Les services du FMI achèvent leur mission de Consultation au titre de l’Article IV 2025 au Burundi
IMF News, April 15, 2025
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- Published: April 15, 2025
Mission et objectifs
- Équipe dirigée par Alexandre Chailloux s'est rendue au Burundi du 17 au 28 mars pour les consultations annuelles de 2025 au titre de l'Article IV.
- Entretiens avec les autorités burundaises et d'autres homologues des secteurs public et privé.
- Focus principal : mesures pour assurer la stabilité macroéconomique et programme de réformes structurelles pour soutenir durablement la croissance, asseoir la viabilité de la dette, renforcer la stabilité du secteur financier, réduire la pauvreté et renforcer la résilience aux risques climatiques.
Contexte macroéconomique, perspectives et risques
- Croissance :
- Le PIB a progressé de 3,5 % en 2024 contre 3,3 % en 2023.
- La croissance devrait ralentir en 2025 et se redresser progressivement à moyen terme.
- Inflation :
- Inflation brièvement sous 15 % au 1er semestre 2024, puis rebond à 39 % en moyenne sur les deux premiers mois de 2025.
- Hausse de la masse monétaire liée à la montée de l'inflation.
- Risque que le recours continu au financement monétaire du déficit public entretienne de fortes tensions inflationnistes jusqu'en 2027.
- Recommandation : maîtrise de l'inflation comme priorité, compte tenu de son impact sur les plus pauvres.
- Réserves de change et importations :
- Faibles réserves de change entraînant de nouvelles restrictions sur le carburant et une réduction des importations début 2025.
- Importations de biens de production plus faibles, pesant sur les activités secondaires et tertiaires.
- Solde courant :
- Le déficit courant s'est amélioré en 2024 et devrait continuer de baisser en 2025, principalement en raison de la baisse des importations.
- Principales exportations diminuées, notamment en raison de la sous-facturation croissante des exportations agricoles.
- À moyen terme, hausse attendue des recettes d'exportation grâce aux prix mondiaux du café et de l'or, reprise de l'extraction minière et signature de nouveaux contrats.
- La prime de change a plus que doublé en 2024, mais s'est stabilisée en 2025.
- Dette publique :
- Encours de la dette publique totale ~52 % du PIB fin 2024.
- Dette intérieure représente environ les deux tiers de la dette publique totale, en grande partie détenue par la banque centrale (BRB).
- Évaluation : dette jugée viable mais avec un risque de surendettement élevé ; projection d'une baisse continue du ratio de la dette publique totale d'ici à 2030 principalement en raison de taux d'intérêt réels négatifs appliqués à la dette intérieure.
- Système financier :
- Ratio des fonds propres de base : 17,1 % en décembre 2024.
- Actifs liquides représentaient 19 % des prêts.
- Actifs liquides rapportés au total des actifs pondérés des risques : 15,4 %.
- Croissance du crédit : 27,2 %.
- Créances non performantes : 2,7 % en 2023 à 3,8 % en 2024.
- Risques externes et réformes :
- Essoufflement de la dynamique de réformes depuis 2024 conjugué à une conjoncture extérieure plus difficile.
- Risques : ralentissement de la croissance mondiale, réduction des flux d'aide publique au développement, réémergence des barrières au commerce mondial.
- Nécessité de relancer la dynamique des réformes initiée en 2022–23 avec coordination budgétaire et monétaire et réformes structurelles favorisant le secteur privé, les exportations et l'investissement étranger.
Politique budgétaire — constats et recommandations
- Constats :
- Baisse des recettes fiscales en termes réels pour l’exercice 2024/2025.
- Poursuite de la monétisation des déficits budgétaires risque d'aggraver l'inflation.
- Diminution des dépenses en termes réels affecterait de manière disproportionnée les plus vulnérables.
- Réformes fiscales recommandées :
- Accroître l’efficacité de la collecte des recettes fiscales.
- Poursuite de la numérisation des déclarations et des paiements des impôts et déploiement de machines de facturation électronique pour la fiscalité indirecte (reconnues favorablement).
- Préparer un registre des contribuables et réaliser un examen annuel des exonérations fiscales pour limiter les abus et élargir l’assiette de l’impôt sur les sociétés.
- Plus grande transparence dans le recouvrement des recettes non fiscales par d'autres ministères et organismes.
- Orientation de la politique fiscale :
- Revoir la politique fiscale ; constat : la TVA et les droits d'accise représentent plus de la moitié des recettes fiscales, tandis qu’un secteur formel étroit supporte la charge de l'impôt sur les sociétés et sur le revenu des personnes physiques.
- Réduire les exonérations généreuses qui érodent les recettes.
- Transition vers un cadre fiscal plus optimal, plus redistributif et favorable à la croissance, appuyée par l'assistance technique du FMI.
- Gestion des finances publiques :
- Accueil favorable des réformes en cours : décentralisation des paiements et adoption d'un budget-programme pluriannuel.
- Priorités : renforcement des audits internes et externes, amélioration de la gestion des investissements publics.
- Viabilité de la dette :
- Mesures énergiques requises : libéralisation du marché des changes, rééquilibrage budgétaire et resserrement monétaire.
- Préférence pour les financements sous forme de dons et prudence dans la gestion de la dette.
Politique monétaire et de change — constats et recommandations
- Cadre monétaire :
- Nécessité de moderniser le cadre de politique monétaire.
- Accord sur le renforcement du cadre transitionnel de ciblage monétaire flexible et travail à terme vers un régime de ciblage de l'inflation.
- Priorité actuelle : masse monétaire M2 comme objectif intermédiaire.
- Objectif d'inflation communiqué : 8 % (pour information publique et acteurs financiers).
- Introduction prochaine d'une nouvelle plateforme de négociation interbancaire pour améliorer l'efficacité opérationnelle du taux directeur.
- Resserrement quantitatif et indépendance :
- Urgence de procéder à un resserrement quantitatif et de préserver l'indépendance de la BRB pour limiter les risques de monétisation du déficit budgétaire.
- Objectif opérationnel : ramener le taux de croissance de la base monétaire en dessous de 20 % et faire respecter le plafond des avances de l'État.
- Recommandation explicite : relever le taux directeur, actuellement fixé à 12 %, afin de maintenir la crédibilité d'une politique monétaire restrictive.
- Taux de change :
- Nécessité d'un taux de change unifié et proche de son niveau d’équilibre pour stabiliser l'économie.
- Constat : régime dual et prime de change élevée créent des distorsions généralisées (pénuries de carburant, perturbations des chaînes d'approvisionnement, entrave aux exportations agricoles, encouragement des exportations illégales, secteur informel et évasion fiscale).
- Recommandation : unifier les taux de change officiel et parallèle, libéraliser le marché des changes et passer progressivement à un système de change flottant.
- Reformes de change présentées comme condition préalable importante pour réaliser le potentiel économique du Burundi, en coordination avec politiques budgétaire et monétaire de soutien et réformes structurelles.
Politiques du secteur financier — constats et recommandations
- Revues et supervision :
- Encouragement à la BRB pour procéder à une revue de la qualité des actifs (EQA) afin d'évaluer les portefeuilles de prêts des banques.
- Après l'EQA, évaluation des ratios d'adéquation des fonds propres justifiée.
- Enjoindre aux banques d'investir dans le renforcement des capacités du personnel pour une meilleure évaluation du risque de crédit.
- Mettre en place un dispositif solide pour surveiller l'exposition des banques à la dette souveraine, intégrer des tests de résistance au risque souverain et favoriser la diversification des actifs.
- Envisager des exigences de fonds propres spécifiques en cas d'exposition élevée au risque souverain.
- Paiements et inclusion financière :
- Saluer la modernisation des systèmes de paiement et la numérisation des paiements.
- Instruments recommandés : paiements mobiles, QR codes, plateformes de paiement mieux intégrées et interopérables.
- Objectifs : réduire l'utilisation dominante des espèces, approfondir le système financier, renforcer la transmission de la politique monétaire, réduire l'informalité, améliorer la mobilisation des recettes intérieures et accélérer le décaissement et le ciblage des transferts sociaux.
Politiques structurelles — secteurs clés et recommandations
- Général :
- Accélérer la mise en œuvre du programme de réformes ambitieuses en priorisant gouvernance, état de droit et élimination des goulets d'étranglement freinant la productivité.
- Améliorer performances des entreprises publiques, moderniser le secteur du café et améliorer les infrastructures liées au commerce.
- Objectifs : ouvrir et rendre compétitive l'économie, améliorer la qualité des institutions et réduire l'écart avec pays comparables de la région sur ouverture commerciale, climat d'investissement et efficacité des pouvoirs publics.
- Accent sur programmes visant la substitution des importations locales, notamment alimentaires, et l'augmentation des exportations (café, thé, avocat, minerais et autres produits locaux).
- Secteur du café :
- Importance vitale pour l'économie ; contraintes structurelles limitant le potentiel.
- Points faibles : pratiques agricoles dépassées, accès limité au financement et aux intrants, sous-investissement dans la transformation.
- Impact de la prime de change : conversion des recettes d'exportation au taux officiel décourage les agriculteurs et encourage la contrebande et les prix de transfert.
- Recommandations : renforcer les coopératives, améliorer les infrastructures, promouvoir la valeur ajoutée, garantir un environnement réglementaire stable et une répercussion plus large des prix internationaux vers les petits producteurs pour stimuler compétitivité et attirer les investissements.
- Secteur minier :
- Difficultés persistantes ; contrats antérieurs n'ont pas généré de recettes d'exportation.
- Autorités engagées dans la restructuration du secteur et l'accroissement des recettes d’exportation : rupture de contrats improductifs, efforts pour obtenir des paiements miniers en amont des projets.
- Recommandation : amélioration du cadre de gouvernance et de la transparence, notamment adhésion à l'ITIE, pour exploiter le potentiel du secteur.
Conclusion et remerciements
- L'équipe de la mission du FMI remercie les autorités burundaises et tous ses autres interlocuteurs pour leurs entretiens francs et leur hospitalité.
- Les services du FMI prépareront un rapport sur la base des conclusions préliminaires de la mission, qui, sous réserve de l’approbation de la direction, sera présenté au conseil d’administration pour examen et décision.
Communiqué de presse N° 25/105 — Les services du FMI achèvent leur mission de Consultation au titre de l’Article IV 2025 au Burundi (15 avril 2025).