L’héritage trouble d’Harry Dexter White
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- L’héritage trouble d’Harry Dexter White
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- Authors: James Boughton
- Published: June 7, 2024
Biographie et rôle initial
- Né à Boston en 1892, septième et dernier enfant d’immigrants lituaniens.
- Interrompit sa scolarité à plusieurs reprises, orphelin très tôt, travailla puis servit comme officier dans l’armée américaine en France pendant la Première Guerre mondiale.
- Obtenu un doctorat en économie à l’Université Harvard à l’âge de 40 ans.
- Accepta un poste au Trésor américain en 1934, gravit rapidement les échelons et fut économiste en chef du Trésor au moment de l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, en 1941.
- Chargé par Henry Morgenthau Jr. d’élaborer un plan pour les relations économiques et financières de l’après-guerre.
- Participant clé à la conférence de Bretton Woods de 1944; devint le premier administrateur américain du FMI en 1946; décéda d’une crise cardiaque en 1948.
Vision de White pour le FMI
- Conception du FMI comme moteur de la coopération financière internationale destinée à permettre le commerce libre et le développement économique.
- Citation majeure : « La prospérité, tout comme la paix, est indivisible. »
- Voulu une participation large des alliés pour assurer le soutien à son projet, organisant des réunions préparatoires en petits groupes avant la conférence.
- Chercha à préserver un noyau dirigé par la Grande Alliance, incluant initialement l’Union soviétique dans sa vision d’après-guerre.
Bretton Woods : réalisations et limites
- La conférence de Bretton Woods (1944) rassembla environ 700 délégués et créa la Banque mondiale et le FMI selon le modèle envisagé par White.
- White fut rapidement déçu par l’insuffisance des capacités opérationnelles du FMI pour mettre en œuvre sa vision.
- Anticipations erronées sur la trajectoire de l’économie mondiale : les fondateurs n’avaient pas prévu la croissance fulgurante d’après-guerre.
- Conséquence : dès les premières années la demande potentielle de financement au FMI devint considérable et l’institution manquait de capacité.
Instruments financiers et évolution des outils
- White proposa un « dollar de change », prototype des droits de tirage spéciaux (DTS) adoptés deux décennies plus tard.
- Le DTS est aujourd’hui reconnu comme un élément essentiel des outils du FMI pour aider les pays dans leur gestion budgétaire.
Flux de capitaux et évolution de la doctrine du FMI
- Dans les années 40, les prêts bancaires internationaux et la vente d’obligations étaient pratiquement inexistants; ces transactions se répandront ensuite.
- White et Keynes s’accordèrent sur la nécessité pour le FMI de dissuader l’ouverture aux flux de capitaux dans le contexte d’alors.
- La charte du FMI : emprunt autorisé pour financer un déficit commercial et possibilité d’exiger des contrôles des capitaux.
- Avec la croissance mondiale, le FMI fit marche arrière et commença à encourager l’ouverture des marchés financiers, puis adopta plus récemment une approche plus prudente reconnaissant avantages et risques.
Commerce international et adhésion des membres
- White visait une participation universelle au commerce international; la réalisation fut limitée en 1944 par la division du monde et la décolonisation inachevée.
- Allemagne et Japon adhérèrent en 1952.
- Le nombre de membres passa de 40 en 1946 à 190 aujourd’hui.
- L’Union soviétique et une grande partie du bloc soviétique n’adhérèrent pas; la perspective de White ne se réalisa qu’après la dissolution de l’Union soviétique en 1991.
- Gouvernance : White voulut que le contrôle financier reste aux mains des principaux pays créanciers (notamment les États-Unis), mais insista pour que les petits pays disposent d’au moins 10 % des droits de vote.
Orientation politique et critiques
- Keynes et White partageaient l’objectif d’un FMI « keynésien » visant à promouvoir la prospérité par des politiques judicieuses et efficaces.
- Critique récurrente : le FMI accusé de promouvoir l’austérité au détriment de la croissance; la position du FMI reste que des politiques judicieuses sont nécessaires pour soutenir la prospérité durable.
- Question non résolue : le juste équilibre entre douleur à court terme et gains à long terme dans les programmes de redressement.
Accusations d’espionnage et réputation
- Pendant la « peur rouge », deux anciens membres du parti communiste américain accusèrent White d’être un agent pour l’Est et de transmettre des documents secrets aux Soviétiques; les preuves furent toujours ténues.
- Soupçons renforcés par des dossiers plus étoffés contre certains de ses amis et collègues et par ses contacts fréquents avec responsables soviétiques pendant la guerre.
- Preuves récentes suggèrent que White fut surtout une cible des Soviétiques cherchant des informations, plutôt qu’un agent soviétique.
- Sa notoriété fut éclipsée par Keynes; sa réputation fut ternie par des attaques posthumes.
Bilan et héritage
- L’évaluation finale de l’héritage de White repose essentiellement sur l’existence et l’évolution du FMI, son œuvre la plus importante.
- Principales réalisations et traces durables :
- Rôle central dans la conception de la Banque mondiale et du FMI à Bretton Woods (1944).
- Proposition précoce d’un actif financier international, antécédent des DTS.
- Insistance sur une gouvernance incluant une voix pour les petits pays (au moins 10 % des droits de vote selon son souhait initial), tout en préservant l’influence des grands pays créanciers.
James M. Boughton, “L’héritage trouble d’Harry Dexter White”, Finances & Développement, Juin 2024.