Le Conseil d’administration du FMI conclut les consultations au titre de l’article IV avec la République démocratique du Congo

Note d’information au public (NIP) n° 09/136
Le 16 décembre 2009

Les notes d'information au public (NIP) s’inscrivent dans le cadre des efforts que déploie le FMI pour promouvoir la transparence de ses prises de position et de son analyse de l’évolution et des politiques économiques. Les NIP sont diffusées avec le consentement des pays concernés, à l’issue de l’examen par le Conseil d’administration des rapports sur les consultations au titre de l’article IV avec les pays, de la surveillance de l’évolution économique à l’échelle régionale, du suivi post-programme et des évaluations ex post de la situation des pays membres qui ont mis en œuvre des programmes appuyés par le FMI sur une longue durée. Les NIP sont aussi diffusées à l’issue de l’examen des questions de politique générale par le Conseil d’administration, sauf si le Conseil en décide autrement.

Le 11 décembre 2009, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu les consultations au titre de l’article IV avec la République démocratique du Congo1.

Informations générales

La République démocratique du Congo (RDC) a accompli des progrès considérables sur les fronts social, politique et économique depuis 2001. Pendant la période 2003-06, un gouvernement transitoire a mené une politique macroéconomique prudente qui a permis de rétablir la confiance et de maîtriser l'hyperinflation. Cette politique, conjuguée à des réformes structurelles visant à assouplir l'économie, a contribué à un redressement économique. Sur le front politique, le pays a organisé ses premières élections démocratiques depuis 40 ans, avec pour résultat l'installation d'un gouvernement bénéficiant d'un large soutien au début de 2007.

Cependant, il s'est avéré difficile de maintenir le rythme des réformes économiques. En 2007, les élections, les conflits latents dans les provinces de l'Est du pays et la médiocre gestion des finances publiques ont conduit à des dérapages budgétaires considérables, qui ont entraîné une montée de l'inflation et une dépréciation de la monnaie. Bien que la hausse des prix des exportations de produits de base ait contribué à un redressement vigoureux dans le secteur minier et favorisé une forte croissance économique, un redressement total après des années de conflit reste limité par la dégradation des infrastructures et la faiblesse du cadre réglementaire.

En 2008, la situation économique a été compliquée par la crise financière mondiale et les conflits latents dans les provinces de l'Est. Une détérioration prononcée des termes de l'échange après la crise financière mondiale et des goulets d'étranglement de l'offre (en particulier des pénuries de ciment et d'électricité) ont limité la croissance du PIB réel à 6 % au lieu de 10 % comme prévu. Une accélération des dépenses de sécurité à la fin de l'année sur fond de mauvaise gestion des finances publiques a entraîné aussi des dérapages budgétaires. Il en a résulté une hausse considérable du recours de l'État au financement de la banque centrale, une augmentation de l'excès de liquidités dans l'économie, ainsi qu'une montée de l'inflation et une dépréciation de la monnaie. En 2008, le déficit des transactions extérieures courantes s'est élargi de 14 ½ points du PIB pour avoisiner 16 % du PIB, du fait de la vigueur des importations et de la baisse des prix à l'exportation au deuxième semestre 2008. Les réserves officielles brutes ont atteint un plus bas historique de 30 millions de dollars EU en février 2009, contre 180 millions de dollars EU fin 2007.

Les autorités ont réagi en resserrant la politique macroéconomique en 2009. Elles ont durci la politique budgétaire et réduit le déficit budgétaire. Par ailleurs, la banque centrale a relevé son taux de réescompte en deux étapes de 40 % à 65 % et a accru les ventes de ses effets. Néanmoins, le manque de coordination entre la banque centrale et le Trésor au troisième trimestre de 2009 a entraîné une augmentation de l'excès de liquidités dans l'économie. Dans ces conditions, l'inflation sur un an, qui avait baissé de 55 % en avril à 36 % en juin, est remontée à 53 % en octobre. Cependant, les réserves de change brutes ont augmenté pour atteindre 894 millions de dollars EU fin septembre 2009 du fait du décaissement de l'aide d'urgence du FMI et d'autres partenaires au développement, de la réception de la première tranche de la prime à la signature de l'accord de coopération sino-congolais se, et de l'allocation générale et spéciale de DTS (424,5 millions de DTS). La croissance économique est estimée à 2,7 % en 2009. On estime que le déficit des transactions extérieures courantes s'est creusé pour atteindre 16,4 % du PIB, en raison du fléchissement des prix des exportations de produits de base.

La RDC reste surendettée. L'encours de la dette extérieure est voisin de 13,1 milliards de dollars EU. Fin 2008, la valeur actuelle de la dette extérieure contractée ou garantie par l'État est estimée à 93 % du PIB, soit 150 % des exportations et 502 % des recettes publiques (à l'exclusion des dons), bien au- dessus des seuils de référence. Pour ramener la dette à un niveau soutenable, il faudra que le pays, en plus de mener une politique économique prudente et d'opérer des réformes, reçoive un allégement de la dette au titre de l'initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés et de l'initiative d'allégement de la dette multilatérale. Dans ces conditions, les autorités ont révisé avec leurs contreparties l'accord de coopération sino-congolais pour rendre ce dernier compatible avec l'objectif de viabilité de la dette tout en s'attaquant au déficit d'infrastructure du pays.

Évaluation par le Conseil d’administration

Les administrateurs notent que la politique économique prudente et les réformes structurelles, sur fond de transition pacifique vers un gouvernement élu démocratiquement, ont contribué à favoriser le redressement économique et à maîtriser l'hyperinflation. Néanmoins, le pays continue de faire face à une tâche gigantesque en matière de développement, comme en témoigne la lenteur des progrès réalisés vers les objectifs de la stratégie des autorités pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance. Si les perspectives de croissance à moyen terme sont positives, il reste essentiel de mener une politique économique saine et d'opérer des réformes pour renforcer les fondements de la croissance, diversifier l'économie et améliorer la situation sociale. Les administrateurs soutiennent la stratégie de réforme économique des autorités qui vise à stabiliser la situation macroéconomique, à accroître l'espace budgétaire destiné aux dépenses de lutte contre la pauvreté et de stimulation de la croissance, à améliorer le climat des affaires et à renforcer les capacités institutionnelles.

Les administrateurs soulignent qu'il est essentiel de mener une politique budgétaire prudente et crédible pour assurer la viabilité des finances publiques. Ils encouragent les autorités à faire avancer au plus vite les réformes qui permettront de mobiliser des recettes supplémentaires, notamment en allégeant et en simplifiant le système fiscal, en renforçant le recouvrement des impôts dans le secteur minier et en mettant en place une taxe sur la valeur ajoutée. Les administrateurs soulignent qu'il est nécessaire d'améliorer la gestion des finances publiques en rationalisant les procédures de dépenses, en assurant un meilleur suivi des dépenses de lutte contre la pauvreté, ainsi qu'en accroissant la transparence et la responsabilisation au niveau des dépenses. La décentralisation budgétaire qui est en cours devrait tenir compte des contraintes de capacités institutionnelles au niveau provincial. Les administrateurs appellent aussi à mener une politique salariale prudente. Ils soutiennent l'intention des autorités de plafonner le déficit budgétaire sur la base de l'aide extérieure concessionnelle disponible et notent avec satisfaction que les autorités se sont engagées à ne pas laisser les administrations publiques emprunter au système bancaire à moyen terme.

Les administrateurs soulignent que la politique monétaire doit continuer de privilégier la réduction de l'inflation. Ils encouragent les autorités à améliorer les prévisions de liquidités en collaboration étroite avec le Trésor. Les administrateurs soutiennent l'achèvement de la restructuration en cours de la banque centrale et sa recapitalisation en vue d'accroître sa crédibilité et son indépendance. Ils notent que le régime de change flottant est approprié pour la RDC, car l'économie est relativement ouverte et exposée à des chocs exogènes importants. Les administrateurs encouragent les autorités à limiter leurs interventions sur le marché des changes au lissage des fluctuations à court terme et à la réalisation de l'objectif de réserves de change brutes de la banque centrale.

Les administrateurs notent que la dette extérieure de la RDC sera insoutenable faute d'un allégement substantiel de la dette. Ils encouragent les autorités à appliquer résolument leur programme de politique économique et de réformes structurelles, et à renforcer la gestion de la dette extérieure, en vue d'atteindre le point d'achèvement de l'initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés et d'obtenir un allégement de la dette au titre de l'initiative d'allégement de la dette multilatérale dès que possible. À l'avenir, les autorités devraient s'appuyer sur les dons et une aide très concessionnelle. Les administrateurs notent avec satisfaction la modification récente d'un accord de coopération important dans le secteur minier et les infrastructures, qui limite la garantie de l'État au financement des infrastructures.

Les administrateurs soulignent qu'il est nécessaire d'opérer des réformes structurelles pour améliorer le climat des affaires et favoriser une croissance vigoureuse et soutenue. Ils encouragent les autorités à réformer les entreprises publiques, à simplifier le cadre réglementaire et à exécuter des réformes pour s'attaquer aux faiblesses du système financier et approfondir l'intermédiation financière. Il faudra améliorer la coordination entre les institutions publiques pour progresser sur ces fronts. Les administrateurs notent avec satisfaction que les autorités ont l'intention de mettre en place un organisme indépendant de lutte contre la corruption. Il sera important aussi de reconstruire les infrastructures du pays.


République démocratique du Congo :
principaux indicateurs financiers, 2005–09

 
  2005 2006 2007 2008
Prél.
2009
Est.
 
  (Variation annuelle en pourcentage)

PIB et prix

         

PIB réel

7,9 5,6 6,3 6,2 2,7

Prix à la consommation, fin de période

21,3 18,2 10,0 27,6 48,7
  (Pourcentage du PIB, sauf indication contraire)

Budget de l'administration centrale

         

Total des recettes publiques

11,3 12,9 14,8 18,5 18,0

Total des dépenses publiques

20,3 20,4 18,8 22,7 29,1

Solde budgétaire global (base ordonnancements, y compris dons)

-3,8 0,4 -2,5 -2,3 -3,2

Solde budgétaire global (base caisse, y compris dons)

-10,2 0,3 -3,1 -3,1 -4,8

Balance des paiements

         

Exportations de biens et services

33,4 37,8 65,5 61,3 41,8

Importations de biens et services

44,9 42,6 68,9 76,4 66,4

Solde des transactions courantes, y compris transferts

-10,8 -2,1 -1,5 -15,9 -16,4

Réserves de change brutes (semaines d'importations de biens et services non liées à l'aide)

2,5 1,5 1,5 1,0 9,9
 

Sources : autorités congolaises et estimations des services du FMI.


1 Conformément aux dispositions de l'article IV de ses Statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Une mission des services du FMI se rend dans le pays, recueille des données économiques et financières, et s'entretient avec les responsables nationaux de l'évolution et des politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de cadre aux délibérations du Conseil d'administration. À l'issue de ces délibérations, le Directeur général, en qualité de Président du Conseil d'administration, résume les opinions des administrateurs, et ce résumé est communiqué aux autorités du pays.



DÉPARTEMENT DE LA COMMUNICATION DU FMI

Relations publiques    Relations avec les médias
Courriel : publicaffairs@imf.org Courriel : media@imf.org
Télécopie : 202-623-6220 Télécopie : 202-623-7100