Un cycle prend fin et un autre débute, avec une croissance qui suit des trajectoires de plus en plus disparates
IMF Blog, January 17, 2025
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- Authors: Pierre-Olivier Gourinchas
- Published: January 17, 2025
Projections mondiales et trajectoire de l’inflation
- Croissance mondiale prévue stable à 3,3 % cette année et 3,3 % l’année prochaine.
- Inflation mondiale prévue à 4,2 % cette année et 3,5 % l’année prochaine.
- Cette décrue de l’inflation vers les cibles des banques centrales permettra d’accélérer la normalisation de la politique monétaire.
Divergences régionales et évolutions récentes
- Etats-Unis
- Projection de croissance relevée de 0,5 point de pourcentage, à 2,7 % pour cette année.
- Demande intérieure reste vigoureuse, croissance conjoncturelle au‑dessus du potentiel.
- Réorientations stratégiques annoncées potentiellement inflationnistes à court terme (assouplissement budgétaire, dérégulation, relèvement des tarifs douaniers, restrictions d’immigration).
- Le dollar s’est apprécié d’environ 4 % depuis l’élection de novembre 2024.
- Zone euro
- Croissance de 0,8 % en 2024 à 1 %.
- Vents contraires : faible dynamique industrielle, bas niveau de confiance des consommateurs, choc négatif persistant lié aux prix de l’énergie.
- Prix du gaz en Europe environ cinq fois plus élevés qu’aux États‑Unis (contre deux fois avant la pandémie).
- Risque spécifique : combinaison d’un resserrement des marges de manœuvre monétaire et budgétaire si l’activité faiblit et les primes de risque augmentent.
- Pays émergents et Chine
- Croissance globale des pays émergents inchangée à 4,2 % cette année et 4,3 % l’année prochaine.
- Chine : taux de croissance attendu de 4,5 % en 2026 (soit 0,4 point de pourcentage de plus par rapport à la dernière prévision).
- Risque de « piège de la stagnation » en Chine conduisant à une déflation par la dette si mesures budgétaires et monétaires insuffisantes.
- Baisse forte des rendements des obligations d’État chinoises observée, signalant des préoccupations chez les investisseurs.
Principaux risques à court et moyen terme
- Risques à court terme pouvant accentuer la divergence entre pays :
- Ralentissement plus marqué en Europe si inquiétudes sur la viabilité de la dette publique augmentent.
- Défaillance des politiques en Chine entraînant déflation par la dette et recul de l’activité.
- Réorientations stratégiques américaines qui combineraient stimulation de la demande (hausse d’inflation) et chocs sur l’offre (hausses tarifaires, restrictions d’immigration).
- Effets d’un scénario d’inflation américaine remontée :
- Empêcherait la Réserve fédérale d’abaisser les taux et pourrait nécessiter des relèvements de taux.
- Renforcement du dollar, creusement des déficits extérieurs des États‑Unis.
- Durcissement des conditions financières pour pays émergents et pays en développement.
- Risques à moyen terme (environ cinq prochaines années) :
- Effets positifs d’un choc budgétaire américain susceptibles de se dissiper ou s’inverser si vulnérabilités des finances publiques s’aggravent.
- Déréglementation pouvant stimuler la croissance potentielle mais aussi accroître les vulnérabilités financières si excessive.
- Politiques commerciales restrictives et durcissement des limites à l’immigration exacerbant les risques pour la production.
Politique monétaire et macrofinancière : orientation et réponses
- Contexte nécessitant une politique monétaire plus agile et proactive pour éviter un désancrage des anticipations d’inflation.
- Politique macrofinancière à mener avec vigilance pour éviter une accumulation de risques financiers.
- Pour les pays émergents :
- Réponse généralement appropriée : laisser la monnaie se déprécier suffisamment tout en ajustant la politique monétaire pour assurer la stabilité des prix.
- En cas de désancrage de l’inflation ou risques financiers, gestion des mouvements de capitaux et interventions sur le marché des changes peuvent être salutaires, sans se substituer aux ajustements macroéconomiques nécessaires, conformément au cadre stratégique intégré du FMI.
Rééquilibrage budgétaire et réformes structurelles
- Urgence de rétablir la viabilité des finances publiques et de constituer des marges de manœuvre pour faire face aux futurs chocs.
- Risque d’une spirale d’augmentation des coûts d’emprunt et de perte de confiance si l’action est retardée.
- Recommandations pour préserver la croissance durant l’assainissement :
- Axer le rééquilibrage sur la réduction des transferts et subventions non ciblés plutôt que sur la diminution des dépenses publiques d’équipement.
- Nécessité de réformes structurelles ambitieuses pour corriger les différences structurelles à l’origine des divergences de trajectoires de croissance :
- Améliorer l’affectation des ressources.
- Accroître les recettes publiques.
- Promouvoir l’innovation et la concurrence.
Gouvernance mondiale et tensions commerciales
- Renforcement et amélioration des institutions multilatérales nécessaire pour libérer le potentiel de l’économie mondiale et la rendre plus prospère, résiliente et durable.
- Mise en garde contre les politiques unilatérales qui entravent la concurrence (barrières tarifaires et non tarifaires, subventions) :
- Peuvent pénaliser les partenaires commerciaux, déclencher des représailles et nuire à l’ensemble des pays.
- Peuvent difficilement remédier durablement aux déséquilibres extérieurs.
Pierre‑Olivier Gourinchas, le 17 janvier 2025.