Croissance économique et équité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

le 18 janvier 2018

 

Les habitants de la région réclament la croissance économique et l’équité, et c’est bien leur droit. Le FMI entend les y aider. (photo : Tunis, Tunisie, ZOUBEIR SOUISSI/REUTERS/Newscom).

La montée des tensions sociales et des manifestations dans plusieurs pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord montrent clairement que le désir de prospérité, d’équité et d’avenir des habitants de la région reste insatisfait. Leur frustration est compréhensible, et c’est justement pour cela qu’il serait regrettable que le processus de réforme économique en cours fasse marche arrière.

En effet, les réformes sont essentielles pour régler les problèmes fondamentaux qui minent depuis très longtemps de nombreux pays de cette région : croissance faible, chômage élevé et corruption endémique. Les gouvernements doivent cependant s’efforcer de mener les réformes en veillant à l’équilibre social, de façon progressive, et surtout, ils doivent tenir la promesse d’une vie meilleure pour tous, et plus particulièrement pour les personnes pauvres et vulnérables.

C’est le défi que doit relever aujourd’hui cette région, et le FMI tient à aider ses pays membres à y parvenir.

Le contexte général

Depuis des décennies, de nombreux pays souffrent d’un modèle d’assistanat où le secteur public pourvoit à un cinquième des emplois . Non seulement cette situation n’a pas contribué à améliorer la qualité des services publics dans la santé ou l’éducation, mais elle a aussi fortement réduit la possibilité, pour les États, de financer des programmes sociaux destinés aux populations vulnérables et des investissements plus que nécessaires dans les infrastructures. Dans une économie mondiale dynamique, où le secteur privé est de plus en plus le moteur de la croissance et de l’emploi, ce système devient de plus en plus intenable et ne permet pas d’offrir aux habitants les emplois et les débouchés dont ils ont besoin.

Les choses ont encore empiré ces dernières années en raison d’une série de chocs : des conflits interminables, des attentats terroristes, la chute des cours des produits de base et le repli de la croissance des principaux partenaires commerciaux. La faiblesse persistante de la productivité et l’omniprésence de la corruption entravent également les performances économiques de la région. En conséquence, de nombreux pays connaissent une situation budgétaire extrêmement compliquée, qui les oblige à faire des choix très difficiles.

Voilà le contexte économique général qui présente les défis à relever. Pour y parvenir, des mesures seront nécessaires dans plusieurs domaines.

Les principaux objectifs restent clairs : créer des emplois, en particulier dans le secteur privé, relever le niveau de vie et promouvoir une croissance durable. Mais pour obtenir ces résultats, les pays doivent se doter d’un socle économique sain, ce qui implique de maîtriser l’endettement et l’inflation, ainsi que d’encourager l’investissement et l’activité économique.

Ceci nous ramène à la nécessité des réformes — des réformes bien conçues, bien échelonnées, et appliquées de façon équitable à toute la population.

Les réformes prioritaires

Les réformes à mener en priorité sont les suivantes :

· réduire la corruption, promouvoir une concurrence loyale grâce au commerce extérieur et à une meilleure réglementation, et améliorer l’accès au crédit pour permettre aux PME et aux nouvelles entreprises de se développer;

· investir dans les compétences nécessaires pour la nouvelle économie, en particulier chez les jeunes travailleurs, en modernisant l’enseignement et la formation, et les aider à trouver un emploi;

· offrir des perspectives à chacun au moyen de politiques budgétaires équitables et porteuses de croissance, ainsi que d’une fiscalité juste;

· renforcer les droits des femmes et répondre aux besoins des réfugiés en matière d’alimentation, de logement, d’éducation et de travail.

Rien de cela n’est aisé. La politique fiscale et budgétaire des États constitue peut-être bien le sujet le plus sensible.

La plupart des pays n’ont pas d’autre choix que d’équilibrer leurs budgets : il n’est pas tenable d’accumuler des dettes publiques pour financer des dépenses qui se sont trop souvent révélées improductives. Le remboursement de ces dettes se fait au détriment de dépenses vitales dans les domaines de la santé et de l’éducation, et ce sont les générations futures qui en paieront le prix.

L’irresponsabilité budgétaire n’est pas seulement déraisonnable : elle est aussi injuste. La difficulté est de mener les ajustements nécessaires de façon équilibrée, à un rythme approprié, et en tenant compte des circonstances propres à chaque pays. Le FMI peut y contribuer.

Tenir compte de la situation de chaque pays

Dans les pays où l’État dispose de marges de manœuvre importantes, comme en Algérie ou dans le Golfe, le FMI a recommandé de réduire les déficits à une cadence modérée.

Dans ceux où la dette publique est déjà élevée et augmente encore, comme en Égypte ou en Tunisie, le FMI a fourni des financements qui permettront un ajustement budgétaire plus progressif que ce qui aurait été possible autrement, et à un taux d’intérêt plus bas. D’autres créanciers étrangers devraient également fournir des fonds à des conditions favorables, de préférence sous la forme de dons, afin de dégager des marges supplémentaires.

Nous nous efforçons également d’être attentifs aux circonstances sociales et politiques, comme en Tunisie, où nous avons adouci plusieurs fois l’objectif en matière de déficit budgétaire, malgré les conséquences pour la dette et l’inflation.

Évidemment, il ne suffit pas, pour assurer la viabilité des finances publiques, de réduire les déficits budgétaires : les mesures que prennent les États pour y arriver sont également importantes. La fiscalité est un mécanisme essentiel, tant pour générer des recettes (qui permettront notamment de financer les dépenses sociales) que pour veiller à une répartition équitable de l’impôt sur toute la population.

C’est un problème pour de nombreux pays de la région, en partie parce que les recettes intérieures, qui s’élèvent en moyenne à environ 10 % du PIB, sont très faibles et ne proviennent que d’un petit nombre de contribuables. Ainsi, en Jordanie, seuls 5 % des ménages paient un impôt sur le revenu.

Sans surprise, les habitants n’ont pas envie de payer davantage s’ils estiment que le système favorise les plus nantis.

Il faut donc redoubler d’efforts pour lutter contre la fraude fiscale, élargir l’assiette de l’impôt et rendre la fiscalité plus progressive. Les recommandations du FMI vont souvent dans ce sens.

Dans les programmes qu’il soutient, le FMI veille également de plus en plus à ce que les personnes les plus vulnérables soient préservées des augmentations d’impôts et des réductions des dépenses. En Tunisie, par exemple, l’administration a élargi le programme de transferts monétaires en faveur des personnes à faible revenu, doublant ainsi le nombre de familles bénéficiaires et triplant le montant moyen des transferts. Les dépenses sociales globales ne peuvent pas tomber en dessous d’un seuil plancher, conformément au programme soutenu par le FMI.

Dans toute la région, le FMI prône la réduction des subventions à l’énergie, qui sont très coûteuses. Pourquoi? Parce que ces subventions profitent principalement aux classes aisées. Parallèlement — et c’est très important —, le FMI déconseille fortement de réduire les subventions alimentaires, par exemple pour l’achat de pain en Jordanie et en Tunisie.

Encore une fois, pour être efficaces, les programmes de réforme doivent être adaptés aux circonstances propres à chaque pays, et pleinement assumés par les pouvoirs publics. Le dialogue avec les principaux acteurs concernés, dont la société civile, est un facteur essentiel, et c’est un élément des programmes que le FMI soutient partout dans le monde.

La voie à suivre

Certes, les défis à relever dans la région demeurent considérables, mais les pays ont bien progressé depuis le Printemps arabe. Globalement, la région a maintenu la stabilité macroéconomique, en dépit de circonstances très difficiles; la croissance est en hausse; l’inflation se stabilise; et dans la plupart des pays, l’endettement ralentit.

Plus encourageant encore, la population de la région, jeune et talentueuse, semble de plus en plus désireuse de prendre son avenir en mains. Portée par un système éducatif adéquat et de véritables perspectives d’emploi, cette nouvelle génération pourrait alimenter une croissance économique sans précédent. Autre bon signe, les dirigeants de la région donnent de plus en plus la priorité à la croissance et à l’emploi.

C’est dans ce contexte qu’aura lieu une conférence régionale que le FMI organise dans quelques semaines à Marrakech, en coopération avec le Fonds monétaire arabe, le Fonds arabe pour le développement économique et social et les autorités marocaines. Nous y débattrons, avec des décideurs politiques et des représentants du secteur privé et de la société civile, des façons de contribuer davantage à la réalisation d’une croissance inclusive.

Il y a urgence, car l’embellie que connaît une grande partie de l’économie mondiale donne une occasion parfaite de progresser dans l’exécution de réformes qui se font attendre — dans cette région comme ailleurs. Il serait malvenu de revenir sur ces réformes ou de les remettre à plus tard, car ce sont les générations futures qui en pâtiraient. Nous devons donc veiller à poursuivre ces réformes et à les appliquer dans un souci d’équité, en tenant dûment compte de leurs répercussions sociales, et de manière progressive, en fonction des ressources disponibles et les conditions macroéconomiques.

Les habitants de la région réclament la croissance économique et l’équité, et c’est bien leur droit. Le FMI entend les y aider.

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M. Jihad Azour est Directeur du Département Moyen-Orient et Asie centrale du Fonds monétaire international (FMI). Il supervise le travail du FMI au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Asie centrale et dans le Caucase.

En tant que Ministre des finances du Liban entre 2005 et 2008, il a coordonné la mise en œuvre de réformes importantes, dont la modernisation des systèmes fiscaux et douaniers du pays. M. Azour a par ailleurs exercé diverses responsabilités dans le secteur privé, notamment chez McKinsey et Booz and Co., dont il a été vice-président et conseiller exécutif principal. Avant de rejoindre le FMI en mars 2017, il était partenaire au sein de la société d’investissement Inventis Partners.

M. Azour est titulaire d’un doctorat en finances internationales et d’une maîtrise en économie internationale et en finances de l’Institut d’études politiques de Paris. Il a également effectué des recherches sur les pays émergents et leur intégration dans l’économie mondiale à Harvard, dans le cadre de son post-doctorat. M. Azour a publié plusieurs ouvrages et articles sur des questions économiques et financières, et il a une longue expérience d’enseignement.

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