(Photo : Tommaso79/iStock by Getty Images)

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Préserver la sûreté du système bancaire pendant la crise de la COVID-19

le 31 mars 2020

Ce blog fait partie d’une série consacrée aux mesures prises pour faire face au coronavirus.

Nous assistons aujourd'hui à des bouleversements économiques qui pourraient être plus graves que ceux que nous avons connus lors de la crise financière mondiale. La pandémie de coronavirus est un choc d'un tout autre genre. Jamais auparavant des économies modernes n’ont connu un coup d’arrêt aussi brusque. D'une semaine à l'autre, de nombreux travailleurs ont perdu leur emploi et leur salaire. Les restaurants, les hôtels et les avions se sont vidés. Les consommateurs et les entreprises subissent aujourd'hui de lourdes pertes de revenu, ainsi que des faillites qui pourraient se généraliser.

Les tensions sur le système bancaire sont de plus en plus fortes et des défauts de paiement plus graves sont imminents. Beaucoup s'attendent ainsi à un choc sur le secteur financier d'une ampleur équivalente à celle de la crise de 2008.

Les dirigeants s’interrogent donc sur la manière dont ils doivent s'y préparer.

Il y a un peu plus de dix ans, les dirigeants mondiaux se sont réunis dans un effort de coordination sans précédent pour réformer la réglementation du secteur financier. Ils ont considérablement relevé les normes minimales relatives à la qualité et à la quantité de fonds propres et de liquidités des banques et sont parvenus à mettre en place un système bancaire plus résistant, conçu pour maintenir les réserves à un niveau supérieur au minimum nécessaire en cas de crise.

Les autorités nationales prennent toute une série de mesures de soutien sur le plan budgétaire et les banques centrales ouvrent de nouvelles lignes de liquidité. Comment les instances de contrôle bancaire doivent-elles réagir pour préserver la confiance dans le système bancaire ?

Prescription pour le système bancaire

Tout comme les experts des questions de santé, les instances de contrôle bancaire doivent gérer une situation extraordinaire qui évolue rapidement. Elles doivent combiner les outils dont elles disposent pour faire face aux catastrophes naturelles, aux risques opérationnels et aux périodes de difficultés bancaires. Fort d’une perspective mondiale et d’une expérience certaine, le FMI peut offrir des orientations supplémentaires sur la voie à suivre :

  • Ne pas changer les règles. Le faire en pleine crise causerait davantage de confusion. De la même manière, il convient d'attendre avant de mettre en œuvre de nouvelles initiatives ; les banques doivent rester concentrées sur le maintien des opérations en cours, étant donné les difficultés accrues que présente la conduite de ces opérations à distance.
  • Utiliser les réserves. Les organismes de réglementation doivent clairement faire savoir que les réserves de fonds propres et de liquidités doivent permettre aux banques de continuer d'octroyer des prêts , sans que cela n'ait de conséquences néfastes pour leur gestion . Les banques ont constitué des réserves d'un niveau bien supérieur à celui des normes minimales de Bâle afin de gérer les tensions sur les liquidités et les pertes de recettes dues à des défauts de remboursement de prêts.
  • Encourager la modification des prêts Les instances de contrôle doivent clairement indiquer aux banques qu'elles doivent faire preuve d'initiative dans le rééchelonnement de leur portefeuille de prêts pour les emprunteurs et les secteurs qui ont été durement touchés par ce choc sévère, mais temporaire. Elles devraient également rappeler aux banques la nécessité d'une gestion souple du risque de crédit ainsi que les normes comptables applicables à la dépréciation dans ce type de situation. Les organismes comptables sont intervenus à bon escient pour préciser aux auditeurs la manière dont ces modifications devraient être envisagées une fois que l'économie aura commencé à se redresser.
  • Ne pas dissimuler les pertes. Les banques, les investisseurs, les actionnaires et même les contribuables doivent les assumer. La transparence permet à toutes les parties prenantes de se tenir prêtes ; les surprises ne font que rendre leur réaction plus difficile, comme cela a été prouvé lors de la crise de 2008. 
  • Clarifier le traitement réglementaire des mesures de soutien. Dans un souci de transparence globale, il faudrait clarifier d'emblée la manière dont les banques et les organismes de réglementation doivent traiter les mesures budgétaires, y compris celles visant directement les emprunteurs, les garanties de crédit, les reports de paiement, les transferts directs et les subventions, indépendamment des orientations actuelles de l'accord de Bâle sur les fonds propres.
  • Renforcer la communication. Encourager un dialogue continu entre les instances de contrôle et les banques, en particulier dans cette situation sans précédent de travail à distance avec les collègues, les clients et lesdites instances. En règle générale, les obligations d'information sur des points essentiels, tels que les positions de liquidité et les positions créditrices, sont renforcées en cas de crise, mais compte tenu des perturbations opérationnelles actuelles, il peut être judicieux de suspendre d'autres obligations d'information moins déterminantes pour l'évaluation de la santé financière.
  • Assurer une coordination internationale. L'activité bancaire a une dimension mondiale. Il est indispensable que les organismes de réglementation nationaux collaborent largement au niveau international. Cette crise finira par passer, et ses effets pourraient mettre du temps à se dissiper, mais il sera crucial de préserver l’intégrité du cadre international pour assurer la crédibilité et la solidité du système financier mondial. Des organismes internationaux tels que le Conseil de stabilité financière et le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire travaillent jour et nuit à cette fin.

Cela suffira-t-il ?

Pour dire les choses simplement, il est probablement trop tôt pour le savoir. À ce stade, la situation dans de nombreux pays est aussi grave que celle du scénario défavorable des tests de résistance que les organismes de réglementation bancaire utilisent généralement pour évaluer la solidité de leurs systèmes bancaires.

Et la situation pourrait s'aggraver.

Tout cela suppose que l'activité économique pourrait redémarrer plus tard dans l'année, mais nous devons également envisager des scénarios plus défavorables. Dans des circonstances plus difficiles, nous devrons repenser en profondeur nos stratégies. Il pourrait se révéler nécessaire de recapitaliser ou même de restructurer certains systèmes bancaires. Le FMI, grâce à ses programmes d'assistance technique, dispose d'une vaste expérience de l'appui à la reconstruction de systèmes bancaires en difficulté et se tiendra prêt à apporter son aide.

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Tobias Adrian est conseiller financier et directeur du département des marchés monétaires et de capitaux du FMI. À ce titre, il dirige les travaux du FMI sur la surveillance du secteur financier, les politiques monétaires et macroprudentielles, la réglementation financière, la gestion de la dette et les marchés de capitaux. De plus, il supervise les activités de renforcement des capacités dans les pays membres du FMI. Avant d’entrer au FMI, M. Adrian était premier vice-président de la Banque fédérale de réserve de New York et directeur adjoint du Research and Statistics Group.

M. Adrian a enseigné à l’université de Princeton et à l’université de New York et est l’auteur de nombreuses publications dans des revues économiques et financières, dont American Economic Review, Journal of Finance, Journal of Financial Economics et Review of Financial Studies. Il est titulaire d’un doctorat du Massachusetts Institute of Technology, d’une maîtrise de la London School of Economics, d’un diplôme de l’université Goethe de Francfort et d’une maîtrise de l’université Paris-Dauphine. Il a obtenu son diplôme de fin d’études secondaires en littérature et mathématiques à la Humboldtschule de Bad Homburg.

Aditya Narain est directeur adjoint du département des marchés monétaires et de capitaux du FMI. Il est chargé de superviser les travaux du département sur le contrôle et la réglementation du secteur financier, ainsi que la fonction d'assistance technique. Il a largement contribué aux réflexions internationales sur l'élaboration des politiques de contrôle du secteur financier et représente le département des marchés monétaires et de capitaux au Comité de Bâle sur le contrôle bancaire. Il est également le représentant du FMI au conseil d'administration du Centre de Toronto et au conseil des gouverneurs de l'Initiative FIRST. Il a dirigé plusieurs missions du programme d'évaluation du secteur financier, dont les plus récentes ont eu lieu aux États-Unis et au Canada, et a fourni une assistance technique à un grand nombre de pays membres du FMI. Avant de rejoindre le FMI, il a travaillé au sein du département de contrôle bancaire de la Banque de réserve de l'Inde.