Mission fondamentale
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- Authors: ADAM POSEN
- Published: June 7, 2024
Contexte et enjeux géopolitiques
- À l’aube de la 80e année d’existence du FMI, la dégradation de la mondialisation renforce la fragmentation géopolitique et accroît la vulnérabilité de tous les pays (à l’exception des principales puissances économiques) face à :
- des chocs économiques extérieurs;
- des fluctuations arbitraires du solde des transactions courantes;
- un accès intermittent aux liquidités en dollars;
- un endettement excessif.
- La politisation croissante de la finance internationale et du commerce par la Chine, l’Union européenne et les États-Unis compromet la capacité du FMI d’aider les pays membres et de limiter les comportements abusifs des trois plus grandes puissances économiques mondiales.
- Il est probable que débute un cycle marqué par la méfiance entre les trois grandes puissances économiques, réduisant le temps dont dispose le FMI pour renforcer sa force institutionnelle et résister aux pressions pour le ranger dans un camp.
Rôle central et justification de la mission macroéconomique
- Mission fondamentale : contrebalancer les sources de vulnérabilité induites par les échanges et flux financiers transfrontaliers et gérer le système monétaire international sous-jacent.
- Raisons pour lesquelles le FMI reste indispensable :
- La flexibilité des taux de change n’empêche pas les soubresauts économiques ni les crises financières.
- Des chocs économiques extérieurs continuent d’affecter particulièrement les pays plus petits et à faible revenu.
- Les flux de capitaux provoquent des fluctuations rapides et importantes du déficit du compte courant.
- L’intermittence de l’accès aux liquidités en dollars provoque parfois des crises financières.
- Les mesures d’autoassurance des pays excédentaires freinent la croissance mondiale et imposent des ajustements aux autres pays lors de récessions.
- Seul le FMI peut offrir des prêts conditionnels multilatéraux et quasi universels, protéger des pays contre des chocs communs, rétablir l’accès aux liquidités du marché et restructurer la dette étrangère.
Bienfaits de la surveillance et ciblage des grandes puissances
- La surveillance constante des politiques d’autoassurance inconsidérées des puissances économiques peut :
- profiter à l’économie mondiale;
- rehausser la crédibilité du FMI;
- réduire le niveau de risque par de petits changements applicables aux politiques de ces puissances.
- Le FMI doit exhorter la Chine, l’Union européenne et les États-Unis à rendre des comptes pour :
- la limitation croissante de l’accès à leurs marchés par intimidation et moyens politiques;
- l’assujettissement de l’accès aux systèmes de paiement ou aux exportations de combustibles fossiles à des objectifs de sécurité nationale;
- les retombées planétaires de ces contrôles.
- Le FMI est la seule institution multilatérale :
- traitant directement les retombées transfrontalières et la volatilité macroéconomique;
- capable d’offrir un financement macroéconomique conditionnel susceptible d’influencer les politiques des prêteurs;
- capable d’imposer aux investisseurs privés la négociation et, à défaut, d’imposer une restructuration rapide;
- apte à réprimander explicitement les trois grandes puissances économiques sur leurs politiques.
Indépendance opérationnelle et gouvernance
- Le FMI doit mettre l’accent sur son rôle unique de prêteur conditionnel multilatéral et sur sa capacité à dire la vérité sur la dette internationale et les questions monétaires ; cela exige une plus grande indépendance opérationnelle, comparable à celle des banques centrales.
- Plus le programme de base du FMI est étendu et discrétionnaire, plus les pays membres seront vulnérables aux manœuvres géopolitiques des grandes puissances.
- Le FMI doit assurer la cohérence globale du fond et de la forme de ses rapports avec les pays membres pour maintenir la légitimité de son processus décisionnel ; l’impartialité technocratique est essentielle même si elle entraîne la perte de certains appuis locaux.
- Proposition de gouvernance : accorder au Conseil d’administration le pouvoir de prendre des décisions par un vote à la majorité qualifiée (restreignant la capacité des plus gros actionnaires d’exercer un droit de veto) sur toutes les questions sauf celles à long terme ou quasi constitutionnelles, en échange d’une plus grande indépendance opérationnelle.
- Le FMI devrait accepter un mandat recentré sur ses fonctions essentielles en contrepartie d’une plus grande autonomie dans certaines décisions opérationnelles, tout en maintenant l’obligation de rendre compte devant son Conseil d’administration.
Limites opérationnelles dans des contextes de conflit
- Des règles plus strictes et plus cohérentes pourraient limiter la capacité du FMI de prêter à des pays en guerre, citant explicitement des cas comme Israël, la Cisjordanie et Gaza, et l’Ukraine actuellement.
- Si le FMI est perçu comme prenant parti dans des conflits armés, la fragmentation de l’économie mondiale pourrait s’accentuer ; le FMI doit éviter ce piège.
Réponse aux nouveaux défis mondiaux
- Autres défis majeurs : le changement climatique, les pandémies, la sécurité alimentaire, la concurrence technologique, les guerres commerciales, les conflits armés et les migrations de masse.
- Pour les pays hors du trio des grandes puissances, ces défis se traduiront probablement par des chocs macroéconomiques de plus en plus fréquents.
- Le FMI devrait mettre à disposition des facilités spéciales ou des prêts à des conditions communes lorsque des chocs frappent simultanément de nombreux pays membres, et insister pour que les trois grandes puissances changent leur comportement ou compensent ces chocs.
Application des meilleures pratiques et recommandations clés
- Les conseils du FMI doivent être conformes aux meilleures pratiques et cohérents pour tous les pays membres, quelle que soit la source du choc.
- Recommandations prioritaires :
- Renforcer l’indépendance opérationnelle du FMI similaire à celle des banques centrales, tout en maintenant un examen par les pays membres et la fixation par eux des objectifs globaux.
- Restreindre le champ du mandat du FMI aux fonctions essentielles en échange d’une plus grande autonomie décisionnelle.
- Donner au Conseil d’administration la possibilité de décider à la majorité qualifiée sauf sur les questions constitutionnelles de long terme.
- Adopter des règles plus strictes pour limiter les prêts du FMI à des pays en guerre afin d’éviter la perception de partialité.
- Insister pour une surveillance égale et cohérente des politiques de la Chine, de l’Union européenne et des États-Unis, critiquant chaque puissance selon les mêmes critères, à la même fréquence et par les mêmes canaux publics.
- Mettre en place des facilités spéciales ou des prêts à des conditions communes lorsque de nombreux pays sont frappés simultanément par des chocs mondiaux.
- Objectif stratégique : que le FMI devienne le rempart du multilatéralisme technocratique contre le chantage politique pour l’accès aux marchés et au financement.
Source : Mission fondamentale, FINANCES & DÉVELOPPEMENT — ADAM POSEN, Juin 2024