Le Conseil d’administration du FMI conclut les consultations de 2010 au titre de l’article IV avec le Bénin

Note d’information au public (NIP) No. 10/78
Le 21 juin 2010

Les notes d'information au public (NIP) s’inscrivent dans le cadre des efforts que déploie le FMI pour promouvoir la transparence de ses prises de position et de son analyse de l’évolution et des politiques économiques. Les NIP sont diffusées avec le consentement des pays concernés, à l’issue de l’examen par le Conseil d’administration des rapports sur les consultations au titre de l’article IV avec les pays, de la surveillance de l’évolution économique à l’échelle régionale, du suivi post-programme et des évaluations ex post de la situation des pays membres où le FMI a appuyé des programmes sur une longue durée. Les NIP sont aussi diffusées à l’issue de l’examen des questions de politique générale par le Conseil d’administration, sauf si le Conseil en décide autrement.

Le 14 juin 2010, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu les consultations au titre de l’article IV avec le Bénin.1

Informations générales

Après une période de rebond de la croissance au Bénin, la crise économique mondiale a divisé de moitié la croissance du produit intérieure brut (PIB) réel dans ce pays en 2009. Un recul de la demande des exportations, une baisse des prix du coton, et une diminution des entrées d’investissement direct étranger ont fait régresser la croissance du PIB réel de 5 % en 2008 à 2,7 % en 2009. Ce ralentissement a été aggravé par la baisse de la production cotonnière et les inondations dans le sud du pays, tandis que la production agricole non cotonnière et le secteur des transports ont poursuivi leur croissance, sous l’effet de la demande intérieure encouragée par les mesures de relance budgétaire. L’inflation a régressé jusqu’à 2,2 % en moyenne en 2009, par rapport à 8,0% en 2008, grâce à une bonne récolte et à la baisse des prix internationaux des denrées alimentaires et de l’énergie. Une forte baisse du commerce de transit et un ralentissement des exportations de coton ont creusé le déficit du compte courant extérieur hors dons qui s’est établi à 10,8 % du PIB en 2009. Cette évolution, associée à une diminution de l’investissement direct étranger, a entraîné un déficit de la balance des paiements de 1,6 % en 2009, par rapport à un excédent de 1,6 % l’année précedante. Le taux de change effectif réel s’est apprécié en décembre 2009 de 1,1 % en glissement annuel.

Sous l’effet d’une hausse des liquidités, la masse monétaire au sens large a progressé à un taux légèrement supérieur à celui du PIB nominal. A la suite d’une diminution du coefficient de réserves obligatoires de 15 à 9 % en juin 2009, les banques ont augmenté de 11 % leurs crédits au secteur privé fin 2009, malgré une augmentation des emprunts de l’Etat. Simultanément, la qualité des actifs des banques commerciales s’est améliorée : la proportion de prêts improductifs a reculé pour passer de 6,5 % en 2008 à 5,7 % en 2009. Quatre banques, néanmoins, ont encore des fonds propres négatifs, et il convient d’intensifier les mesures correctrices pour s’assurer que toutes les banques respectent les réglementations prudentielles.

Confrontées à un recul des recettes douanières, les autorités ont voulu procéder à une forte relance budgétaire au premier semestre 2009, mais ont été dans l’obligation de resserrer leur politique par la suite en raison de contraintes financières. La mobilisation des recettes a régressé de 1 % du PIB en 2009, suite au ralentissement de la croissance des importations et à l’augmentation des exonérations qui ont fait régresser les recettes douanières de 7 %. Au premier semestre, les dépenses ont augmenté sous l’effet des importantes primes versées aux agents de la fonction publique et d’une forte hausse des dépenses d’investissement. Malgré les efforts déployés pour redresser la situation au cours du second semestre, le déficit budgétaire global (hors dons) a plus que doublé pour passer de 3,5 % du PIB en 2008 à 7,3 % du PIB en 2009. Le déficit a été financé par un appui externe supplémentaire des bailleurs de fonds, des emprunts intérieurs, et un report des engagements de dépenses sur 2010.

La mise en œuvre des réformes structurelles progresse, bien qu’elle accuse quelques retards. Les autorités ont récemment procédé à la privatisation de grandes entreprises publiques, en accordant notamment la concession d’exploitation du terminal à conteneurs du Port de Cotonou à un exploitant privé. Le processus de cession d’une participation majoritaire dans la société Benin Telecom a été lancé et devrait être achevé dans le courant du troisième trimestre 2010. La société nationale d’électricité est en cours de restructuration en prévision de sa privatisation prévue pour fin 2011. L’administration fiscale et douanière et la gestion des finances publiques sont en cours d’amélioration.

Les perspectives à court terme sont relativement faibles pour le Bénin. Le PIB réel devrait connaître un taux de croissance de 3,2 % en 2010, sur la base d’une relance budgétaire modérée pour soutenir l’activité économique. L’inflation devrait rester inférieure à 3 % — critère de convergence établi par l’Union économique et monétaire Ouest Africaine. Les autorités sont déterminées à poursuivre une politique budgétaire plus prudente en 2010, pour procéder à un léger ajustement du déficit budgétaire global et le ramener à 5,9 % du PIB. La masse salariale de l’Etat devra être contenue de façon à laisser une marge de manœuvre budgétaire suffisante pour les dépenses prioritaires d’investissement et dans le domaine social. Le programme de réformes structurelles facilitera la création de cet espace budgétaire en incluant des mesures plus poussées pour renforcer la mobilisation des recettes et la gestion des finances publiques. Les efforts se poursuivent pour améliorer encore la compétitivité extérieure et le climat des affaires, notamment en réhabilitant les infrastructures, en renforçant l’administration douanière, et en modernisant l’administration publique; ainsi qu’en préparant des réformes de seconde génération pour améliorer le régime foncier et des droits de propriété, ainsi que les systèmes financiers et judiciaires.

Évaluation par le Conseil d’administration

Les administrateurs du FMI constatent que l’économie du Bénin a subi le contrecoup de la crise économique mondiale, entraînant un net ralentissement de la croissance et un important déficit budgétaire global en 2009. Ils font également remarquer que la performance économique du Bénin souffre du gonflement de la masse salariale de l’Etat et des progrès inégaux dans la mise en œuvre des réformes structurelles. Les principaux défis à relever dans les années à venir vont être de contenir les effets de la crise à court terme tout en réduisant les déséquilibres budgétaires et externes et en donnant un nouvel élan à une croissance durable et à la lutte contre la pauvreté à moyen terme. Les administrateurs encouragent les autorités à rallier le soutien nécessaire auprès de leurs principaux interlocuteurs pour assurer le succès de la mise en œuvre de leur programme de réforme, en particulier dans les domaines essentiels que sont les finances publiques et les réformes structurelles.

Les administrateurs du FMI notent que la croissance restera vraisemblablement faible en 2010. Même si la possibilité existe de procéder à une relance budgétaire pour soutenir la reprise naissante, ils insistent sur la nécessité de mettre en œuvre le budget 2010 avec prudence conformément au programme appuyé par la Facilité élargie de crédit. De très importants ajustements seront nécessaires à moyen terme pour préserver la viabilité de la dette et des finances publiques. La croissance de la masse salariale, en particulier, devra être maîtrisée afin d’assurer une marge de manœuvre budgétaire pour procéder aux dépenses prioritaires, réduire les déséquilibres sur le marché du travail, et améliorer la compétitivité externe. Les administrateurs invitent les autorités à résister aux pressions sur les dépenses à l’approche des élections de 2011. Ils soulignent qu’il est essentiel d’entreprendre la réforme complète de la fonction publique qui n’a que trop attendu, afin d’améliorer l’efficience des prestations de services publics et de maintenir les dépenses dans les limites de la viabilité du budget.

Les administrateurs se félicitent de l’engagement pris par les autorités d’améliorer les administrations fiscale et douanière et d’élargir la base de l’impôt. Constatant les retards pris pour réformer la gestion des finances publiques, ils prient instamment les autorités d’accélérer leurs efforts de réforme pour améliorer l’administration de la dépense, avec notamment la mise en œuvre du nouveau code des marchés publics.

Les administrateurs soulignent l’importance de parvenir à une croissance plus forte et durable en appliquant le programme de réformes structurelles des autorités pour pouvoir progresser vers la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement. Ces réformes ambitieuses contribueront également à réduire la vulnérabilité du Bénin aux chocs exogènes, à améliorer le climat des affaires, et à inverser la tendance, constatée récemment, à l’érosion de la compétitivité externe du Bénin.

Les administrateurs constatent avec satisfaction les progrès réalisés dans le processus de privatisation des secteurs du coton et des entreprises d’utilité publique. Ils encouragent les autorités à poursuivre la privatisation prévue de la société Bénin Telecom et la mise en place d’un cadre réglementaire pour le secteur de l’électricité. Les administrateurs félicitent les autorités de leur intention d’épargner le produit des privatisations pour l’utiliser, après consultation avec les services du FMI, en vue de financer des projets présentant un taux de rendement social élevé. Les réformes de seconde génération pour améliorer le régime foncier et des droits de propriété ainsi que les systèmes financiers et judiciaires seront également essentielles pour améliorer le climat des affaires.

Les administrateurs encouragent les autorités à poursuivre le renforcement du contrôle bancaire et à continuer à veiller à un respect plus strict des ratios prudentiels, tout en renforçant l’application d’un cadre réglementaire pour régir le secteur de la microfinance. Ils attendent avec intérêt la prochaine revue du Programme d’évaluation du secteur financier qui devrait aider les autorités à renforcer encore leur structure de contrôle.


Bénin : principaux indicateurs économiques

 
  2007 2008 2009 2010
 
  (Variations annuelles en pourcentage)

Recettes et prix

       

PIB réel

4,6 5,0 2,7 3,2

Prix à la consommation (moyenne)

1,3 8,0 2,2 2,5

Taux de change effectif réel (- = dépréciation)

0,8 5,0 1,1
  (Variations en pourcentage de la masse monétaire au sens large en début de période)

Monnaie et crédit

       

Avoirs extérieurs nets

18,6 3,3 -0,9 2,3

Masse monétaire au sens large

17,7 28,8 6,2 5,4

Crédit à l’économie, hors secteur public

13,0 13,0 5,70 3,6

Crédit net à l’administration centrale

-14,4 11,4 6,6 -0,4
  En pourcentage du PIB

Investissement et épargne

       

Investissement intérieur brut

21,4 20,8 24,8 25,1

Épargne nationale brute

11,3 12,8 16,3 17,2
         

Secteur extérieur

       

Solde des transactions courantes (dons exclus)

-10,8 -9,0 -10,8 -9,7

Balance globale des paiements

3,2 1,6 -1,6 -0,1
         

Solde de l’administration centrale

       

Recettes

20,6 19,4 18,4 20,6

Total des dépenses et capacité de financement

23,4 22,9 25,7 26,5

Solde budgétaire primaire

-1,2 -3,1 -6,8 -5,1

Solde budgétaire global 1/

-2,8 -3,5 -7,3 -5,9
 

Sources : autorités béninoises, et calculs et estimations des services du FMI.

1/ Sur la base des ordonnancements.

       

1 Conformément aux dispositions de l'article IV de ses Statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Une mission des services du FMI se rend dans le pays, recueille des données économiques et financières, et s'entretient avec les responsables nationaux de l'évolution et des politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de cadre aux délibérations du Conseil d'administration. À l'issue de ces délibérations, le Directeur général, en qualité de Président du Conseil d'administration, résume les opinions des administrateurs, et ce résumé est communiqué aux autorités du pays.



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