## AVANT-PROPOS

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### Contexte et évolution récente
- En avril 2025, les États-Unis ont annoncé l’imposition de droits de douane considérables à l’encontre de la plupart de leurs partenaires commerciaux, rompant avec les règles et normes en matière de politique commerciale.
- Dans les Perspectives de l’économie mondiale (PEM) d’avril 2025, une fourchette estimative de l’impact à la baisse sur la croissance mondiale allait de « modérée » à « notable », selon la gravité effective du choc sur les échanges commerciaux.
- Six mois plus tard (octobre 2025), les retombées négatives sur l’économie mondiale se situent dans la partie « modérée » de la fourchette.

### Effets observés et projections macroéconomiques
- Prévisions de croissance mondiale : 3,2 % cette année et 3,1 % l’an prochain.
- Taux effectif officiel des droits de douane américains : aux alentours de 19 %.
- Perte de production cumulée par rapport aux projections d’octobre 2024 des PEM : environ 0,2 % à la fin de 2026.
- Aux États-Unis : croissance révisée à la baisse et inflation révisée à la hausse par rapport aux projections de l’an dernier, traduisant un choc négatif d’offre.
- Composantes atténuantes observées :
  - Agilité du secteur privé dans la concentration des importations au 1er semestre et réorganisation rapide des chaînes d’approvisionnement.
  - Négociation d’accords commerciaux entre plusieurs pays et les États-Unis.
  - Comportement globalement mesuré du reste du monde, maintenant l’ouverture du système commercial.
  - Dépréciation du dollar contribuant à des conditions financières plus souples pour les pays émergents et en développement.
  - Mesures d’expansion budgétaire dans certains pays (ex. Allemagne) stimulant la croissance en 2025.
  - Essor marqué des investissements liés à l’intelligence artificielle (IA) et politique budgétaire modérément expansionniste pour 2026.

### Facteurs structurants et risques principaux
- Incertitude persistante autour des politiques commerciales, avec risque d’amplification des effets des droits de douane au fil du temps (répercussion des droits sur les prix, réorientation permanente des échanges, perte d’efficience mondiale).
- Tensions sur l’offre aux États-Unis liées au durcissement des politiques migratoires réduisant l’apport de main-d’œuvre née à l’étranger ; compensées jusqu’ici par un recul de la demande de main-d’œuvre lié à un ralentissement cyclique.
- Risque d’intensification des pressions inflationnistes si le boom de l’IA soutient davantage la demande ; référence historique : hausse cumulée de 175 points de base du taux directeur de la Réserve fédérale entre juin 1999 et mai 2000 pour maîtriser des tensions inflationnistes comparables.
- Scénarios de correction des marchés financiers liés à des attentes de bénéfices non satisfaites pour l’IA, avec implications sur la richesse, la consommation et la propagation aux marchés financiers.
- Situation en Chine :
  - Secteur immobilier toujours fragilisé plus de quatre ans après l’explosion de la bulle immobilière ; investissements immobiliers en baisse.
  - Menace de déflation par la dette.
  - Limites et coûts des subventions à grande échelle au secteur manufacturier, conduisant à une mauvaise affectation des ressources malgré des gains de productivité dans certains secteurs (véhicules électriques, panneaux solaires).
- Pressions budgétaires globales :
  - Affaiblissement des perspectives de croissance, hausse des taux d’intérêt réels, accroissement des niveaux d’endettement et nouveaux besoins de dépenses (ex. défense, sécurité nationale) complexifient l’équation budgétaire.
  - Écarts de crédit des principaux pays avancés creusés lors des ventes massives d’avril ; seules quelques places refuges (ex. Suisse) ont vu une chute marquée des rendements de long terme.
  - Pays à faible revenu davantage vulnérables en raison de la diminution des flux d’aide publique.
  - Risque social : manque de possibilités d’embauche pouvant provoquer une montée des tensions sociales, en particulier chez les jeunes sans emploi marginalisés.
- Pressions sur les institutions publiques techniques (banques centrales) et risque d’érosion de la crédibilité acquise en matière de politique économique.

### Scénarios d’amélioration chiffrés
- Diminution conséquente de l’incertitude entourant les politiques économiques (via accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux) : augmentation possible de la production mondiale de 0,4 % à très court terme.
- Abaissement des droits de douane à la suite d’accords : augmentation additionnelle de la production mondiale d’environ 0,3 %.
- Gains de productivité grâce à l’IA (au-delà des effets sur les investissements) : potentiel d’ajouter un gain supplémentaire de 0,4 % à la production mondiale à court terme.

### Recommandations de politique publique
- Politique commerciale : revoir la réglementation des échanges pour tenir compte de la nature évolutive des relations commerciales et chercher à intensifier ces relations lorsque possible.
- Finances publiques :
  - Réduire progressivement et de manière crédible les facteurs de vulnérabilité budgétaire.
  - Améliorer l’efficience des dépenses publiques pour attirer des investissements privés (référence au Moniteur des finances publiques d’octobre 2025).
- Politique monétaire :
  - Poursuivre l’adaptation aux évolutions économiques et maintenir la transparence.
  - Préserver l’indépendance des institutions chargées de la politique monétaire ; leur permettre de se concentrer sur leur mission fondamentale et de disposer des outils nécessaires, notamment pour la communication des données.
- Politiques structurelles et d’innovation :
  - Favoriser les politiques horizontales plutôt que des politiques industrielles sectorielles potentiellement coûteuses et inefficaces.
  - Priorités recommandées : investissements dans l’éducation, la recherche publique, les infrastructures publiques, la bonne gestion des affaires publiques, la stabilité financière et macroéconomique, et un cadre réglementaire conciliant flexibilité, innovation et maîtrise des risques.
- Renforcement des cadres multilatéraux et des institutions multilatérales pour soutenir la coopération face aux grands enjeux mondiaux et préserver la résilience observée.

*Pierre-Olivier Gourinchas, Conseiller économique — Avant-propos, Perspectives de l’économie mondiale, Octobre 2025*

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