Point de vue : Le verdissement des institutions de Bretton Woods
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- Point de vue : Le verdissement des institutions de Bretton Woods
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- Authors: AXEL WEBER
- Published: June 7, 2024
Contexte et message principal
- Auteur : AXEL WEBER, préside le centre d’études financières de l’Université Goethe ; ancien président de la Deutsche Bundesbank et membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne.
- Thèse : Équiper le FMI et la Banque mondiale pour coordonner la lutte mondiale contre le réchauffement planétaire est préférable à la création de nouvelles institutions multilatérales ; ceci sans compromettre leurs mandats fondamentaux (stabilité économique et financière pour le FMI ; développement durable et lutte contre la pauvreté pour la Banque mondiale).
- Recommandation principale : Trois mesures clés à engager en lien avec le financement, la gouvernance et les mandats.
Financement
- Constats :
- L’action climatique au FMI et à la Banque mondiale aura un coût ; les deux institutions doivent disposer de moyens financiers supplémentaires.
- Réaffecter des ressources existantes ou épuiser les marges de manœuvre financière ne suffira pas.
- Exemple : la facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) est une approche novatrice, mais réaffecter des milliards de dollars de droits de tirage spéciaux (DTS) « inutilisés » supposerait des arbitrages indésirables entre l’action climatique et la mission centrale du FMI.
- Utiliser des réserves de banque centrale ou des DTS pour financer la lutte contre le changement climatique pose problème.
- Recommandations :
- Financer la FRD par de nouveaux engagements financiers pris par une coalition de pays déterminés à promouvoir l’action pour le climat (idéalement, tous les pays membres du FMI y participeraient en fonction de leur quote-part).
- Traiter les activités climatiques du FMI dans tous les pays membres comme des obligations financières incombant en définitive aux États concernés et officiellement intégrées dans leur dette publique.
- Considérer l’action du FMI en faveur du climat comme une nouvelle tâche du FMI soutenue par des dépenses publiques, et non comme relevant de la responsabilité des banques centrales.
Gouvernance
- Constats :
- Une division claire du travail entre le FMI et la Banque mondiale est nécessaire pour leurs nouveaux mandats climatiques.
- Il faut harmoniser les obligations de financement et les pouvoirs décisionnels entre les deux institutions.
- Les actionnaires doivent disposer d’un pouvoir de décision effectif pour superviser et contrôler l’action en faveur du climat menée par la direction.
- Propositions institutionnelles :
- Banque mondiale : créer un comité « développement et climat » élargi, composé des ministres des Finances des pays membres, agissant comme organe décisionnaire comparable à une assemblée générale d’actionnaires, chargé d’approuver les directives générales sur l’action climatique, les financements et les collaborations.
- FMI : établir un nouvel organe de direction, le « conseil du FMI », comprenant un gouverneur de chaque pays membre (généralement le ministre des Finances), se réunissant au moins une fois par an pour piloter l’action du FMI en faveur du climat et superviser le conseil des gouverneurs et le conseil d’administration.
Mandats et répartition des tâches
- Principes :
- S’appuyer sur les atouts historiques et les compétences des deux institutions, construites sur 80 années d’expérience mondiale.
- Respecter la distinction entre approche descendante de formulation d’avis macroéconomiques (FMI) et démarche ascendante d’appui à des projets (Banque mondiale).
- Rôles proposés :
- FMI :
- Priorité aux conseils de politique macroéconomique pour intégrer les questions climatiques dans les politiques budgétaires, monétaires et de change.
- Fournir des évaluations de la stabilité macrofinancière liées au climat.
- Accorder des prêts concessionnels pour aider les pays à régler des problèmes immédiats de financement de la balance des paiements et de budget aggravés par des chocs climatiques.
- Banque mondiale :
- Conseils sur les politiques de développement et les investissements infrastructurels liés au climat.
- Augmenter les financements pour l’action climatique via des prêts (concessionnels ou pas), des dons et des instruments financiers innovants, en particulier pour les pays à faible revenu et les pays vulnérables.
Actions récentes des deux institutions
- Banque mondiale :
- Augmentation significative des financements pour projets et initiatives liés au climat : énergies renouvelables, efficacité énergétique, transports durables, infrastructures résilientes, gestion des ressources naturelles.
- Émission d’obligations vertes pour financer projets et programmes respectueux du climat.
- Assistance technique, conseils de politique économique et prêts pour aider les pays à concevoir et mettre en œuvre des mécanismes de tarification du carbone (taxes, systèmes d’échange d’émissions, etc.).
- FMI :
- Évaluations des risques climatiques pesant sur la stabilité économique, les systèmes financiers et la croissance ; analyses et recommandations pour atténuer ces risques.
- Conseils pour intégrer les aspects climatiques dans les programmes de réformes budgétaires, monétaires et structurelles et promouvoir des stratégies de croissance à bas carbone et de renforcement de la résilience.
- Surveillance du secteur financier prenant en compte les risques liés au changement climatique ; évaluation de l’exposition des institutions financières et promotion de mesures d’amélioration de leur résilience.
- Promotion du développement de marchés et d’instruments de financement vert (obligations vertes, assurance climatique, mécanismes de tarification du carbone, etc.) pour mobiliser des investissements du secteur privé.
Conclusion et responsabilité finale
- Le FMI et la Banque mondiale ont déjà largement contribué à la lutte contre le changement climatique.
- Une meilleure gouvernance et une définition plus claire des rôles et responsabilités les rendront encore plus efficaces.
- En dernier ressort, ce sont les actionnaires des institutions de Bretton Woods qui doivent fournir les ressources financières supplémentaires pour intensifier et lancer les actions climatiques nécessaires.
Source : article "Le verdissement des institutions de Bretton Woods" par AXEL WEBER, FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Juin 2024.