base agricoles via des « corridors écologiques » pour réduire l’instabilité et accélérer la transition verte.
  - Limiter la fragmentation géoéconomique; rétablir la confiance dans des cadres multilatéraux fondés sur des règles, transparence et lisibilité de l’action publique.
  - Maintenir un dispositif solide de protection financière mondiale avec un FMI doté de ressources suffisantes.

*Pierre‑Olivier Gourinchas, Conseiller économique — Fonds monétaire international | Octobre 2023*

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