Vers une gestion des risques plus complexe
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- Authors: HAROLD JAMES
- Published: June 7, 2024
Origines historiques et vision fondatrice
- La Conférence monétaire et financière des Nations Unies, juillet 1944, Bretton Woods, a inspiré une vision politique selon laquelle « prospérité et paix sont indivisibles » (formulation du secrétaire au Trésor Henry Morgenthau Jr.).
- Mécanisme prévu : règle relative au taux de change avec aide via un FMI conçu comme une coopérative de crédit ou un dispositif d’assurance; maintien des contrôles des mouvements de capitaux même pendant la transition vers la libéralisation du commerce.
- La portée internationale attendue du système fut limitée par des facteurs politiques : l’Union soviétique a décidé de ne pas ratifier les Statuts et le FMI fut exclu du plan Marshall.
Évolution des fonctions du FMI face aux crises
- Développements clés par décennie :
- 1956 : le FMI s’affirme après une double crise sécuritaire et financière (crise de Suez et fortes tensions financières en Europe).
- Années 60 : débats sur la suffisance des réserves et liquidités; contestations sur les réformes du système monétaire international.
- Années 70 : effondrement du système des parités, chocs pétroliers, introduction des mécanismes pétroliers pour aider les pays en développement.
- 1982 : crise de la dette en Amérique latine, début d’un rôle accru du FMI comme prêteur en dernier ressort et coordinateur de sauvetages impliquant banques et pays.
- 1994–95 : crise du peso mexicain, réponse par des programmes du FMI et des appuis bilatéraux massifs.
- Milieu des années 90 : prise de conscience des limites des mécanismes traditionnels face à la taille des marchés de capitaux; nécessité de financement combiné FMI + bilatéral.
- 1997–98 : crise financière asiatique; tous les programmes ont nécessité des financements du FMI et des financements bilatéraux.
- Exemple précis : en 1995–1996, le sauvetage du Mexique a nécessité, outre le programme du FMI, un vaste programme bilatéral des États-Unis comprenant 20 milliards de dollars du fonds de stabilisation des changes.
Réponses institutionnelles et coordination internationale
- Initiatives et institutions créées ou transformées :
- Sommet du G7, juin 1995, Halifax : exhortation à définir critères/procédures pour publication rapide de données économiques et financières.
- 2001 : création du département des marchés monétaires et de capitaux au FMI; lancement semestriel du Rapport sur la stabilité financière dans le monde (fusion d’Emerging Market Financing et International Capital Markets Report).
- 2000 : initiative de Chiang Mai — échanges bilatéraux de devises pour compléter les activités du FMI.
- 2009 : renforcement et renommage du Forum de stabilité financière en Conseil de stabilité financière; sommet du G20 à Londres a transféré certains pouvoirs à un groupe plus large d’États.
- Le mécanisme de sauvetage est devenu le Global Financial Stability Net, combinant divers prestataires et accords régionaux de financement.
- Surveillance et outils : adoption par le FMI de méthodes issues du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire; mise en place de la surveillance intégrée (décision de 2012) pour coordonner surveillance bilatérale et multilatérale.
Enseignements clés pour la gestion des risques internationaux
- Menaces multiples et imprévisibles :
- Les menaces pour la stabilité peuvent venir de partout; ex. absence initiale de programme d’évaluation du secteur financier pour les États-Unis et le Royaume-Uni avant la crise post-2007.
- Exemple concret : simulation fin 2006 sur possibles crises en Europe centrale et orientale; anticipations ayant aidé la réponse à la Hongrie en 2008.
- L’importance des liens et de la contagion :
- L’ampleur des menaces dépend des liens entre économies, qui sont souvent difficiles à établir à l’avance.
- Critique majeure après 2008 : le FMI avait « échoué à atteindre » son objectif principal selon le Bureau indépendant d’évaluation du FMI, en partie à cause d’un postulat selon lequel une crise majeure dans les grands pays avancés était peu probable.
- Opacité des relations micro/macroprudentielles :
- La nature exacte des liens entre bilans bancaires, institutions hors bilan et interdépendances reste souvent obscure.
- Tension permanente : autorités de contrôle (Comité de Bâle) « voient les arbres » tandis que la vision internationale (FMI) « voit la forêt » mais ne peut analyser tous les détails des arbres.
- Intégration des risques à long terme :
- Les difficultés à long terme (ex. changement climatique, problèmes de l’Anthropocène) peuvent devenir une menace immédiate pour la stabilité; nécessité d’agir sans tarder.
- Importance de fournir des données mesurables sur les coûts pour parvenir à un consensus sur les solutions.
- Observation : le PIB, central dans l’analyse du FMI, peut être « une charge » pour la biosphère lorsqu’il amoindrit la richesse à long terme.
- Interactions entre sécurité et stabilité financière :
- Les problèmes de sécurité (géopolitique en mutation) peuvent provoquer des déstabilisations financières.
- Symétrie originelle entre institutions de Bretton Woods et l’ONU rompue avec l’absence de l’Union soviétique dans ces institutions.
- Cas récent : guerre de la Russie contre l’Ukraine (2022) a conduit à un nouveau type de programme du FMI — un accord avec un pays en guerre — exigeant des garanties des créanciers bilatéraux et des adaptations pour une « incertitude extrêmement élevée ».
Implications politiques et priorités
- Nécessité d’une coordination multilatérale renforcée entre institutions financières internationales, banques centrales, autorités de régulation et arrangements bilatéraux/régionaux.
- Besoin d’élargir et d’améliorer la surveillance systémique et la collecte de données, incluant des informations microprudentielles susceptibles d’éclairer la vision macroprudentielle.
- Importance d’intégrer les risques à long terme (notamment climatiques) dans l’évaluation des vulnérabilités et des politiques macroéconomiques.
- Adapter les mécanismes de financement d’urgence pour tenir compte de la volatilité accrue des flux de capitaux et des situations de conflit armé, en incluant des dispositifs de garantie et des modalités de restructuration conditionnelle.
Source : Harold James, « Vers une gestion des risques plus complexe », FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Juin 2024.