Déclaration des services du FMI à l’issue de leur mission de 2026 au titre de l’article IV en France
IMF News, May 21, 2026
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- Published: May 21, 2026
Mission et contexte
- Mission dirigée par Manuela Goretti et composée de Clara Arroyo, Florian Misch, Rasmane Ouedraogo, Danila Smirnov et Maryam Vaziri.
- Entretiens en France du 11 au 21 mai dans le cadre des consultations 2026 au titre de l'article IV.
- Les avis exprimés sont ceux des services du FMI et ne représentent pas nécessairement ceux du conseil d'administration.
- Un rapport fondé sur ces observations préliminaires sera établi et soumis, sous réserve d'approbation de la direction générale, à l'examen du conseil d'administration.
Synthèse macroéconomique et observations générales
- L'économie française a continué de croître à un rythme modéré en 2025 malgré des chocs internes et externes.
- De nouveaux vents contraires liés à la guerre au Moyen-Orient commencent à peser sur l'activité.
- La réponse des autorités au choc énergétique a été, à ce stade, appropriée: limitée, temporaire et ciblée sur les plus vulnérables.
- Le niveau élevé de la dette publique et les pressions croissantes sur les dépenses rendent nécessaire la poursuite de l'effort de consolidation, en ligne avec le Plan budgétaire et structurel à moyen terme (PSMT) et les règles européennes.
Perspectives économiques
- Croissance du PIB réel:
- 2025: 0,9 %
- 2026 (prévision): 0,7 %
- Scénario de base: redressement progressif à partir de la fin de 2026 et raffermissement au second semestre 2027.
- Principaux risques à la baisse:
- Intensification ou prolongation de la guerre au Moyen-Orient alimentant l'inflation et freinant la demande intérieure.
- Correction désordonnée sur les marchés liés à l'intelligence artificielle (IA) affectant les flux financiers et la confiance.
- Incertitude politique liée aux élections de 2027 retardant consolidation budgétaire et réformes.
- Scénario favorable: apaisement des tensions géoéconomiques et renouveau du consensus politique stimulant confiance, investissement, exportations et croissance.
Politique budgétaire : besoins et recommandations
- Déficit public:
- 2025: 5,1 % du PIB
- Objectif officiel: ramener le déficit sous 3 % du PIB d'ici à 2029
- Observations:
- Consolidation budgétaire plus lente que prévu et exposée à des risques de mise en œuvre.
- Budget 2026 conforme aux règles européennes mais n'atteint pas les objectifs initiaux.
- Ajustement attendu 2027-2029 risquant de n'atteindre que le minimum requis par les règles européennes si aucune mesure additionnelle n'est prise.
- Recommandations chiffrées:
- Ajustement structurel important d'environ 0,8 % du PIB par an sur la période 2027-2029, pouvant être progressivement assoupli ensuite si soutenu par des réformes pro‑croissance.
- Mesures spécifiques et principes:
- Adopter une nouvelle loi de programmation des finances publiques pour ancrer nationalement les objectifs du PSMT.
- Maintenir la réponse au choc énergétique limitée, temporaire et ciblée sur les plus vulnérables, tout en préservant les incitations de marché et la soutenabilité budgétaire.
- En cas de mesures additionnelles, cibler les groupes vulnérables, préserver les signaux de marché et assurer une tarification adéquate des externalités.
- Renforcer la coordination européenne pour accroître l'efficacité des politiques et réduire les coûts de financement.
- Recettes et dépenses:
- Taux de prélèvements obligatoires élevé; France: parmi les plus élevés de la zone euro.
- Mesures de recettes supplémentaires: prioritairement réduction des niches fiscales, élimination des dépenses fiscales inefficaces, correction des distorsions dans la taxation des revenus du capital, renforcement du civisme fiscal et de l'équité.
- Dépenses publiques:
- 2025: 57,5 % du PIB (niveau le plus élevé de la zone euro)
- Nécessité de redéfinir les priorités pour dégager marges de manœuvre en faveur des priorités émergentes (défense, vieillissement, transitions écologique et numérique).
Réformes structurelles et priorités sectorielles
- Santé et éducation:
- Adapter dépenses aux évolutions démographiques; meilleure orientation vers prévention, formation continue et adéquation aux besoins du marché du travail.
- Propositions: tickets modérateurs calibrés pour services non essentiels ou non urgents (ajustés selon les revenus et/ou l'état de santé) et prévention de la perte d’autonomie.
- Assurance chômage:
- Poursuivre renforcement du régime pour alléger pressions sur le marché du travail et la protection sociale.
- Recommandations: réduire durée d'indemnisation pour ruptures conventionnelles, renforcer incitations au travail, alléger conditionnalité et aligner assurance chômage avec politiques actives du marché du travail.
- Réforme des retraites:
- Rétablir une trajectoire de réforme crédible pour la viabilité à long terme.
- Mesures envisagées: mécanismes automatiques d'ajustement liés aux évolutions démographiques, revues régulières de soutenabilité, renforcement des incitations à prolonger la vie active, harmonisation des régimes et amélioration de la portabilité des droits.
- Mise en œuvre:
- Mesures bien ciblées et soigneusement séquencées pour préserver l'équité et protéger les plus vulnérables.
- Coordination requise entre État, sécurité sociale et collectivités territoriales; amélioration de l'efficience de l'investissement et réduction des chevauchements de dépenses.
Politiques macro-structurelles pour la croissance et l'innovation
- Objectifs généraux:
- Relever le potentiel de production, réorienter l'épargne privée vers l'investissement productif, faciliter consolidation des finances publiques.
- Approfondissement de l'intégration au sein du marché unique européen pour amplifier l'impact des réformes.
- Mesures recommandées:
- Réduction des barrières réglementaires et lourdeurs administratives; poursuivre le projet de loi de simplification de la vie économique et les décrets d'accélération des approbations pour projets stratégiques.
- Accélération de l'adoption de l'IA au niveau des entreprises et soutien continu à la R&D.
- Mise en œuvre des stratégies climat et énergie: accélérer investissements dans les réseaux et approfondir intégration du marché unique européen de l’électricité.
- Mobilisation du financement privé, en particulier capital‑risque; instruments publics ciblés pour corriger défaillances de marché tout en préservant incitations privées.
- Renforcement de l’éducation financière, simplification du cadre réglementaire et alignement des incitations fiscales pour orienter l’épargne vers l’investissement productif.
- Initiatives européennes complémentaires: avancement de l’Union de l’épargne et des investissements et approfondissement du marché unique.
- Marché du travail:
- Combinaison d'incitations sur le marché du travail, politiques familiales ciblées et développement des compétences.
- Favoriser carrières plus longues, participation accrue des femmes, meilleure intégration des immigrés, reconnaissance des qualifications professionnelles intra-européennes.
Stabilité financière et supervision
- Secteur bancaire:
- Résilience maintenue grâce à amélioration de la rentabilité, solides coussins de précaution et faible risque de crédit.
- Ratios d’adéquation des fonds propres conformes à la moyenne de l’Union européenne; indicateurs de liquidité au‑dessus des exigences minimales.
- Provisionnement proactif et taux de couverture élevés des prêts non performants.
- Tests de résistance et outils macroprudentiels:
- Test de résistance 2025 de l’Autorité Bancaire Européenne confirmé la résilience du secteur bancaire.
- Programme d’évaluation du secteur financier 2025: grandes banques respectent exigences réglementaires de fonds propres.
- Réserve de protection du crédit fixée à 1 %: constitue un important coussin de capital supplémentaire; communication claire sur conditions de relâchement importante.
- Revue macroprudentielle du Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) récemment achevée: confirmation du cadre existant, élargissement de la couverture des risques et renforcement de la communication.
- Recommandation: veiller à ce que le HCSF dispose d'indépendance opérationnelle et de pouvoirs juridiques suffisants.
- Renforcement proactif de la préparation face aux risques de cybersécurité, compte tenu des menaces liées à l’IA.
- Institutions financières non bancaires (IFNB):
- Vulnérabilités contenues mais nécessitent surveillance continue en raison d’interconnexions croissantes.
- Taille relativement limitée du secteur des IFNB atténue risques de surévaluation, mais effet de levier via banques dans véhicules de crédit privé en hausse.
- Test de résistance systémique en cours (premier du genre dans l’Union européenne) devrait approfondir compréhension des risques liés aux fonds d’investissement et interconnexions, fournir cadre européen pour indicateurs communs, partage de données et futurs tests.
Conclusions et suite
- Importance d’un cadre cohérent de politiques associant consolidation budgétaire, réformes structurelles et approfondissement de l’intégration européenne pour renforcer la confiance, soutenir la croissance durable et inscrire la dette sur une trajectoire descendante.
- L’équipe de la mission remercie les autorités françaises et ses interlocuteurs pour la collaboration et le dialogue constructif.
Déclaration des services du FMI à l’issue de leur mission de 2026 au titre de l’article IV en France