(photo: Tony Studio/iStock by Getty Images)

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Préserver la circulation des données économiques pendant la pandémie de COVID-19

le 26 mai 2020

Des données économiques précises et à jour sont indispensables pour éclairer les décisions de politique économique, en particulier lors d’une crise. Or, la pandémie de COVID-19 a perturbé l’établissement de nombreuses statistiques essentielles. En l’absence de chiffres fiables, les décideurs ne peuvent ni évaluer dans quelle mesure la pandémie nuit aux populations et à l’économie, ni suivre de façon adéquate la reprise de l’activité.

Nous travaillons en collaboration avec les pays membres et d’autres agences internationales pour remédier à ces difficultés et pour préserver la circulation des données économiques.

Trois grands défis statistiques

En premier lieu, de nombreux personnels des instituts nationaux de la statistique travaillent pour le moment à domicile en raison des confinements, souvent avec un accès limité aux outils et aux données dont ils ont besoin pour établir et diffuser les indicateurs économiques. Ainsi, le calcul des prix au détail nécessite fréquemment de se rendre dans les magasins, ce qui n’est pas possible actuellement dans de nombreux pays.

De même, il est difficile d’interroger les entreprises sur leurs projets de production et d’investissement car beaucoup ont fermé temporairement ou ne disposent simplement pas des moyens nécessaires pour répondre aux questionnaires statistiques. Dans ces conditions, les données de prix et de production, qui sontindispensables pour calibrer les mesures de politique monétaire et de relance budgétaire, risquent d’être retardées ou estimées sur la base d’informations partielles.

En deuxième lieu, le manque de cohérence des méthodes de comptabilisation de l’aide des États aux ménages et aux entreprises pourrait compliquer l’évaluation de leur incidence sur les finances publiques. Les modalités d’une présentation optimale ne sont pas évidentes. Ainsi, lorsqu’un État accorde une aide financière aux entreprises touchées par les conséquences de la COVID-19, s’agit-il d’un investissement financier ou de subventions dont il n’attend pas de remboursement ? En fonction de la réponse, les décideurs ont une vision différente du déficit budgétaire et de la dette publique.

En troisième lieu, pour se déterminer en connaissance de cause, les décideurs ont besoin d’un tableau en temps réel de l’économie. Nombre de statistiques officielles traditionnelles, même celles publiées mensuellement, ne sont tout simplement pas suffisamment actualisées pour être utiles pendant cette période. D’autres données à plus haute fréquence sont nécessaires pour les compléter. L’importance de leur rôle était déjà reconnue avant la pandémie, mais la perturbation des statistiques traditionnelles provoquée par la crise actuelle les rend encore plus urgentes.

Remédier aux perturbations des données

Les pays pourraient tirer parti de conseils sur la façon de combler ces lacunes de données pendant la pandémie. Dans nos récentes notes d’orientation figurent recommandations et meilleures pratiques pour assurer la continuité des principales statistiques sur les prix, la croissance et le commerce.

Les principales recommandations sont :

  • Donner la priorité aux composantes des données qui ont la plus grande incidence sur les statistiques essentielles.
  • Estimer ou imputer provisoirement les valeurs des composantes des données qui font défaut en recourant à d’autres sources, aux informations de marché et à l’exercice du jugement. On peut citer comme exemples le remplacement des prix manquants en raison de la fermeture des commerces par des prix en ligne ou par des données collectives (recueillies par des communautés Internet) et celui des enquêtes sur les voyages à titre personnel, désormais impossibles à cause de la distanciation sociale, par les registres d’immigration.
  • Améliorer la transparence des procédures statistiques en divulguant de façon appropriée les méthodes employées pour estimer les données manquantes et imputées ainsi qu’en informant préalablement les utilisateurs des retards de publication des principaux indicateurs statistiques.

Sachant qu’au cours de cette crise tous les pays font face à des défis similaires en matière de données, le partage des informations et l’apprentissage par les pairs sont essentiels pour bénéficier des meilleures pratiques. Le FMI, en collaboration avec Eurostat, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’ONU et la Banque mondiale, appuie cette façon de faire au moyen de vidéo-conférences et d’un portail dédié à la COVID-19 hébergé par l’OCDE à l’intention des statisticiens. Les notes d’orientation du FMI sur les modalités de comptabilisation des principales catégories d’intervention de l’État complètent ces initiatives.

Face au besoin urgent de nouvelles sources de données pour permettre le suivi en temps réel de l’activité économique, les pays s’efforcent d’obtenir des informations plus fréquentes et plus précises pour déterminer et quantifier rapidement les conséquences du virus. Le Royaume-Uni, par exemple, a commencé à publier des bulletins hebdomadaires où figurent de nouveaux indicateurs expérimentaux, en particulier des indices de prix en ligne et des données quotidiennes sur les expéditions de produits afin de mesurer les effets de la COVID-19 sur l’inflation et les échanges. En se servant des prix en ligne des détaillants, l’Afrique du Sud a établi un indice des prix à la consommation des produits essentiels. Le FMI intègre actuellement ces éléments financiers et d’autres sources de données pour analyser les effets économiques et financiers de la pandémie, notamment en suivant l’activité dans certains secteurs et la mobilité des personnes au moyen de données à haute fréquence sur la consommation énergétique et le transport aérien.

L’établissement des données étant très perturbé par la pandémie de COVID-19, il faut innover en matière de méthodes de collecte et de sources de données. Des informations plus précises et en temps réel permettront aux pays de continuer à riposter efficacement à la crise et de commencer à se préparer à la reprise.

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Louis Marc Ducharme a été nommé directeur du département des statistiques du FMI le 17 juin 2013. Avant de rejoindre le FMI, il a travaillé 30 ans à Statistique Canada où il a occupé plusieurs postes dans les domaines de la statistique économique, le dernier ayant été responsable statisticien en chef adjoint de l’ensemble des statistiques économiques. Au cours de sa carrière, il a fourni une assistance technique considérable à de nombreux pays d’Amérique latine. Il a aussi enseigné la macroéconomie à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’université d’Ottawa. Il est titulaire d’un doctorat en économie et en politique scientifique de l’université du Sussex située au Royaume-Uni ainsi que d’un master et d’une licence en économie de l’université de Montréal au Canada.

Zaijin Zhan est chef de division adjoint au département des statistiques du FMI, où il se consacre aux statistiques budgétaires et d’endettement du secteur public. Depuis son arrivée au FMI, il a beaucoup travaillé sur les problèmes relatifs aux prêts et à la surveillance du FMI ainsi que sur de nombreux pays à faible revenu et des pays émergents, notamment la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, l’Éthiopie, le Ghana et l’Afrique du Sud. Ses recherches portent notamment sur les questions de transparence budgétaire et de dette souveraine.

James Tebrake est directeur adjoint et chef de la division statistiques du secteur réel au département des Statistiques du FMI. Il a rejoint le FMI en juillet 2020. Avant son recrutement, James était statisticien en chef adjoint aux statistiques économiques de Statistique Canada. Il a une grande expérience en la matière, en particulier dans les domaines de comptabilité nationale et du secteur extérieur. James est titulaire d’un master en économie de l’université de Carlton et d’un certificat en leadership du secteur public et gouvernance de l’université d’Ottawa.