(Photo : NICK-OXFORD-REUTERS-Newscom)

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Les mesures budgétaires à prendre pour limiter les dégâts de la COVID-19

le 15 avril 2020

En période de pandémie, la politique budgétaire est essentielle pour sauver des vies et protéger les populations. Les pouvoirs publics doivent prendre toutes les mesures nécessaires , mais ils doivent veiller à en garder une trace.

Le Moniteur des finances publiques révèle les mesures d'urgence vitales que les dirigeants peuvent prendre pour sauver des vies, permettre aux individus de conserver leur emploi et leurs revenus, protéger les entreprises des faillites et créer des conditions propices à la reprise.

Jusqu'à présent, les pays ont pris des mesures budgétaires d'un montant voisin de 8 000 milliards de dollars pour endiguer la pandémie et limiter les dégâts qu'elle cause sur le plan économique.

Parmi les mesures d'urgence prises au niveau mondial figurent une augmentation des dépenses et des pertes de recettes (3 300 milliards de dollars), des prêts et des injections de capitaux du secteur public (1 800 milliards de dollars) et des garanties (2 700 milliards de dollars). Les pays avancés et les pays émergents du Groupe des Vingt sont en première ligne : leurs interventions représentent un total de 7 000 milliards de dollars. Un appui budgétaire est également assuré par les stabilisateurs automatiques, à savoir les éléments du système d'imposition et de prestations sociales qui stabilisent les revenus et la consommation, notamment les impôts progressifs et les prestations d'assurance chômage.

Principes à respecter

Les pays devraient suivre trois principes directeurs :

  • apporter en priorité une aide aux ménages pour leur garantir un accès aux biens et services de base et à un niveau de vie décent. Pour éviter des séquelles permanentes, privilégier un soutien aux entreprises viables afin de limiter les licenciements et les faillites ;
  • mobiliser des ressources de manière temporaire et efficiente et en consigner les coûts dans des rapports budgétaires pluriannuels. Les autorités devraient renforcer les principes de bonne gouvernance à la hauteur de l'ampleur des mesures prises. Il s'agit , par exemple, d'avoir une comptabilité précise, de divulguer l'information fréquemment, complètement et en temps opportun et d'adopter des procédures permettant une évaluation à posteriori et une responsabilisation . En bref, les dirigeants devraient prendre toutes les mesures nécessaires, mais veiller à en garder une trace ;
  • évaluer les risques budgétaires, en assurer un suivi et en rendre compte, car toutes les mesures n'auront pas un effet immédiat sur les déficits et les dettes. Les garanties publiques accordées sur les prêts aux entreprises, par exemple, peuvent n'avoir aucun coût initial mais pèseront sur les comptes publics si les entreprises ne respectent pas leurs obligations.

Sauver des vies à l'échelle mondiale

Pour sauver des vies, les pouvoirs publics doivent financer autant que nécessaire le renforcement des services de santé et d'urgence. Mais le défi est de taille.

  • Tout d'abord, les pays dont les capacités sur le plan sanitaire sont faibles ne peuvent pas augmenter les ressources dans ce domaine comme il le faudrait.
  • Ensuite, les restrictions en matière d'emprunt dans de nombreux pays émergents et pays en développement imposent de réorienter les dépenses vers le secteur de la santé tout en préservant les dépenses de protection sociale et les services publics essentiels (transports, énergie, communications).

    Une coordination internationale permettra de mettre au point un vaccin et des médicaments à des prix abordables dans le monde entier et de soutenir les pays dont les capacités sanitaires sont faibles, notamment par une aide, des ressources médicales et un financement concessionnel d'urgence. Comme l'a déclaré notre directrice générale dans son récent discours, le FMI est prêt à utiliser sa capacité de prêt de 1 000 milliards de dollars pour aider ses pays membres, en particulier les pays en développement à faible revenu.

    Protéger les moyens d'existence par des mesures budgétaires ciblées

    Les pratiques de distanciation sociale nécessaires pour ralentir la propagation du virus (fermeture des écoles, restaurants, centres commerciaux, bureaux et usines) ont inévitablement des conséquences économiques. Les individus et les entreprises ont besoin d'une aide budgétaire conséquente, rapide, temporaire et ciblée pour se maintenir à flot.

    La portée de ces mesures vitales, ainsi que leur conception et leur nature, dépendront des capacités institutionnelles et financières des pays.

    • Les pays avancés, qui disposent de solides systèmes d'imposition et de prestations sociales, peuvent compter sur un vaste ensemble d'instruments en matière de dépenses, de fiscalité et de liquidités pour soutenir les particuliers et les entreprises. Aux États-Unis et en Allemagne, par exemple, les mesures consistent notamment à prolonger le versement des prestations d'assurance chômage, y compris pour les travailleurs indépendants, à reporter le paiement des charges sociales et à accorder des subventions salariales aux petites et moyennes entreprises.
    • Nombreux sont les salariés, les petites entreprises et les travailleurs indépendants qui ont du mal à payer leurs factures, à rembourser leurs dettes ou à garder leurs employés. Pour les aider, plusieurs pays européens apportent de la liquidité en accordant notamment des prêts à des conditions abordables ou des garanties. La France et le Japon octroient des congés maladie ou familiaux payés par l'État aux personnes malades, isolées ou contraintes de rester à la maison pour s'occuper de leurs enfants pendant la fermeture des écoles.