Une croissance mondiale languissante exige des politiques d’accompagnement

(Photo : Andrea Sosa Cabrios/dpa/picture alliance/Newscom)

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le 23 juillet 2019

Dans notre mise à jour de juillet des Perspectives de l’économie mondiale, nous révisons à la baisse notre projection de croissance mondiale à 3,2 % en 2019 et 3,5 % en 2020. Cette révision de 0,1 point de pourcentage pour les deux années par rapport à nos projections d’avril, bien que modeste, s’ajoute à d’autres révisions à la baisse importantes. La révision pour 2019 s’explique par les mauvaises surprises concernant la croissance des pays émergents et des pays en développement, qui contrecarrent des évolutions positives dans certains pays avancés.

La croissance devrait s’accélérer entre 2019 et 2020. Cependant, près de 70 % de cette hausse repose sur une amélioration de la croissance dans des pays émergents et des pays en développement en difficulté, et est donc entachée de fortes incertitudes.

La croissance mondiale est languissante et précaire mais ce n’est pas une fatalité car les pays sont en partie responsables de la situation. Le dynamisme de l’économie mondiale est freiné par l’incertitude prolongée qui entoure l’action des pouvoirs publics alors que les tensions commerciales restent élevées malgré la trêve conclue récemment entre les États-Unis et la Chine ; des tensions technologiques ont éclaté qui menacent les chaînes mondiales d’approvisionnement en technologies ; et les perspectives d’un Brexit sans accord se précisent.

Les conséquences négatives de ces incertitudes se manifestent dans les tendances divergentes des secteurs manufacturier et des services, et la faiblesse significative du commerce mondial. Les indices des directeurs d’achat dans le secteur manufacturier continuent de reculer alors que la confiance des chefs d’entreprises se dégrade, tandis que l’incertitude accrue amène les entreprises à retarder leurs investissements. La croissance du commerce mondial, qui suit de près celle de l’investissement, a sensiblement ralenti puisqu’elle a été ramenée à 0,5 % (en glissement annuel) au premier trimestre 2019, au plus bas depuis 2012. En revanche, le secteur des services tient bon et la confiance des consommateurs est forte, alors que les taux de chômage sont plus bas que jamais et que les revenus salariaux ont augmenté dans plusieurs pays.

Dans les pays avancés, la croissance a été plus forte que prévu au premier trimestre 2019 aux États-Unis, au Japon, au Royaume-Uni et dans la zone euro. Certains facteurs à l’origine de cette hausse, tels que la plus forte accumulation des stocks, sont cependant transitoires, et la dynamique de croissance devrait s’affaiblir à terme, en particulier dans les pays tributaires de la demande extérieure. Les projections du premier trimestre ayant été revues à la hausse, en particulier s’agissant des États-Unis, nous révisons légèrement à la hausse nos projections pour les pays avancés de 0,1 point de pourcentage, pour les porter à 1,9 % pour 2019. À terme, la croissance devrait ralentir et être ramenée à 1,7 % alors que les effets de la relance budgétaire s’estompent aux États-Unis et que la faible croissance de la productivité et le vieillissement de la population pèsent sur les perspectives de croissance à long terme dans les pays avancés.

Dans les pays émergents et les pays en développement, la croissance est revue à la baisse de 0,3 point de pourcentage en 2019, à 4,1 %, et de 0,1 point de pourcentage en 2020, à 4,7 %. Les révisions à la baisse s’appliquent à pratiquement tous les grands pays, mais pour des raisons différentes. En Chine, la légère révision s’explique en partie par la hausse des droits de douane imposés par les États-Unis en mai, alors que les révisions plus importantes en Inde et au Brésil sont dues à une demande intérieure plus faible que prévu.

S’agissant des pays exportateurs de produits de base, les perturbations de l’offre, en Russie et au Chili par exemple, et les sanctions contre l’Iran, ont entraîné des révisions à la baisse malgré un renforcement à court terme des cours du pétrole. Le redressement prévu de la croissance entre 2019 et 2020 dans les pays émergents et les pays en développement dépend d’une amélioration des résultats dans des pays en difficulté comme l’Argentine, la Turquie, l’Iran et le Venezuela, et est donc sujet à de fortes incertitudes.

Les conditions financières se sont encore assouplies aux États-Unis et dans la zone euro, après que la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne ont adopté une politique monétaire plus accommodante. Les pays émergents et les pays en développement ont bénéficié d’un assouplissement monétaire dans les grandes économies, mais ont également été confrontés à un appétit pour le risque mouvant du fait des tensions commerciales. En net, les conditions financières n’ont pratiquement pas changé dans ce groupe de pays depuis avril. Les pays en développement à faible revenu qui autrefois recevaient essentiellement des flux stables d’investissement direct étranger reçoivent désormais des flux d’investissements de portefeuille importants et volatils, la recherche de rendements dans un contexte de taux d’intérêt bas atteignant les pays préémergents.

Accroissement des risques baissiers

Une escalade des tensions commerciales et énergétiques qui peut perturber sensiblement les chaînes d’approvisionnement mondiales continue de faire peser un risque baissier important sur les perspectives. L’effet conjugué des droits de douane imposés l’an dernier et de ceux envisagés en mai entre les États-Unis et la Chine pourrait réduire le PIB mondial de 2020 de 0,5 %. De plus, une détérioration inattendue et durable de l’état d’esprit des marchés financiers peut mettre au jour des facteurs de vulnérabilité financière qui se sont accumulés pendant des années de taux d’intérêt bas, tandis que les emprunteurs pourraient avoir des difficultés à assurer le service de leur dette du fait de tensions désinflationnistes. Parmi les autres risques importants, on peut citer un ralentissement inopiné en Chine, l’absence d’une reprise dans la zone euro, un Brexit sans accord et une escalade des tensions géopolitiques.

Alors que la croissance mondiale est languissante et que les risques baissiers pèsent sur les perspectives, l’économie mondiale continue de traverser une phase délicate. Il est donc essentiel que les droits de douane ne servent pas à cibler des balances commerciales bilatérales ou ne soient pas employés comme un outil universel pour faire face aux désaccords internationaux. Pour contribuer à résoudre les conflits, il faudrait renforcer et moderniser le système commercial multilatéral fondé sur des règles pour englober des domaines tels que les services numériques, les subventions et les transferts de technologies.

Politiques de soutien à la croissance

La politique monétaire doit rester accommodante, en particulier si l’inflation a fléchi pour s’établir en deçà des objectifs fixés. Elle doit cependant s’accompagner de politiques commerciales avisées propres à améliorer les perspectives et réduire les risques de dégradation. Avec la persistance de faibles taux d’intérêts, il faudrait déployer des outils macroprudentiels pour veiller à ce que les risques financiers ne s’accumulent pas.

La politique budgétaire doit concilier des soucis de croissance, d’équité et de viabilité, notamment en protégeant les couches les plus vulnérables de la société. Les pays qui disposent d’espace budgétaire devraient investir dans les infrastructures matérielles et sociales pour accroître le potentiel de croissance. En cas de grave repli, l’adoption synchronisée de politiques budgétaires plus accommodantes devrait compléter l’assouplissement monétaire, en prenant en compte les particularités nationales.

Enfin, il est plus que jamais urgent de renforcer la coopération mondiale. Les pays doivent non seulement résoudre les tensions technologiques et commerciales, mais aussi œuvrer de concert pour s’attaquer aux enjeux majeurs que sont le changement climatique, la fiscalité internationale, la corruption, la cybersécurité et les opportunités et les défis des nouvelles technologies de paiement numérique.

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Gita Gopinath est la conseillère économique et directrice du département des études du Fonds monétaire international (FMI). Elle est en congé pour service public du département d’économie de l’université Harvard, où elle exerce les fonctions de professeure d’études internationales et d’économie, titulaire de la chaire John Zwaanstra.

Les travaux de Mme Gopinath, qui portent essentiellement sur la finance internationale et la macroéconomie, ont été publiés dans bon nombre de revues économiques phare. Elle est l’auteure de nombreux articles traitant des taux de change, du commerce et de l’investissement, des crises financières internationales, de la politique monétaire, de la dette et des crises des pays émergents.

Elle est actuellement corédactrice du Handbook of International Economics, après avoir été corédactrice de l’American Economic Review et rédactrice en chef du Review of Economic Studies. Précédemment, elle a également été codirectrice du programme Finance internationale et macroéconomie du National Bureau of Economic Research (NBER), universitaire invitée à la Banque fédérale de réserve de Boston et membre du groupe consultatif de la Banque fédérale de réserve de New York. De 2016 à 2018, elle était la conseillère économique du ministre en chef de l’État indien du Kerala. Elle a par ailleurs siégé au sein du groupe des personnalités éminentes étudiant les questions relatives au G-20, pour le compte du ministère indien des Finances.

Mme Gopinath est membre élue de l’Académie américaine des arts et des sciences et de la Société d’économétrie et lauréate du prixDistinguished Alumnus de l’université de Washington. En 2019, Foreign Policy l’a désignée parmi les Top Global Thinkers ; en 2014, elle a été placée sur la liste des 25 économistes les plus influents de moins de 45 ans par le FMI ; et en 2011, elle a été désignée comme jeune dirigeante mondiale par le Forum économique mondial. Le gouvernement indien lui a décerné le Pravasi Bharatiya Samman, plus grand honneur attribué aux Indiens de la diaspora. Avant de devenir professeure à l’université Harvard en 2005, elle était professeure adjointe d’économie à la Booth School of Business de l’université de Chicago.

Mme Gopinath est née en Inde. Elle est citoyenne américaine et citoyenne indienne de la diaspora. Elle a obtenu son doctorat en économie à l’université de Princeton en 2001, après avoir obtenu une licence à l’université de Delhi et des diplômes de maîtrise à la Delhi School of Economics et à l’université de Washington.

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