Nous devons immédiatement nous attaquer au chômage, par Juan Somavia, Jens Stoltenberg et Dominique Strauss-Kahn, article apparu dans El Pais le 12 septembre 2010

le 13 septembre 2010

Article par Juan Somavia, Jens Stoltenberg et Dominique Strauss-Kahn
Publié dans El Pais le 12 septembre 2010

La crise financière a entraîné de nombreux coûts pour l'économie mondiale — la perte de leur emploi par des dizaines de millions de travailleurs est sans doute le plus douloureux. Quelque 210 millions de personnes sont au chômage, 30 millions de plus qu'en 2007 — le niveau de chômage officiel le plus élevé jamais enregistré. Les cicatrices de ce bouleversement sur les marchés du travail seront longues à se refermer.

Les trois quarts de l'augmentation du nombre de chômeurs ont été enregistrés dans les économies avancées, et le quart restant dans les économies émergentes. Dans les pays en développement, les économies informelles ont gagné du terrain et environ 1, 2 milliard de personnes ne parviennent toujours pas à se hisser, eux et leurs familles, au-dessus du seuil de pauvreté. Les jeunes ont été particulièrement durement frappés par la crise de l'emploi — et souffrent d'un taux de chômage beaucoup plus élevé que les groupes plus âgés. Les récessions passées nous indiquent que tous ceux qui ont perdu leur emploi souffriront d'une baisse persistante de leurs revenus, vivront moins longtemps et que leurs enfants réussiront moins bien à l'école.

Il y a une autre conséquence fondamentale, à savoir que le chômage modifiera sans doute les attitudes à tel point que les tensions s'intensifieront et que la cohésion sociale s'effritera — un coût que nous devrons tous assumer.

Que faire pour résoudre la crise de l'emploi ? Le gouvernement de la Norvège, le FMI et l'OIT organisent une grande conférence à Oslo le 13 septembre pour faire progresser la réflexion sur les politiques les plus à même de minimiser les coûts humains du chômage et de donner lieu à une croissance solide, durable et équilibrée.

Il n'existe pas de solution facile. Nous pouvons tirer les leçons du passé et nous en inspirer pour les pratiques modèles d'aujourd'hui, comme le fait le Pacte mondial pour l’emploi de l’OIT qui a été avalisé par le G20 et d'autres organisations.

L'expérience nous montre que la réponse à apporter s'articule autour de trois éléments :

Premièrement, une reprise de la demande globale est le meilleur remède pour lutter contre le chômage. Pendant la crise, nombre de pays ont rapidement réduit les taux d'intérêt et offert des plans de relance. La compatibilité et la cohérence remarquables de ces politiques entre les pays ont contribué à éviter que la récession ne devienne une dépression — et ont même permis de ralentir la progression du chômage. Aujourd'hui, alors que de nombreuses économies avancées se voient contraintes de stabiliser ou de réduire le niveau très élevé de leur dette publique, il est crucial que ces politiques soient justes, adaptées aux circonstances individuelles du pays et n'entravent ni la croissance ni l’emploi.

Deuxièmement, certains programmes ciblés peuvent être entrepris pour soutenir les chercheurs d'emploi et apaiser les angoisses des marchés du travail. Certains gouvernements ont renforcé les pôles emploi et élargi les programmes du marché du travail destinés à rehausser les compétences et encourager la recherche d'emploi. D’autres ont mis en œuvre des politiques permettant aux entreprises de garder leurs employés tout en réduisant leur temps de travail et leurs salaires — ce qui permet de répartir plus également les retombées de la crise. Les gouvernements peuvent aussi autoriser la prolongation des indemnités de chômage et les relier à la formation et à la recherche d'emploi.

Troisièmement, il existe des moyens pour accélérer la reprise de l'emploi. Les subventions, notamment, peuvent être ciblées sur des groupes spécifiques qui sont plus vulnérables au chômage — à savoir les chômeurs de longue durée et les jeunes. Les pays à marché émergent tels que la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud mettent en place des planchers de protection sociale pour réduire la pauvreté, doper le pouvoir d'achat et donc stimuler la création d'emplois.

Ce panachage de politiques a été mis en œuvre et continuera de l'être — chaque pays insistant sur un thème qui lui est propre.

Mais avec 45 millions de nouveaux chercheurs d'emploi qui viennent chaque année grossir la population active, les problèmes exacerbés par la crise resteront tenaces en l'absence d'efforts pointus et soutenus. C'est la raison pour laquelle nous nous retrouvons à Oslo.

La raison d'être économique de cette conférence est claire, mais la dépression des années 30 — la dernière fois que le monde s'est trouvé face à une crise du chômage de cette ampleur — nous rappellent avec brutalité que ses conséquences peuvent être beaucoup plus larges. La perte d'emplois entraîne la perte de confiance dans les institutions privées et publiques et peut même menacer la démocratie. L'ordre social risque d'être brisé et la paix est en danger.

Ne nous leurrons pas : une reprise économique qui ne crée pas d’emplois restera vaine pour le plus grand nombre. Nous devons agir ensemble dès aujourd'hui pour nous attaquer à la crise du chômage.

Juan Somavia est Directeur général de l'Organisation internationale du travail, Jens Stoltenberg est le Premier Ministre de la Norvège et Dominique Strauss-Kahn est Directeur général du Fonds monétaire international.

DÉPARTEMENT DE LA COMMUNICATION DU FMI

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