Finances & Développement : sa vie en étapes
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- Authors: Anna Postelnyak
- Published: June 7, 2024
Origine et mission initiale
- Lancement de Finances & Développement (F&D) en juin 1964 comme « revue périodique moins technique » visant les hauts fonctionnaires, banquiers, journalistes et étudiants.
- Publication conjointe initiale Banque mondiale–FMI; retrait de la Banque mondiale dans les années 90, le FMI prenant ensuite seul en charge le financement.
- Objectif initial : informer le grand public sur les origines, structures financières et opérations de la Banque mondiale et du FMI, démystifier le jargon (accords de confirmation, déficits de la balance des paiements, pratiques de devises multiples) et expliquer les transactions financières et les activités des deux institutions.
Années 60 : diffusion, modernisation et limites du modèle d’industrialisation
- Couverture inaugurale illustrée en mars 1968 (villageois kenyans devant un robinet d’eau financé par la Banque mondiale); exemple de la couverture de septembre 1968 (transformation d’un désert mexicain via barrages d’irrigation).
- Position éditoriale : valorisation des projets d’infrastructure et industriels comme symboles de modernité et prospérité.
- Débats intellectuels : réaction à Gunnar Myrdal (Le drame asiatique, 1968) et évolution vers une reconnaissance de la nécessité d’indicateurs de développement plus larges (appel de Robert S. McNamara à des indicateurs mesurant dimensions économiques, sociales et morales).
- Statistique de diffusion : tirage en trois langues d’origine (anglais, espagnol et français) passé de 20,000 à 85,000 exemplaires entre 1964 et 1968.
- Couverture du dossier monétaire : présentation du droit de tirage spécial (DTS) sur la couverture de décembre 1969.
Années 70 : turbulences monétaires, nouveaux périmètres de surveillance et focalisation sur la pauvreté
- Chocs majeurs : effondrement progressif du système de Bretton Woods, chocs pétroliers, terrorisme international.
- Cadre institutionnel : deuxième amendement aux Statuts du FMI en 1978 autorisant le choix du régime de change (fixe ou flottant) et réorientation de la stabilité vers la stabilité intérieure; élargissement du périmètre de surveillance (incluant désormais des thèmes comme l’égalité femme–homme, la gouvernance et le changement climatique).
- Instruments et réponses : mécanisme élargi de crédit, essais de prêts concessionnels via un fonds fiduciaire, recyclage des pétrodollars pour compléter les ressources du FMI.
- Banque mondiale : mise en avant de la lutte contre la pauvreté absolue (Assemblée annuelle de Nairobi, 1973) et évolution vers des opérations pluridisciplinaires ciblant petits agriculteurs (crédit, semences, engrais, éducation, santé, irrigation, transports publics).
- Élargissement linguistique : édition en langue arabe lancée en juin 1975.
Années 80 : « la décennie perdue », conditionnalité et ajustements structurels
- Contexte : hausse mondiale des taux d’intérêt fin 1970s, crise de la dette des pays en développement.
- Principales réponses institutionnelles :
- « Conditionnalité » renforcée au FMI comme contrainte pour le déblocage des ressources.
- Nouveaux prêts d’ajustement structurel de la Banque mondiale pour appui budgétaire et réformes (dévaluation, privatisation, libéralisation).
- Conséquences sociales et débats : critiques sur la rigidité des mesures et nécessité d’atténuer les effets sur les populations vulnérables; évolution vers des programmes intégrant davantage de protection sociale.
- Évolution de la stratégie d’endettement : de l’ajustement seul au Plan Baker (1985) puis au plan Brady (1989) et aux conditions de Toronto du Club de Paris reconnaissant le rôle d’un allégement de la dette.
- Débuts de la réflexion environnementale : création d’une petite unité environnementale en 1970, renforcement sous Barber Conable (1986–91).
Années 90 : transition post‑communiste, crises des marchés émergents et évolution éditoriale
- Transition post‑communiste : débat entre « thérapie de choc » et approches progressives; thèmes couverts par F&D : rééquilibrage budgétaire, réforme monétaire, privatisation, gouvernance d’entreprise.
- Mondialisation et libéralisation : acceptation généralisée de la libéralisation, mais remise en cause du « Consensus de Washington »; reconnaissance qu’une intervention étatique constructive nécessite « une bonne gestion des affaires publiques ».
- Crises des flux de capitaux : vagues de dévaluations (Mexique 1994; Thaïlande, Corée, Indonésie, Russie, Brésil, Argentine, Uruguay, Türkiye) illustrant vulnérabilités liées aux asymétries de bilans et aux prêts en devises.
- Réformes post‑crise : normes et codes, programmes d’évaluation du secteur financier, systèmes d’alerte précoce; détaillées dans le numéro de juin 1998.
- Focus sur la pauvreté : passage de la facilité d’ajustement structurel renforcée à la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance, avec stratégies nationales participatives.
- Transformation éditoriale : retrait de la Banque mondiale après l’entrée en fonction de James Wolfensohn (1995); F&D financé par le FMI seul; plus de 110,000 abonnés; lancement d’une présence numérique en mars 1996.
Années 2000–2008 : émergence des pays émergents, déséquilibres mondiaux et éclatement de la crise
- Montée des pays émergents : reprise en Asie, émergence de la Chine et de l’Inde; demande accrue d’une voix plus grande au sein du FMI.
- Déséquilibres mondiaux : excédent d’épargne et de production en Asie vs déficit des États‑Unis; accumulation d’engagements américains; première consultation multilatérale du FMI en 2006.
- Facteurs de vulnérabilité identifiés (milieu des années 2000) :
- excédent d’épargne et de production en Asie soutenu par le déficit du compte des transactions courantes des États‑Unis;
- stagnation des salaires réels et baisse de la part du revenu du travail aux États‑Unis conduisant à une dépendance accrue au crédit à la consommation;
- bulle comparable dans la zone euro créant déséquilibres Nord–Sud;
- excès du secteur financier alimentés par une réglementation laxiste.
- Anticipation limitée : malgré des analyses de certains éléments, F&D et la plupart des observateurs n’identifient pas correctement l’interaction de ces facteurs comme cause d’une crise systémique.
Crise financière mondiale et réponses (2008–2011)
- Alerte précoce : numéro de juin 2008 signale que titres adossés à des créances hypothécaires, endettement excessif et défaillances réglementaires sont à l’origine des problèmes aux États‑Unis.
- Choc systémique : faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 et contagion mondiale analysées dans le numéro de décembre 2008.
- Réponse du FMI :
- remaniement des instruments de prêts pour plus de souplesse et réactivité;
- amélioration de la surveillance et prise en compte de la contagion;
- collaboration renforcée avec le Conseil de stabilité financière;
- appui complémentaire aux pays à faible revenu;
- relance des DTS (première allocation depuis les années 70) pour injecter des liquidités immédiates sans conditions.
- Politique mondiale : appel du directeur général Dominique Strauss‑Kahn à une relance budgétaire d’urgence; expansion budgétaire considérable en Chine; actions coordonnées des banques centrales (liquidités d’urgence, lignes de crédit réciproques, assouplissement quantitatif).
- Séquelles et enjeux : chômage structurel, inégalités de revenus, protectionnisme, rejet de la mondialisation; débats sur emploi, migrations, externalisation, technologies et redistribution (numéro de septembre 2011, analyse des inégalités et de la perception du renflouement des banques).
2016–2024 : fragmentation, pandémies, guerre et la nécessité d’élargir l’analyse économique
- Fragmentation géopolitique et économique : Brexit (2016) matérialise la fragmentation; montée du nationalisme, protectionnisme, populisme, guerres commerciales et xénophobie; perte du multilatéralisme.
- Diagnostic social : analyses sur l’évidement de la classe moyenne (décembre 2016), examen de la stagnation séculaire (mars 2017), interrogation sur le contrat social (décembre 2018).
- Pandémie de COVID‑19 :
- interventions massives du FMI (financements d’urgence à un grand nombre de pays, émission record de DTS);
- création en 2022 du fonds fiduciaire pour la résilience et la durabilité;
- amplification des divisions internationales (ex. « protectionnisme vaccinal »);
- réflexion sur conséquences à long terme : opportunités économiques, inégalités, technologies, santé, politique budgétaire; exhortation à utiliser la pandémie pour réduire les fractures (numéro de septembre 2020).
- Guerre en Ukraine : conséquences sur réfugiés, chaînes d’approvisionnement, pénuries alimentaires et énergétiques, forte inflation, instabilité des marchés financiers; renforcement du risque de blocs économiques concurrents et choix de positionnement des pays.
- Élargissement du champ d’analyse : nécessité pour les économistes du FMI de « lever le nez de leurs feuilles de calcul » et d’intégrer des enjeux non traditionnels (santé, démographie, inégalités, monnaie numérique, intelligence artificielle).
- Thèmes récents et éditoriaux notables :
- numéro le plus récent (publication Juin 2024) qui fait le point sur les implications pour la discipline de la science économique;
- récit fictif publié en juin 2019 mettant en scène John Maynard Keynes revenant au FMI pour son 75e anniversaire.
Héritage, rôle actuel et trajectoire éditoriale
- Évolution de F&D : de vitrine des travaux de la Banque mondiale et du FMI à plateforme de débat entre experts mondiaux et lieu d’analyse thématique approfondie.
- Domaines où F&D a été « en avance sur son temps » : environnement, rôle des femmes, montée de la Chine.
- Maintien d’une mission stable : captiver, éduquer et divertir les lecteurs tout en adaptant le magazine aux transformations institutionnelles, graphiques et numériques (quadrichromie, présence en ligne depuis mars 1996).
Source : Finances & Développement : sa vie en étapes, Anna Postelnyak, Juin 2024.