Contrer la fragmentation dans trois domaines prioritaires : les échanges commerciaux, l’endettement et l’action en faveur du climat
IMF Blog, January 17, 2023
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- Authors: Kristalina Georgieva
- Published: January 17, 2023
Contexte et message général
- La fragmentation risque de rendre encore plus difficile l’aide aux nombreux pays émergents et pays en développement vulnérables qui ont été durement touchés par de multiples chocs.
- Depuis la fin de la guerre froide, la taille de l’économie mondiale a pratiquement triplé, et près de 1,5 milliard de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté.
- Les tensions géopolitiques et les nouvelles restrictions aux échanges accroissent le risque d’une fragmentation géoéconomique aux conséquences dangereuses pour la croissance, la pauvreté et la sécurité.
Risques et coûts de la fragmentation
- Estimations évoquées :
- Le coût à plus long terme de la seule fragmentation du commerce mondial pourrait être compris entre 0,2 % de la production mondiale dans un scénario de fragmentation limitée et près de 7 % dans un scénario de forte fragmentation.
- Si l’on y ajoute le coût du découplage technologique, certains pays pourraient subir des pertes atteignant jusqu’à 12 % du PIB.
- Modes supplémentaires de fragmentation susceptibles d’aggraver l’impact : restrictions aux migrations internationales, réduction des flux de capitaux, diminution de la coopération internationale.
- Groupes particulièrement vulnérables :
- Les ménages à plus faible revenu dans les pays avancés perdraient l’accès à des biens d’importation à bas prix.
- Les petits pays d’économie de marché ouverte seraient fortement pénalisés.
- Les pays d’Asie pâtiraient en raison de leur forte dépendance à l’égard du libre-échange.
- Les pays émergents et pays en développement perdraient les retombées technologiques nécessaires au rattrapage.
Priorité 1 — Renforcer le système commercial international
- Objectifs et mesures proposées :
- Stimuler fortement les échanges commerciaux, moteur de l’économie mondiale.
- Éliminer les subventions génératrices de distorsions et lever les restrictions aux échanges imposées ces dernières années.
- Réformer en profondeur l’Organisation mondiale du commerce et conclure des accords d’ouverture des marchés sous l’égide de l’OMC.
- Utiliser des accords plurilatéraux entre sous-ensembles de pays membres de l’OMC comme voie possible (exemple : coopération en matière de réglementation dans les secteurs des services).
- Consolider les chaînes d’approvisionnement par diversification plutôt que par seule relocalisation : des travaux du FMI montrent que la diversification pourrait diviser par deux les pertes économiques potentielles imputables aux perturbations des approvisionnements.
- Évaluer soigneusement les conséquences internes et externes des mesures de sécurité nationale sur le commerce ou l’investissement.
- Mettre en place des dispositifs de protection des personnes vulnérables contre des actions unilatérales (exemple : exclusion des restrictions aux exportations de produits alimentaires pour les exportations au profit d’organismes humanitaires comme le Programme alimentaire mondial).
- Politiques nationales complémentaires :
- Amélioration des dispositifs de protection sociale.
- Investissement dans la formation professionnelle.
- Accroissement de la mobilité des travailleurs entre les secteurs, régions et professions.
Priorité 2 — Aider les pays vulnérables à gérer leur dette
- Situation et risques :
- Environ 15 % des pays à faible revenu sont déjà en situation de surendettement et 45 % présentent un risque élevé de surendettement.
- Parmi les pays émergents, environ 25 % encourent un risque élevé et affichent des écarts de taux d’emprunt caractéristiques d’une situation de défaillance.
- Progrès observés et limites :
- Signes d’avancées sur le front du cadre commun pour les traitements de dette du Groupe des Vingt : le Tchad a récemment conclu un accord avec ses créanciers officiels et privés, la Zambie s’oriente vers une restructuration de sa dette, et le Ghana est devenu le quatrième pays à solliciter un traitement en vertu du cadre commun du G20.
- Toutefois, la division entre principaux créanciers officiels en fonction de clivages géopolitiques rendra la résolution des crises de la dette souveraine plus difficile.
- Mesures recommandées :
- Garanties accrues sur les processus et règles du cadre commun, calendriers raccourcis et plus prévisibles pour les restructurations.
- Améliorer les processus en faveur des pays ne relevant pas du cadre commun.
- Organisation d’une table ronde sur la dette souveraine mondiale par le FMI, la Banque mondiale et la présidence indienne du G20 pour recenser et combler les lacunes.
- Mesures pragmatiques supplémentaires : nouvelles avancées sur les règles de vote à la majorité s’agissant des prêts souverains, adoption de clauses d’endettement prenant en considération l’adaptation aux changements climatiques.
- But : réduire l’incertitude économique et financière et aider les pays à recommencer à investir dans leur avenir.
Priorité 3 — Renforcer l’action pour le climat
- Importance et risques :
- Au cours de la seule année dernière, des catastrophes climatiques se sont produites sur l’ensemble des cinq continents, avec 165 milliards de dollars de dégâts rien qu’aux États-Unis.
- Cela met en évidence les risques économiques et financiers considérables d’un réchauffement de la planète non maîtrisé.
- Progrès et opportunités :
- L’accord conclu à la COP 27 sur la création d’un fonds « pertes et préjudices » pour les pays les plus vulnérables.
- Mesures proposées :
- Introduire un prix plancher international du carbone parmi les principaux émetteurs, privilégiant la tarification du carbone ou des mesures équivalentes dans un processus équitable qui compléterait et renforcerait l’Accord de Paris.
- Développer des « partenariats pour une transition énergétique juste » entre des groupes de donateurs et des pays comme l’Afrique du Sud et l’Indonésie.
- Accélérer le financement climatique pour aider les pays vulnérables à s’adapter, en utilisant de façon innovante les finances publiques (garanties de crédit, apport de fonds propres et investissements de premier risque) pour mobiliser des milliards de dollars de financements privés.
- Améliorer les données sur les projets climatiques : harmonisation des règles et principes de communication et élaboration de taxonomies pour aligner les investissements sur les objectifs climatiques.
Rôle du FMI
- Actions et appuis fournis :
- Depuis le début de la pandémie, le FMI a accordé 267 milliards de dollars de nouveaux financements.
- Allocation record de droits de tirage spéciaux de 650 milliards de dollars, ce qui a accru les réserves des membres.
- Aide aux pays disposant de réserves plus abondantes pour transférer leurs DTS à des pays dont les besoins sont plus importants.
- Engagements actuels : les pays se sont engagés à allouer environ 40 milliards de dollars de DTS à notre nouveau fonds fiduciaire pour la résilience et la durabilité, visant à aider les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire vulnérables à s’attaquer à des problèmes structurels comme la pandémie et le changement climatique.
- Formes de soutien : conseils, activités de développement des capacités et aides financières.
Conclusion et appel à l’action pragmatique
- La lutte contre la fragmentation doit se concentrer sur des domaines où la coopération est à la fois essentielle et urgente : échanges commerciaux, endettement et action pour le climat.
- Les mesures pragmatiques proposées ne constituent peut-être pas un coup d’épée miracle, mais chaque progrès pour rétablir la confiance et renforcer la coopération internationale sera déterminant.
- Les discussions tenues à Davos sont une source d’espoir pour favoriser une intégration économique source de paix et de prospérité pour tous.
Article par Kristalina Georgieva, le 17 janvier 2023 — Contrer la fragmentation dans trois domaines prioritaires : les échanges commerciaux, l’endettement et l’action en faveur du climat