## L’éducation des enfants dans les pays pauvres

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### Contexte et enjeux généraux
- Objectif : « enseignement primaire pour tous, à l’horizon 2015 » parmi les objectifs de développement pour le Millénaire.
- En 2004, cet objectif paraît hors d’atteinte dans de nombreux pays pauvres.
- Enjeu fondamental : lorsqu’un enfant n’acquiert pas les compétences élémentaires, le coût social du défaut d’éducation dépasse largement le coût de l’éducation.
- Bénéfices marqués de la scolarisation des filles : revenu plus élevé, mortalité maternelle et infantile plus faible, plus grande liberté de choix.

### Niveau et évolution de la scolarisation (constatations)
- Environ 113 million d’enfants n’étaient pas scolarisés à la fin de 2003.
- Asie de l’Est (données Banque mondiale) : taux net de scolarisation primaire était de 86 percent en 1980 et de 99 percent en 1997.
- Asie du Sud : taux net de scolarisation primaire de 64 percent en 1980 et de 77 percent en 1997.
- Afrique subsaharienne : taux brut de scolarisation estimé à 54 percent en 1980 et ayant légèrement régressé entre 1980 et 1996; « probablement d’environ 50 percent aujourd’hui ».
- Taux d’achèvement du cursus primaire en 1999 :
  - 73 percent dans l’ensemble des pays en développement.
  - 81 percent en Asie de l’Est.
  - 50 percent en Asie du Sud.
  - 50 percent en Afrique subsaharienne.
- Résultats scolaires réels parfois faibles : enquêtes montrent que de nombreux adultes ayant fréquenté l’école pendant cinq à six ans ou moins ne savent pas vraiment lire ni compter.
- Disparités socioéconomiques nationales (début des années 90) :
  - Pakistan : 86 percent des enfants riches de 6 à 14 ans scolarisés vs 37 percent des enfants pauvres (écart de 49 points).
  - Sénégal : écart de 52 percent.
  - Maroc : écart de 63 percent.
  - Écarts notables mais un peu plus faibles au Bangladesh, au Ghana et en Indonésie.
- Disparité entre les sexes : scolarisation des filles incomparablement plus faible que celle des garçons dans les pays à faible revenu, particulièrement en Asie du Sud et en Afrique.
- Enfants handicapés : on estime que 5 percent seulement des enfants africains ayant des difficultés à apprendre sont scolarisés, alors que 70 percent d’entre eux pourraient l’être si les écoles disposaient des équipements voulus.

### Défaillances de la demande et de l’offre (analyse)
- Cadre : absence ou insuffisance d’un bien peut provenir d’une défaillance de la demande ou de l’offre.
- Facteurs du côté de la demande :
  - Coût direct : frais de scolarité, livres, fournitures, transport, habillement.
  - Absence d’accès au crédit pour étaler la dépense.
  - Coûts d’opportunité : travail des enfants, tâches ménagères, prise en charge de parents malades (ex. contexte du sida).
  - Mauvaise perception de la valeur de l’éducation : manque d’information sur les gains futurs, marchés locaux n’exigeant pas les compétences scolaires, importance des réseaux personnels pour l’emploi, normes sociales défavorisant l’éducation (notamment des filles).
  - Exemple : programme Progresa (Mexique) — réduction de plus de moitié du coût de la scolarisation mais augmentation du taux de scolarisation de seulement 10 percent.
- Facteurs du côté de l’offre :
  - Insuffisance des ressources publiques pour financer l’éducation gratuite et universelle (assiette fiscale réduite par présence d’économie informelle; administration fiscale déficiente).
  - Incapacité administrative à transférer les ressources aux écoles.
  - Absence d’écoles dans les zones rurales ou grande différence de qualité entre campagnes et villes.
  - Priorités publiques biaisées : élites envoyant leurs enfants dans le privé, détournement de fonds publics vers l’enseignement supérieur ou dépenses militaires/infra‑structures.
  - Corruption : détournements facilités sur gros projets au détriment des dépenses scolaires courantes (salaires des maîtres, manuels).
  - Aide étrangère : tendance des donateurs à privilégier dépenses d’équipement par rapport aux dépenses courantes des écoles.

### Pratique et portée des contributions familiales
- Résultat d’étude : financement au moins partiel de l’éducation de base par les parents largement répandu dans 77 des 79 pays étudiés.
- Formes de contributions parentales :
  - Frais de scolarité couvrant salaires d’enseignants et administrateurs.
  - Achat de matériel pédagogique : crayons, livres de classe.
  - Entretien des écoles.
  - Contributions en nature : nourriture des enseignants, assistance en classe, travail physique pour construction/entretien.
- Rôle selon l’origine du problème :
  - Si la contrainte provient d’une défaillance de l’offre, les contributions parentales peuvent être le seul moyen d’assurer l’éducation des enfants pauvres à court terme.
  - Si la contrainte provient d’une défaillance de la demande, les contributions parentales sont peu susceptibles d’accroître durablement la scolarisation.
- Effet potentiellement positif : les contributions parentales peuvent rehausser la qualité de l’éducation, ce qui peut motiver des parents auparavant réticents à scolariser leurs enfants.

### Cas d’études et expériences comparées
- Mali :
  - Fréquentation a d’abord diminué après relèvement des frais, puis la diminution a été plus que compensée par la hausse qui a suivi la construction de nouvelles écoles plus proches et la prise de conscience par les parents de l’amélioration de la qualité de l’enseignement.
  - Effet d’exemple, incitation à la surveillance parentale.
- Tchad — modèle en situation de ressources très limitées :
  - Produit national brut par habitant estimé à seulement 215 dollars.
  - Ensemble des recettes publiques ne représente que 8 % du produit intérieur brut.
  - Niveau de scolarisation primaire : environ 50 percent.
  - Taux d’achèvement des études primaires : 20 percent.
  - Taux d’analphabétisme : plus de 60 percent.
  - Tradition d’implication parentale : associations prennent totalement en charge des écoles rurales; 20 percent des élèves de l’enseignement primaire fréquentent des écoles gérées par les collectivités locales.
  - Contribution annuelle moyenne des parents aux écoles publiques : 2 dollars.
  - Mécanismes informels d’assurance mutuelle empêchent l’exclusion des enfants lorsque les parents ne peuvent pas payer.
  - Associations parents–enseignants recrutent et supervisent plus de la moitié des enseignants du primaire.
  - Financement des salaires des enseignants recrutés localement : l’État, avec l’aide de la Banque mondiale, paie 80 percent de leur salaire; la collectivité couvre le reste.
  - Ces salaires représentent un tiers de ce que reçoivent les enseignants fonctionnaires de l’État.
  - Malgré les sacrifices parentaux, moins de la moitié des adultes ayant été à l’école pendant six ans au plus lisent couramment.
  - Conclusion locale : contributions parentales restent le seul moyen réaliste de boucler le budget de l’éducation en attendant des ressources publiques accrues.
- Malawi (milieu des années 90) :
  - Suppression des contributions parentales, gratuité de l’enseignement primaire.
  - Scolarisation a augmenté de 60 percent (1 million de nouveaux élèves).
  - Qualité a baissé en raison de surcharge des classes et pénurie d’enseignants.
  - Décaissement tardif des financements des donateurs a empêché une préparation adéquate.
  - Performance des enseignants détériorée; surveillance parentale réduite.
  - Parents continuent d’assumer coûts non monétaires, entraînant une hausse du taux d’abandon.
  - En 1999, taux d’achèvement des études primaires : 50 percent.
  - L’écart entre les sexes s’est maintenu.
- Ouganda :
  - 1997 : renoncement aux frais de scolarité à concurrence de quatre enfants par famille; fournitures scolaires restées à la charge des familles.
  - Gouvernement a doublé la part des dépenses courantes de l’État destinées à l’enseignement primaire et a utilisé une aide extérieure pour former enseignants, construire classes et acheter matériel pédagogique.
  - Malgré ces mesures, qualité diminuée en raison de ratios élèves par maître et élèves par classe élevés et manque de matériel pédagogique.
  - Taux net de scolarisation est passé de 85 percent en 1997 à 77 percent en 2000.
  - Inégalités de sexe persistantes.
- Leçons tirées : la suppression des frais de scolarité augmente la demande mais, sans préparation adéquate de l’offre (planification, exécution, contrôle, formation, infrastructure, matériel), la qualité se dégrade et les inégalités persistent; des mesures supplémentaires (p. ex. transferts de revenus) peuvent être nécessaires pour soulager les familles pauvres.

### Équité, efficience et limites des contributions parentales
- Si la scolarisation est obligatoire, la contribution parentale est un impôt régressif : montant fixe par enfant pèse proportionnellement davantage sur les familles pauvres.
- Scolarisation volontaire payante peut dissuader certains parents d’envoyer leurs enfants à l’école; plus les frais sont élevés, plus le risque d’exclusion augmente.
- Contre‑argument : en l’absence d’offre publique suffisante, l’absence de contributions peut conduire à ce que tous les enfants pauvres n’aient accès à aucune éducation.
- Coûts fixes du système scolaire : bâtiments et salaires sont souvent fixes; dans les zones rurales, scolariser un enfant supplémentaire coûte souvent peu ou pas grand-chose jusqu’à un certain seuil.
- Possibilité de rendements d’échelle locaux : écoles à une seule classe/un seul maître peuvent accueillir un élève supplémentaire sans augmentation notable des coûts, jusqu’à ce que la qualité soit compromise.
- Progressivité possible : l’État pourrait rendre les contributions progressives en exemptant les familles pauvres ou en basant le montant sur le revenu, mais cela requiert une administration publique fonctionnelle que beaucoup de collectivités n’ont pas.
- Rôle des liens communautaires : petites communautés mieux à même d’effectuer des contrôles, de connaître la situation économique des voisins et de maintenir un rudimentaire système d’assurance mutuelle pour éviter l’exclusion.
- Position normative : contribution parentale = solution temporaire; les enfants ont droit à un enseignement de base gratuit de qualité, et le financement par contributions parentales ne doit être qu’un palliatif jusqu’à ce que l’État assume pleinement ses responsabilités.

### Conclusions et implications politiques
- Objectif de politique éducative : enseignement universel financé par l’État au moyen des recettes publiques.
- Contributions parentales : ne doivent être qu’un palliatif temporaire; non souhaitables comme système permanent.
- Efficacité dépend de la nature du déficit d’accès :
  - Si déficit provient d’une demande insuffisante (pauvreté, manque d’information, préjugés sociaux), obliger les parents à contribuer a peu de chances d’accroître la scolarisation, sauf si la qualité s’améliore suffisamment pour stimuler la demande.
  - Si déficit provient d’un manque d’offre (l’État ne peut ou ne veut pas financer les écoles), les contributions parentales peuvent permettre de répondre à une demande d’enseignement insatisfaite et être le seul moyen pour les parents de faire scolariser leurs enfants jusqu’à ce que l’État assume sa responsabilité.
- Priorités structurelles à long terme : corriger les déficiences fiscales et administratives, lutter contre la corruption, réaffecter les priorités budgétaires en faveur de l’enseignement primaire.
- À court terme : reconnaître que, dans de nombreux contextes, les contributions parentales existent déjà et peuvent constituer une solution temporaire si elles améliorent l’offre et la qualité de l’enseignement.
- Nécessité d’évaluer l’origine de la non‑scolarisation (défaillance de la demande vs défaillance de l’offre) avant de recommander la poursuite, la réforme ou l’interdiction des contributions parentales.

*Source : L’éducation des enfants dans les pays pauvres, Dossier économique n° 33 (Fonds monétaire international), extrait (préface et Section 1); _issue33f - Section 2 (PDF); _issue33f - Section 3.*

### Section 1

### L’éducation des enfants dans les pays pauvres

### Contexte et enjeux généraux
- L’objectif d’« enseignement primaire pour tous, à l’horizon 2015 » figure parmi les objectifs de développement pour le Millénaire.
- En 2004, cet objectif paraît hors d’atteinte dans de nombreux pays pauvres.
- Enjeu fondamental : lorsqu’un enfant n’acquiert pas les compétences élémentaires, le coût social du défaut d’éducation dépasse largement le coût de l’éducation.
- La scolarisation des filles apporte des bénéfices sociaux marqués : revenu plus élevé, mortalité maternelle et infantile plus faible, plus grande liberté de choix.

### Niveau et évolution de la scolarisation (constatations)
- Environ 113 million d’enfants n’étaient pas scolarisés à la fin de 2003.
- Asie de l’Est (données Banque mondiale) : taux net de scolarisation primaire était de 86 percent en 1980 et de 99 percent en 1997.
- Asie du Sud : taux net de scolarisation primaire de 64 percent en 1980 et de 77 percent en 1997.
- Afrique subsaharienne : taux brut de scolarisation estimé à 54 percent en 1980 et ayant légèrement régressé entre 1980 et 1996; « probablement d’environ 50 percent aujourd’hui » (texte).
- Taux d’achèvement du cursus primaire en 1999 :
  - 73 percent dans l’ensemble des pays en développement.
  - 81 percent en Asie de l’Est.
  - 50 percent en Asie du Sud.
  - 50 percent en Afrique subsaharienne.
- Les résultats scolaires réels peuvent être faibles : des enquêtes montrent que de nombreux adultes ayant fréquenté l’école pendant cinq à six ans ou moins ne savent pas vraiment lire ni compter.
- Disparités socioéconomiques nationales : exemples de pays (début des années 90) — Pakistan : 86 percent des enfants riches de 6 à 14 ans scolarisés vs 37 percent des enfants pauvres (écart de 49 points); écart de 52 percent au Sénégal; écart de 63 percent au Maroc; écarts notables mais un peu plus faibles au Bangladesh, au Ghana et en Indonésie.
- Disparité entre les sexes : la scolarisation des filles est incomparablement plus faible que celle des garçons dans les pays à faible revenu, particulièrement en Asie du Sud et en Afrique.
- Enfants handicapés : on estime que 5 percent seulement des enfants africains ayant des difficultés à apprendre sont scolarisés, alors que 70 percent d’entre eux pourraient l’être si les écoles disposaient des équipements voulus.

### Défaillances de la demande et de l’offre (analyse)
- Théorie économique : absence ou insuffisance d’un bien peut provenir d’une défaillance de la demande ou de l’offre.
- Facteurs du côté de la demande :
  - Coût direct (frais de scolarité, livres, fournitures, transport, habillement).
  - Absence d’accès au crédit pour étaler la dépense.
  - Coûts d’opportunité : travail des enfants, tâches ménagères, prise en charge de parents malades (ex. contexte du sida).
  - Mauvaise perception de la valeur de l’éducation : manque d’information sur les gains futurs, marchés locaux n’exigeant pas les compétences scolaires, importance des réseaux personnels pour l’emploi, normes sociales défavorisant l’éducation (notamment des filles).
  - Exemple : programme Progresa (Mexique) — réduction de plus de moitié du coût de la scolarisation mais augmentation du taux de scolarisation de seulement 10 percent.
- Facteurs du côté de l’offre :
  - Insuffisance des ressources publiques pour financer l’éducation gratuite et universelle (assiette fiscale réduite par présence d’économie informelle; administration fiscale déficiente).
  - Incapacité administrative à transférer les ressources aux écoles.
  - Absence d’écoles dans les zones rurales ou grande différence de qualité entre campagnes et villes.
  - Priorités publiques biaisées : élites envoyant leurs enfants dans le privé, détournement de fonds publics vers l’enseignement supérieur ou dépenses militaires/infra‑structures.
  - Corruption : détournements facilités sur gros projets au détriment des dépenses scolaires courantes (salaires des maîtres, manuels).
  - Aide étrangère : tendance des donateurs à privilégier dépenses d’équipement par rapport aux dépenses courantes des écoles.

### Pratique et portée des contributions familiales
- Étude de la Banque mondiale : financement au moins partiel de l’éducation de base par les parents largement répandu dans 77 des 79 pays étudiés.
- Formes de contributions parentales :
  - Frais de scolarité couvrant salaires d’enseignants et administrateurs.
  - Achat de matériel pédagogique : crayons, livres de classe.
  - Entretien des écoles.
  - Contributions en nature : nourriture des enseignants, assistance en classe, travail physique pour construction/entretien.
- Rôle des contributions parentales selon l’origine du problème :
  - Si la contrainte provient d’une défaillance de l’offre (manque de ressources publiques ou volonté politique), les contributions parentales peuvent être le seul moyen d’assurer l’éducation des enfants pauvres à court terme.
  - Si la contrainte provient d’une défaillance de la demande (coût d’opportunité élevé, normes sociales, mauvaise perception de la valeur), les contributions parentales sont peu susceptibles d’accroître durablement la scolarisation.
- Effet potentiellement positif : les contributions parentales peuvent rehausser la qualité de l’éducation, ce qui peut motiver des parents auparavant réticents à scolariser leurs enfants.

### Implications politiques et terrain d’action (extrait d’orientations)
- Priorités structurelles à long terme : corriger les déficiences fiscales et administratives, lutter contre la corruption, réaffecter les priorités budgétaires en faveur de l’enseignement primaire.
- À court terme : reconnaître que, dans de nombreux contextes, les contributions parentales existent déjà et peuvent constituer une solution temporaire si elles améliorent l’offre et la qualité de l’enseignement.
- Nécessité d’évaluer l’origine de la non‑scolarisation (défaillance de la demande vs défaillance de l’offre) avant de recommander la poursuite, la réforme ou l’interdiction des contributions parentales.

*Source : _L’éducation des enfants dans les pays pauvres_, Dossier économique n° 33 (Fonds monétaire international), extrait (préface et Section 1).*

### Section 2

### _issue33f - Section 2

### Preuves et mécanismes des contributions parentales
- Les contributions des parents accroissent la demande de scolarisation lorsqu’elles permettent une amélioration du niveau scolaire.
- Exemple du Mali : la fréquentation a d’abord diminué après relèvement des frais, puis la diminution a été plus que compensée par la hausse qui a suivi la construction de nouvelles écoles plus proches et la prise de conscience par les parents de l’amélioration de la qualité de l’enseignement.
- Effet d’exemple : lorsque les contributions permettent à davantage d’enfants d’aller à l’école, d’acquérir des compétences et de trouver des emplois, d’autres parents peuvent être persuadés de l’intérêt de l’enseignement scolaire.
- Incitation à la surveillance : payer pour l’éducation accroît la propension des parents à suivre le travail des enseignants, contribuant à un cercle vertueux d’amélioration.
- Financement local et gestion : les écoles dépendant du financement local tendent à avoir un meilleur rapport coût–efficacité; le déplacement du financement vers le niveau local peut améliorer la gestion des écoles, car il est plus facile pour les parents de contrôler des responsables locaux.
- Limite : la corruption peut exister au niveau local comme au niveau national.

### Le Tchad — modèle de contributions parentales en situation de ressources très limitées
- Produit national brut par habitant estimé à seulement 215 dollars.
- Ensemble des recettes publiques ne représente que 8 % du produit intérieur brut.
- Niveau de scolarisation primaire : environ 50 percent.
- Taux d’achèvement des études primaires : 20 percent.
- Taux d’analphabétisme : plus de 60 percent.
- Disparités régionales et selon le sexe accentuent la faiblesse des indicateurs, pire pour les enfants des campagnes et pour les filles.
- Tradition d’implication parentale : des associations prennent totalement en charge des écoles rurales; 20 percent des élèves de l’enseignement primaire fréquentent des écoles gérées par les collectivités locales.
- Contribution annuelle moyenne des parents aux écoles publiques : 2 dollars.
- Les parents supportent le coût des livres et fournitures et offrent du temps de travail bénévole.
- Mécanismes informels d’assurance mutuelle empêchent l’exclusion des enfants lorsque les parents ne peuvent pas payer.
- Associations parents–enseignants recrutent et supervisent plus de la moitié des enseignants du primaire.
- Financement des salaires des enseignants recrutés localement : l’État, avec l’aide de la Banque mondiale, paie 80 percent de leur salaire; la collectivité couvre le reste.
- Ces salaires représentent un tiers de ce que reçoivent les enseignants fonctionnaires de l’État.
- Malgré les sacrifices parentaux, moins de la moitié des adultes ayant été à l’école pendant six ans au plus lisent couramment.
- Les contributions parentales restent le seul moyen réaliste de boucler le budget de l’éducation en attendant des ressources publiques accrues.

### Expériences comparées : Malawi et Ouganda
- Malawi, milieu des années 90 : suppression des contributions parentales, gratuité de l’enseignement primaire.
  - Scolarisation a augmenté de 60 percent (1 million de nouveaux élèves).
  - Qualité a baissé en raison de surcharge des classes et pénurie d’enseignants.
  - Décaissement tardif des financements des donateurs a empêché une préparation adéquate.
  - Performance des enseignants détériorée, en partie parce que les parents, libérés de leur contribution, surveillaient moins.
  - Les parents continuent d’assumer coûts non monétaires (heures de travail, matériaux, fournitures, vêtements, coût d’opportunité du travail des enfants), entraînant une hausse du taux d’abandon.
  - En 1999, taux d’achèvement des études primaires : 50 percent.
  - L’écart entre les sexes s’est maintenu.
- Ouganda :
  - 1997 : renoncement aux frais de scolarité à concurrence de quatre enfants par famille; fournitures scolaires restées à la charge des familles.
  - Le gouvernement a doublé la part des dépenses courantes de l’État destinées à l’enseignement primaire et utilisé une aide extérieure pour former enseignants, construire classes et acheter matériel pédagogique.
  - Malgré ces mesures, qualité diminuée en raison de ratios élèves par maître et élèves par classe élevés et manque de matériel pédagogique.
  - Taux net de scolarisation est passé de 85 percent en 1997 à 77 percent en 2000.
  - Inégalités de sexe persistantes.
- Leçons : la suppression des frais de scolarité augmente la demande mais sans préparation adéquate de l’offre (planification, exécution, contrôle, formation, infrastructure, matériel), la qualité se dégrade et les inégalités persistent. Des mesures supplémentaires (p. ex. transferts de revenus) peuvent être nécessaires pour soulager les familles pauvres.

### Équité, efficience et limites des contributions parentales
- Si la scolarisation est obligatoire, la contribution parentale est un impôt régressif : montant fixe par enfant pèse proportionnellement davantage sur les familles pauvres.
- Scolarisation volontaire payante peut dissuader certains parents d’envoyer leurs enfants à l’école; plus les frais sont élevés, plus le risque d’exclusion augmente.
- Contre‑argument : en l’absence d’offre publique suffisante, l’absence de contributions peut conduire à ce que tous les enfants pauvres n’aient accès à aucune éducation.
- Coûts fixes du système scolaire : bâtiments et salaires sont souvent fixes; dans les zones rurales, scolariser un enfant supplémentaire coûte souvent peu ou pas grand-chose jusqu’à un certain seuil.
- Possibilité de rendements d’échelle locaux : écoles à une seule classe/un seul maître peuvent accueillir un élève supplémentaire sans augmentation notable des coûts, jusqu’à ce que la qualité soit compromise.
- Progressivité possible : l’État pourrait rendre les contributions progressives en exemptant les familles pauvres ou en basant le montant sur le revenu, mais cela requiert une administration publique fonctionnelle que beaucoup de collectivités n’ont pas.
- Rôle des liens communautaires : petites communautés mieux à même d’effectuer des contrôles, de connaître la situation économique des voisins et de maintenir un rudimentaire système d’assurance mutuelle pour éviter l’exclusion.
- Contribution parentale = solution temporaire : parce que les enfants ont droit à un enseignement de base gratuit de qualité, le financement par contributions parentales ne doit être qu’un palliatif jusqu’à ce que l’État assume pleinement ses responsabilités.

### Conclusions et conditions d’efficacité
- Objectif de politique éducative : enseignement universel financé par l’État au moyen des recettes publiques.
- Contributions parentales : ne doivent être qu’un palliatif temporaire; non souhaitables comme système permanent.
- Efficacité dépend de la nature du déficit d’accès :
  - Si déficit provient d’une demande insuffisante (pauvreté, manque d’information, préjugés sociaux), obliger les parents à contribuer a peu de chances d’accroître la scolarisation, sauf si la qualité s’améliore suffisamment pour stimuler la demande.
  - Si déficit provient d’un manque d’offre (l’État ne peut ou ne veut pas financer les écoles), les contributions parentales peuvent permettre de répondre à une demande d’enseignement insatisfaite et être le seul moyen pour les parents de faire scolariser leurs enfants jusqu’à ce que l’État assume sa responsabilité.
- Les réussites locales en matière de contribution parentale ne doivent pas dispenser les gouvernements de leur responsabilité d’assurer une éducation gratuite et de qualité pour tous les enfants.

*Source: _issue33f - Section 2 (PDF).*

### Section 3

### _issue33f - Section 3

### Liste des contributions figurant dans la section
- 19. Fonds de couverture : que savons-nous vraiment d’eux? Barry Eichengreen et Donald Mathieson. 1999.
- 20. La création d’emplois : pourquoi certains pays font-ils mieux que d’autres? Pietro Garibaldi et Paolo Mauro. 2000.
- 21. Gestion des affaires publiques et lutte contre la corruption dans les États baltes et les pays de la CEI : le rôle du FMI. Thomas Wolf et Emine Gürgen. 2000.
- 22. L’art difficile de prévoir les crises économiques. Andrew Berg et Catherine Pattillo. 2000.
- 23. Promotion de la croissance en Afrique subsaharienne : les leçons de l’expérience. Anupam Basu, Evangelos A. Calamitsis et Dhaneshwar Ghura. 2000.
- 24. Dollarisation intégrale : avantages et inconvénients. Andrew Berg et Eduardo Borensztein. 2000.
- 25. Lutter contre la pollution : écotaxes et permis négociables. John Norregaard et Valérie Reppelin-Hill. 2000.
- 26. La pauvreté rurale dans les pays en développement : orientation pour l’action publique. Mahmood Hasan Khan. 2001.
- 27. Une politique fiscale pour les pays en développement. Vito Tanzi et Howell Zee. 2001.
- 28. Aléa moral : les financements du FMI poussent-ils emprunteurs et prêteurs à l’imprudence? Timothy Lane et Steven Phillips. 2002.
- 29. Le casse-tête des retraites : impératifs et choix des régimes de retraites. Nicholas Barr. 2002.
- 30. Sous la protection de l’ombre : la croissance de l’économie souterraine. Friedrich Schneider avec la collaboration de Dominik Enste. 2002.
- 31. La restructuration du secteur des entreprises : le rôle des pouvoirs publics en temps de crise. Mark R. Stone. 2002.
- 32. Les régulateurs financiers devraient-ils être indépendants? Marc Quintyn et Michael W. Taylor. 2004.
- 33. L’éducation des enfants dans les pays pauvres. Arye L. Hillman et Eva Jenkner. 2004.

### Informations de collection et repères de page
- La collection des Dossiers économiques
- Page indiquée dans la source : 16

*Source : _issue33f - Section 3*

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