## L’évanescente union de l’épargne et des investissements de l’Europe

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## Bibliographic details
- Authors: RAVI BALAKRISHNAN, MAHMOOD PRADHAN
- Published: June 17, 2025

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### Constats principaux
- L’Europe dispose d’une épargne considérable, mais manque d’investissements; une union de l’épargne et des investissements (UEI) — un marché financier paneuropéen — est proposée pour mobiliser cette épargne au service des besoins d’investissement dans l’Union européenne (UE).
- Un marché financier intégré ne suffira pas à lui seul à générer tous les investissements nécessaires pour relever les défis de croissance et les enjeux géopolitiques : il faut aussi que les investissements offrent des rendements attrayants.
- La création d’un marché financier paneuropéen exige un allégement des formalités administratives et une réglementation uniforme à l’échelle de l’UE pour réduire les obstacles commerciaux entre pays.

### Fragmentation du marché financier européen
- L’épargne est largement maintenue au niveau national et est détenue à 80 % sous la forme de dépôts bancaires.
- Les banques n’accordent normalement pas de prêts transfrontaliers, ce qui renforce la « préférence nationale » des épargnants et des investisseurs institutionnels.
- Faible niveau d’émissions d’actifs titrisés en Europe en raison de l’absence d’une réglementation uniforme et d’exigences de fonds propres inutilement élevées.
- Actifs sous-jacents aux titrisations : nationaux et principalement constitués de prêts hypothécaires résidentiels; variations réglementaires compliquent le regroupement de créances hypothécaires à l’échelle européenne.
- Les investisseurs institutionnels limitent les titres titrisés détenus à cause des exigences de fonds propres élevées imposées par l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles.
- Les pensions ne sont pas transférables facilement pour les travailleurs changeant de pays membre, confinant les investissements à des dispositifs nationaux.
- Conséquences mesurables :
  - Variations substantielles des coûts d’emprunt pour les ménages et les petites et moyennes entreprises.
  - Variabilité atténuée par une « provision de liquidités ciblée de grande ampleur » de la Banque centrale européenne, mais reste plus élevée qu’avant la crise financière mondiale.
  - Divergence entre les taux de rendement des obligations d’État a diminué, mais marges sur prêts restent supérieures à leurs niveaux d’avant-crise.

### Rôle central des banques et du capital-risque
- Les grandes banques américaines comptent plus de 60 millions de comptes clients chacune; aucune banque européenne ne s’approche de ce nombre, entraînant moins d’économies d’échelle et de synergies marketing en Europe.
- La résolution bancaire demeure la responsabilité nationale, limitant les flux de liquidités bancaires transfrontaliers et la croissance des produits d’épargne paneuropéens et des instruments d’investissement transfrontaliers.
- Les banques émettent des titres, servent d’intermédiaires, et fournissent liquidités; l’inachèvement de l’union bancaire limite l’évolution vers un marché financier paneuropéen.
- Coût des fonds propres plus élevé en Europe qu’aux États-Unis, en partie à cause d’un marché américain plus grand et d’un marché européen fragmenté.
- Le système bancaire de l’UE est moins efficace pour financer les innovateurs et les entreprises en démarrage qui reposent sur du capital immatériel; nécessité d’un système de capital-risque.
- Selon les calculs du FMI, sept fois plus de capital-risque est mobilisé aux États-Unis qu’en UE.
- L’UE compte actuellement moins de 15 % des entreprises en démarrage évaluées à plus d’un milliard de dollars (les « licornes »).
- Selon la Banque européenne d’investissement (BEI), les entreprises en démarrage de l’UE ayant pris de l’expansion mobilisent 50 % moins de capitaux en moyenne que leurs homologues américaines au cours de leurs 10 premières années d’existence.
- Fragmentation des marchés boursiers : incitation moindre à financer la croissance par un premier appel public à l’épargne en UE, encourageant les start-ups à déménager à l’étranger.

### Réglementation harmonisée et mesures passées
- Les projets initiaux d’une Union des marchés financiers incluaient :
  - Un cadre de règlement des faillites commun.
  - La création d’un actif sûr émis par l’UE (idée politiquement litigieuse).
- Idées encore en grande partie au stade d’ébauche; absence d’un actif sûr prévisible fourni par la plupart des États membres.
- Centralisation réglementaire prévue via l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) pour définir des exigences communes de communication et de supervision; progrès lents car les autorités nationales cèdent graduellement des pouvoirs.
- Nouvel élan après des rapports et une stratégie d’UEI, mais divergences d’opinions entre pays membres persistent.

### Rendements escomptés et déterminants de l’investissement
- Doute que l’UEI à elle seule puisse combler l’insuffisance d’investissement définie par Draghi : « se rapprochant d’année en année de 5 % du PIB ».
- Disponibilité du capital et dispersion du coût du capital sont un inconvénient, mais pas nécessairement le principal obstacle à l’investissement; exemples : écarts de taux sur les emprunts des grandes entreprises ne sont pas « considérablement supérieurs » dans l’UE qu’aux États-Unis.
- Les entreprises investiront davantage si elles anticipent des rendements supérieurs; cela nécessite réformes et déréglementation pour faire croître leur marché.
- Absence d’une réglementation uniforme sur le marché unique empêche l’expansion des entreprises sur d’autres marchés européens et contribue au rendement inférieur des investissements en UE par rapport aux États-Unis.
- Enquêtes BEI :
  - 60 % des exportateurs de l’UE déclarent devoir se conformer à une réglementation considérablement différente d’un pays à l’autre.
  - 74 % des innovateurs de l’UE déclarent la même divergence; divergence plus marquée dans le secteur des services.
- Estimations du FMI sur obstacles aux échanges à l’intérieur de l’UE :
  - Équivalent à une taxe sur la valeur de 45 % dans le secteur manufacturier.
  - Peut aller jusqu’à 110 % dans le secteur des services.
- Coûts de conformité réglementaire (estimation BEI) :
  - Coût de conformité à la réglementation : 1,8 % du chiffre d’affaires en moyenne.
  - 2,5 % pour les petites et moyennes entreprises.
  - Coûts d’énergie des entreprises de l’UE : environ 4 % du chiffre d’affaires.
- Objectif actuel de l’UE : réduire de 25 % le nombre de rapports que doivent produire l’ensemble des entreprises (de 35 % pour les petites et moyennes entreprises).

### Politiques recommandées et priorités
- Poursuivre l’achèvement de l’union bancaire pour permettre :
  - Plus de fusions transfrontalières approuvées.
  - Permettre aux banques de déplacer les liquidités vers les zones offrant des rendements raisonnables.
  - Mettre en place un système commun de résolution bancaire, bien que difficile politiquement.
- Harmoniser les retenues d’impôt et les régimes de règlement des faillites pour réduire les divergences réglementaires nationales.
- Alléger les formalités administratives et réduire les lourdeurs de conformité (objectif de réduction de 25 % des rapports pour toutes les entreprises).
- Favoriser le développement d’un marché de capital-risque paneuropéen pour soutenir les entreprises en démarrage et le financement du capital immatériel.
- Avancer simultanément sur plusieurs fronts pour créer une boucle de rétroaction positive :
  - Élimination des obstacles aux échanges.
  - Allégement de la bureaucratie.
  - Augmentation des taux de rendement attendus par les investisseurs.
  - Unification accrue de la réglementation et de la supervision financières.
  - Diminution des obstacles aux mouvements de capitaux transfrontaliers.

### Évaluation finale
- La création d’un marché financier unique intensifierait les flux financiers transfrontaliers et réduirait le coût du capital, mais des obstacles politiques et législatifs importants ralentissent les progrès.
- Même avec une progression rapide de l’UEI, il est peu probable que les investissements générés suffisent à atteindre les objectifs de croissance et à répondre aux enjeux géopolitiques sans une hausse des taux de rendement bruts des investissements.
- Conclusion : l’UE doit agir simultanément sur la compétitivité, la création d’un marché unique, l’harmonisation réglementaire et l’allégement de la bureaucratie pour surmonter les vents contraires qui freinent sa croissance.

*Source: L’évanescente union de l’épargne et des investissements de l’Europe — Ravi Balakrishnan; Mahmood Pradhan; Juin 2025, FINANCES & DÉVELOPPEMENT.*

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