Bulletin du FMI : Partager les richesses et investir dans les ressources humaines

le 30 mai 2014

  • Les participants saluent la volonté de transformer et de diversifier les économies africaines
  • L’Afrique doit rester sur ses gardes et collaborer avec ses partenaires pour poursuivre son essor
  • La coopération et l’intégration régionale peuvent permettre de mieux partager les bienfaits de la croissance

L’Afrique doit avoir pour priorités de combler le déficit des infrastructures, de partager la richesse et d’investir les recettes tirées des ressources naturelles dans ses ressources humaines, ont déclaré les dirigeants africains lors d’une conférence qui s’est déroulée à Maputo, au Mozambique.

Mozambique

De gauche à droite : Christine Lagarde, Directrice générale du FMI, Manuel Chang, Ministre des finances du Mozambique, et Alex Segura-Ubiergo, représentant résident du FMI (photo: Stephen Jaffe/IMF)

CONFÉRENCE SUR L’ESSOR AFRICAIN

À l’issue de la conférence de 2 jours sur l’essor africain qui a été organisée par le Mozambique et le FMI dans la capitale mozambicaine, les dirigeants ont salué aussi la volonté des pays africains de transformer et de diversifier leur économie.

Christine Lagarde, Directrice générale du FMI, a noté l’essor de l’Afrique sur le plan de la croissance économique, mais elle a ajouté qu’il s’agit maintenant pour le continent africain de pérenniser cette croissance et de mieux en partager les bienfaits parmi les populations. Lors d’un point de presse après la conférence, elle a déclaré que

• L’Afrique doit veiller à ce que toute la population profite de l’essor économique, en particulier dans les zones rurales;

• L’Afrique doit rester sur ses gardes et continuer de mener des politiques macroéconomiques saines pour se protéger contre les risques internes et externes ;

• L’Afrique peut profiter d’une collaboration avec ses partenaires au développement, tels que le FMI, pour atteindre ses objectifs de développement.

Cinq ans après une conférence sur les changements en Afrique qui s’était déroulée à Dar-es-Salaam, en Tanzanie, les ministres des finances, les gouverneurs, ainsi que des représentants de la société civile et du secteur privé de l’Afrique subsaharienne se sont réunis à Maputo les 29 et 30 mai pour faire le bilan des progrès accomplis par la région au cours des 20 dernières années, de sa plus grande résilience aux chocs et des enjeux de politique économique pour poursuivre sa croissance et son développement.

Dans une déclaration conjointe publiée après la conférence de Maputo, les ministres des finances et les gouverneurs africains, ainsi que le FMI, ont noté les excellents résultats économiques enregistrés par un nombre croissant de pays africains, grâce à une bonne élaboration de la politique macroéconomique, au renforcement des institutions, ainsi qu’à une augmentation de l’investissement dans le capital humain et physique. Toutefois, dans de nombreux pays, les bienfaits de cette croissance ne sont pas bien partagés parmi la population. Par ailleurs, il subsiste des déficits d’infrastructures considérables, et la création d’emplois est insuffisante.

La transformation est essentielle

Mme Lagarde a noté que l’Afrique a connu une croissance vigoureuse au cours des 20 dernières années, mais elle a ajouté qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir. « La transformation structurelle reste essentielle, au niveau des infrastructures, des institutions et des ressources humaines. Ces thèmes se sont manifestés clairement », a déclaré Mme Lagarde, en faisant allusion aux principaux enseignements de la conférence.

La conférence a réuni plus de 500 participants, qui ont examiné des questions cruciales pour le continent : comment exploiter la richesse provenant des ressources naturelles de l’Afrique ; comment s’attaquer au déficit des infrastructures de la région ; comment créer des conditions propices à l’activité du secteur privé et à la création d’emplois ; comment développer les marchés financiers et accroître l’accès au crédit ; comment consolider la stabilité économique et surmonter les faiblesses sociopolitiques et institutionnelles dans les pays fragiles, et comment faire en sorte que la croissance économique conduise à une réduction de la pauvreté ?

Il a été noté que les bienfaits de la croissance pourraient être mieux partagés parmi les populations des pays d’Afrique subsaharienne. Par ailleurs, les inégalités de revenu restent élevées sur le continent et risquent de s’aggraver.

Partage de la richesse

Les participants ont examiné comment partager de manière plus égale la richesse du continent et comment créer des emplois, notamment en encourageant l’éducation à tous les niveaux. Ils ont dressé une liste de mesures qui permettraient d’améliorer l’accès des filles aux écoles, d’utiliser des technologies de manière à mieux partager les fruits de la croissance, de recourir à des transferts sociaux bien conçus et bien ciblés pour aider les plus pauvres, et d’accroître la productivité dans le secteur agricole tout en progressant aussi dans la chaîne de valeur.

Les participants ont noté l’importance des connaissances financières pour faciliter l’accès aux services financiers, ce qui, à son tour, peut contribuer à réduire les inégalités.

Les participants ont examiné aussi comment jeter les bases de la transformation structurelle de la région. La mise en place de conditions qui permettent au secteur privé de créer des emplois et de maintenir la croissance, et le développement de marchés financiers plus profonds sont les éléments principaux de cette transformation.

Investissement dans les infrastructures

Les participants se sont penchés sur une augmentation des investissements publics dans les infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, tout en notant aussi qu’il importe d’éviter le piège du surendettement. Il a été noté qu’une amélioration des infrastructures doit aller de pair avec des politiques sectorielles, par exemple la construction de routes et la libéralisation du secteur des transports.

Les participants ont examiné aussi les avantages potentiels des ressources naturelles. Dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, les industries extractives (forêts, mines) représentent une part élevée de la production et des recettes d’exportation. La hausse des cours des produits de base a profité à la croissance économique et aux exportations de ces pays, et de nouveaux pays exportent aujourd’hui des ressources naturelles. Toutefois, la gestion des recettes tirées de ses ressources peut poser des problèmes dans des environnements où les institutions et la gouvernance sont souvent faibles.

Les participants ont examiné l’importance de la transparence des contrats, ainsi que de la responsabilisation dans le recouvrement des recettes des ressources naturelles et la manière de les dépenser — grâce à un large partage de l’information — pour s’attaquer à ces contraintes de capacités. Parmi les autres questions abordées figuraient les prix de transfert pour les percepteurs des impôts et les possibilités de coopération internationale en la matière, le besoin de stabilité juridique pour les investisseurs, l’importance croissante du respect de l’environnement et de l’offre de solutions de rechange économiques pour les communautés locales affectées par le développement de ressources naturelles, et les besoins croissants de renforcement des capacités de gestion des ressources naturelles.

Accès au crédit

L’accès au crédit reste relativement faible en Afrique subsaharienne : 85 % environ de la population sont exclus du système financier formel. Bien que les entrées de capitaux représentent 11 % du PIB mondial, l’accès au crédit en Afrique est faible, et concentré sur quelques secteurs et parmi quelques grandes entreprises. Près de deux tiers des petites entreprises n’ont pas accès au crédit.

L’ampleur des besoins de développement de la région et de son déficit d’infrastructures, ainsi que l’impact de sa démographie sur ses besoins d’investissement social exigent de disposer de sources de financement fiables. S’inspirant de la réussite du Kenya, les participants sont convenus que la banque mobile constitue un moyen d’inclure les nombreuses personnes qui sont aujourd’hui exclues du système financier.

Les participants ont examiné aussi l’idée de favoriser la création de banques de développement pour financer des projets en faveur de petites et moyennes entreprises, et le développement des marchés des capitaux pour que les titres puissent s’échanger sur le marché secondaire et que les entreprises puissent se financer sur ces marchés en plus du financement bancaire.

Intégration régionale

Il est possible d’améliorer les connaissances financières des petites entreprises et d’approfondir l’intégration régionale, ce qui peut contribuer à résoudre le problème de l’accès au crédit en autorisant la fourniture de services financiers transfrontières.

Les participants ont examiné aussi les problèmes rencontrés par les pays fragiles. Les conflits et la violence représentent encore des obstacles importants au développement dans certains pays d’Afrique subsaharienne, avec des coûts humains et économiques considérables. Les participants ont souligné qu’il importe de protéger les populations les plus vulnérables dans les pays fragiles, et ils ont examiné aussi la possibilité de développer et d’améliorer les structures et les institutions de gouvernance dans un souci d’inclusion.


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