L'Afrique subsaharienne face aux défis actuels
Commentaire par Abdoulaye Bio-TchanérDirecteur
Département Afrique
Fonds monétaire international
Fraternité (Bénin)
3 janvier 2006
L'année dernière a été importante pour le développement de l'Afrique. Les dirigeants de tout le continent et les partenaires au développement auront fort à faire pour entretenir ce dynamisme au cours de cette année qui vient de commencer.
Pendant plusieurs années, les dirigeants africains se sont évertués à réduire la pauvreté et à faire progresser la région. Il y a plus de quatre ans, en adoptant le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) de l'Union africaine, ils ont engagé leurs pays, individuellement et collectivement, sur la voie d'une croissance et d'un développement durables. Pour de nombreux Africains, il s'en est suivi des bienfaits indéniables : les revenus se sont mis à augmenter plus vite et la pauvreté a commencé à reculer. Mais, les Africains le savent et le reste du monde l'a aussi compris : il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.
En 2005, le projet «Millénaire pour le développement» des Nations Unies et la Commission pour l'Afrique ont joint leurs voix à celles des dirigeants de la région pour démontrer de façon convaincante que les pays africains avaient besoin d'une aide nettement plus élevée pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). En juillet 2005, le Groupe des huit (G-8) a annoncé que, au cours de la prochaine décennie, il accroîtrait sensiblement l'aide en faveur des pays d'Afrique attachés aux principes de la bonne gouvernance. Le G-8 a aussi proposé qu'un nouvel allégement global de la dette multilatérale des pays pauvres très endettés soit offert par le FMI, l'Association internationale de développement de la Banque mondiale et le Fond africain de développement.
Le Conseil d'administration du FMI a approuvé le 21décembre 2005 la mise en _uvre, pour ce qui concerne le FMI, de cet allégement de dette, désormais connu sous le nom d'Initiative d'allégement de la dette multilatérale (IADM). A partir de janvier 2006, une fois que les derniers éléments du dispositif financier auront été mis en place, le FMI annulera 100 % de la dette des pays qui auront atteint, ou qui seront en passe d'atteindre, le point d'achèvement au titre de l'initiative conjointe du FMI et de la Banque mondiale en faveur des pays pauvres très endettés (initiative PPTE). L'IADM va au-delà de l'initiative PPTE en ce sens qu'elle libère des ressources additionnelles pour aider ces pays à atteindre les OMD. Un premier groupe de 19 pays est déjà admis à bénéficier de cette initiative. Il comprend, pour ce qui est de l'Afrique, les pays suivants : Bénin, Burkina Faso, Éthiopie, Ghana, Madagascar, Mali, Mozambique, Niger, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zambie. Nous nous employons activement à aider de nombreux autres pays à atteindre au plus vite leur «point d'achèvement» au titre de l'initiative PPTE. Nous travaillerons en outre avec les pays pour veiller à ce que les ressources économisées grâce à l'IADM servent bien à la réalisation des OMD.
Ces développements sont très encourageants pour l'Afrique subsaharienne. A l'aube de la nouvelle année, il est essentiel que les dirigeants africains et la communauté internationale continuent d'agir dans l'esprit du NEPAD pour transformer les engagements en un développement soutenu et une réduction durable de la pauvreté.
Dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, l'économie continue de se développer à un bon rythme. Malgré la flambée des cours mondiaux du pétrole, la croissance moyenne n'a que légèrement fléchi en 2005, après avoir été particulièrement vigoureuse l'année précédente. Il est assez surprenant que ce ralentissement ait été causé surtout par le recul de la croissance dans les pays producteurs de pétrole, après l'augmentation exceptionnelle de la production de pétrole en 2003 et 2004. Dans les pays d'Afrique non producteurs de pétrole, on s'attend à ce que la croissance se maintienne en moyenne autour de 4,5 % en 2005 et 2006, soit un taux comparable à celui de 2004.
Les pays ont encore à surmonter des défis majeurs alors même qu'ils s'efforcent d'atteindre les OMD. En 2005, la croissance est restée inférieure au niveau qui serait nécessaire pour réaliser l'objectif consistant à réduire la pauvreté de moitié d'ici à 2015. Pour beaucoup de pays, la maîtrise de l'inflation a été particulièrement difficile, car les cours du pétrole ont poursuivi leur hausse. L'an passé, les prix des denrées alimentaires et des matières premières agricoles ont chuté et les récoltes ont souffert des invasions acridiennes dans la région du Sahel et de la sécheresse en Afrique australe, avec des conséquences désastreuses pour les habitants de nombreux pays. Du côté des bonnes nouvelles, on peut citer l'augmentation des cours mondiaux des boissons, du coton et de certains métaux, qui a aidé à compenser le renchérissement des importations de pétrole.
Dans les pays africains, qu'ils soient exportateurs ou importateurs de pétrole, l'adaptation à l'évolution de l'environnement extérieur nécessite l'application de politiques qui posent des défis considérables aux dirigeants. Dans les pays producteurs, une partie du surcroît de recettes pétrolières peut servir à financer les politiques qui aideront ces pays à atteindre les OMD. Cela ne sera possible que s'ils sont en mesure d'absorber la manne pétrolière et si ces dépenses additionnelles s'inscrivent de façon cohérente dans un programme de dépenses publiques à moyen terme. Quant aux pays importateurs de pétrole, ils pourraient contenir les pressions budgétaires qui se font jour en diminuant leurs dépenses non prioritaires. Ils pourraient aussi consolider leur base de recettes et, si cela est possible, laisser les taux de change s'ajuster afin de se protéger contre les chocs.
La perspective d'une augmentation sensible de l'aide des donateurs internationaux et d'un allégement global de la dette rend d'autant plus nécessaire pour ces pays l'élaboration de programmes économiques qui permettent d'accélérer la réalisation des OMD. À cet égard, de nombreuses possibilités s'offrent aux gouvernements, parmi lesquelles je vois quatre priorités :
Premièrement, les pays doivent améliorer la gestion de leurs dépenses publiques, de manière à obtenir les meilleurs résultats et à respecter des normes rigoureuses en matière de responsabilité des pouvoirs publics. Les évaluations des systèmes de dépenses publiques réalisées par la Banque mondiale et le FMI conduisent à penser que des améliorations considérables s'imposent.
Deuxièmement, une bonne gouvernance économique est essentielle. Qu'il s'agisse du budget, de la banque centrale ou du secteur public dans son ensemble, les pays doivent promouvoir la transparence de toutes les transactions financières. Dans ce domaine, ils devraient être guidés par les normes internationales et par les codes de conduite optimale, et prendre le cas échéant des mesures énergiques pour combattre et éradiquer la corruption. À cet égard, ce sont les pays dotés d'abondantes ressources naturelles qui auront le plus de mal à promouvoir la transparence institutionnelle.
Troisièmement, le secteur privé doit être le moteur d'une croissance soutenue et plus forte. Or, des études de la Banque mondiale indiquent que 16 des 20 pays où le climat des affaires est le plus défavorable sont situés en Afrique subsaharienne. Ces pays sont ainsi confrontés à un autre défi, celui d'ouvrir l'accès des petites entreprises aux financements, de mettre en place un système juridique efficace et prévisible, et de supprimer les lourdeurs administratives ainsi que les goulets d'étranglement qui ont bien souvent un effet dissuasif sur les investisseurs locaux et étrangers.
Quatrièmement, l'expérience montre que le commerce extérieur est indispensable à l'accélération de la croissance. Les pays doivent abandonner les préférences commerciales traditionnelles au profit d'une libéralisation unilatérale ou multilatérale. Il existe en Afrique 30 accords commerciaux régionaux. Chaque pays est partie à quatre d'entre eux en moyenne. Le coût du franchissement d'une frontière en Afrique peut être équivalent au coût d'un déplacement de plus de 1600 km à l'intérieur des frontières nationales. Les procédures douanières et les accords commerciaux régionaux doivent être simplifiés de façon à encourager le commerce, en particulier entre les pays africains.
La communauté internationale a pris des mesures importantes en 2005 en offrant à l'Afrique une augmentation de l'aide et de l'allégement de dette. Elle pourrait aller encore plus loin en 2006 en faisant en sorte que les négociations commerciales internationales du cycle de Doha aboutissent à un accord favorable aux pays d'Afrique à faible revenu. Mais c'est l'Afrique elle-même qui, en s'efforçant de pérenniser son récent dynamisme économique, contribuera le plus à la réduction de la pauvreté. Les décideurs de la région sont animés d'une solide détermination. Ils doivent continuer à en faire preuve pour affronter les grands défis du développement.

