Le Conseil d’administration du FMI conclut les entretiens de 2012 sur les politiques communes des États membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine

Note d’information au public (NIP) n° 12/29
Le 22 mars 2012

Lesnotes d'information au public (NIP) s’inscrivent dans le cadre des efforts que déploie le FMI pour promouvoir la transparence de ses prises de position et de son analyse de l’évolution et des politiques économiques. Les NIP sont diffusées avec le consentement des pays concernés, à l’issue de l’examen par le Conseil d’administration des rapports sur les consultations au titre de l’article IV avec les pays, de la surveillance de l’évolution économique à l’échelle régionale, du suivi post-programme et des évaluations ex post de la situation des pays membres où le FMI a appuyé des programmes sur une longue durée. Les NIP sont aussi diffusées à l’issue de l’examen des questions de politique générale par le Conseil d’administration, sauf si le Conseil en décide autrement. Le rapport des services du FMI (veuillez utiliser le logiciel gratuit Adobe Acrobat Reader pour consulter ce fichier pdf) pour les entretiens annuels sur les politiques communes des États membres de l’UEMOA est disponible aussi.

Le14 mars 2012, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu les entretiens annuels1 sur les politiques communes des États membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA)2.

Informations générales

2011 a été une année difficile pour l'UEMOA. La Côte d'Ivoire a connu une crise politique et un conflit armé pendant quelques mois après les élections présidentielles organisées en novembre 2010. La crise a été l'aboutissement d'une décennie d'instabilité politique dans le pays, qui a eu des conséquences importantes pour son développement. La crise a pris fin en avril 2011 lorsque le Président Ouattara (qui a gagné l'élection) a pris le contrôle du pays, mais elle a eu de graves répercussions sur l'économie nationale. Par la suite, le nouveau gouvernement a engagé un ambitieux programme de redressement tiré par l'investissement. La hausse des prix de l'alimentation et des combustibles au début de 2011 a eu des répercussions économiques et sociales majeures sur les pays du l'UEMOA. Le second semestre de 2011 a été marqué par une sécheresse qui a touché gravement la production de céréales dans les pays du Sahel, mais aussi par une amorce de ralentissement de l'économie mondiale.

La croissance régionale en 2011 (0,9 %) a souffert de la crise ivoirienne et de la sécheresse dans les pays du Sahel. L'activité économique en Côte d'Ivoire s'est contractée vivement au début de 2011 en raison de la crise : le PIB annuel a diminué de 5,8 %, selon les estimations, en dépit du redressement qui a suivi. La sécheresse a lourdement pesé sur la production de céréales au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Sénégal, avec des baisses de production de 15 à 27 % selon les estimations. En conséquence, la croissance dans ces pays a fortement souffert. En outre, le déficit de production de ces cultures vivrières traditionnelles expose des millions de personnes dans la région à l'insécurité alimentaire.

Les prix des combustibles et des produits alimentaires ont beaucoup influé sur l'inflation régionale. La montée en flèche des prix internationaux des combustibles et des produits alimentaires a fait culminer l'inflation au printemps de 2011. Leur recul ultérieur s'est accompagné d'une baisse rapide de l'inflation en glissement annuel, qui était inférieure à 3 % en fin d'année. En moyenne, la hausse annuelle des prix à la consommation est estimée à 3,6 % en 2011.

Le déficit budgétaire global de la région (hors dons) s'est creusé en 2011. Selon les estimations, il est passé de 5,5 % du PIB en 2010 à 7,9 % du PIB, principalement à cause des retombées de la crise en Côte d'Ivoire. Parmi les autres facteurs figurent la hausse des subventions au secteur électrique au Sénégal, l’utilisation des recettes de privatisation pour des projets d'investissement au Mali et la baisse des recettes fiscales au Bénin. Selon les estimations, la dette publique moyenne est restée voisine de 42 % du PIB en 2011.

Le déficit des transactions extérieures courantes de la région a augmenté pour s'établir aux environs de 6 % du PIB en 2011. Cette hausse (par rapport à 5 % du PIB en 2010) s'explique en partie par la dégradation des termes de l'échange, la baisse des envois de fonds des travailleurs expatriés et l'augmentation des importations liées à la reconstruction en Côte d'Ivoire, aux industries extractives au Burkina Faso et au Niger, et à la hausse des prix de l'alimentation et des combustibles. Cependant, grâce à la vigueur des entrées de capitaux, les réserves de change de l'UEMOA ont augmenté pour avoisiner six mois d'importations (hors commerce intra-UEMOA) à la fin de 2011.

Les progrès en matière de convergence ont été mitigés. Alors que tous les pays remplissaient le critère d’inflation en 2010, seule une minorité d’entre eux le remplissait encore en 2011, en raison de la hausse des prix internationaux de l'alimentation et des combustibles. La majorité des pays ne remplissait pas le critère relatif au déficit budgétaire en 2011. Par contre, des progrès ont été accomplis en ce qui concerne le critère d’endettement, grâce à l'allégement de dette accordé au Togo et à la Guinée-Bissau dans le cadre de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) et de l'Initiative d'allégement de la dette multilatérale (IADM).

Évaluation par le Conseil d’administration

Les administrateurs félicitent les autorités régionales de leur bonne gestion macroéconomique, qui a permis de contenir l'inflation et de préserver la stabilité financière dans toute la région en 2011 en dépit de la crise politique en Côte d'Ivoire au début de l'année, de la forte hausse des prix internationaux de l'alimentation et des combustibles, ainsi que d'une grave sécheresse dans les pays du Sahel. Cependant, ils notent que les progrès en matière de convergence ont été mitigés, et que des risques de dégradation subsistent étant donné la crise en Europe et la sécheresse actuelle au Sahel. Des mesures appropriées devront être prises sur le plan macroéconomique si ces risques se matérialisent. À moyen terme, il sera essentiel d'améliorer le cadre de politique macroéconomique, de s'attaquer aux faiblesses structurelles fondamentales, de consolider la stabilité de l'union en tirant parti de l'expérience dans la zone euro et de renforcer la surveillance régionale.

Les administrateurs soulignent qu'il est nécessaire de réduire le déficit budgétaire de la région à moyen terme afin de préserver la stabilité des finances publiques, tout en accordant l'attention voulue aux besoins urgents de la région en matière d'infrastructures. Ils notent avec satisfaction l'examen en cours du critère de convergence relatif à la dette et proposent d'envisager une stratégie plus globale en ce qui concerne la viabilité des finances publiques. Les administrateurs engagent les pays membres à appliquer promptement les directives relatives à la gestion des finances publiques, à maîtriser les traitements et salaires, à opérer de larges réformes fiscales et à remplacer les subventions aux prix du pétrole par des dispositifs de sécurité sociale bien ciblés et adaptés au contexte régional.

Les administrateurs sont d'avis que l'orientation de la politique monétaire est dans l'ensemble appropriée. Cependant, ils soulignent qu'il est nécessaire de renforcer le système de gestion et de prévision des liquidités, ainsi que d'accélérer la mise en oeuvre des réformes du marché interbancaire qui sont prévues. Les administrateurs conviennent que les réserves de change sont adéquates et que le taux de change réel pour l'ensemble de la région semble plus ou moins correspondre aux paramètres économiques fondamentaux dans la région.

Les administrateurs jugent encourageant le fait que les tests de résistance indiquent que le secteur financier régional est résilient. Néanmoins, il convient de renforcer encore la réglementation et le contrôle prudentiels, et de les aligner sur les meilleures pratiques internationales, ainsi que de mettre en place un système plus formel pour la gestion des crises. Il faut continuer d'appliquer vigoureusement les recommandations du Programme d’évaluation du secteur financier (PESF). . Les administrateurs appellent aussi à redoubler d'efforts pour développer le secteur financier afin d'atténuer les contraintes de financement intérieur et de soutenir la croissance.

Les administrateurs engagent les autorités à accélérer l'intégration régionale. À cet effet, il faudrait redynamiser les politiques régionales, veiller à ce qu'elles soient appliquées intégralement et renforcer la coordination entre les pays membres. Parmi les priorités en matière de réforme figurent l'élimination des obstacles au commerce intra-régional et à la mobilité des facteurs, l'amélioration du climat des affaires afin de rehausser la compétitivité hors prix et le développement des infrastructures régionales

Les administrateurs prennent note avec intérêt des mesures que les autorités ont prises pour améliorer la transparence et l'information, et les engagent à poursuivre sur cette voie. Ils recommandent d'établir régulièrement des indicateurs de solidité financière et de les publier en temps voulu.

Les vues exprimées par les administrateurs feront partie intégrante des entretiens prévus dans le cadre des consultations au titre de l’article IV avec chaque État membre de l’UEMOA jusqu’au prochain examen des politiques communes de l’Union par le Conseil d’administration.


Tableau 1. UEMOA: principaux indicateurs économiques et financiers, 2008—2016
 

 

2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016

 

      Est. Proj. Proj. Proj. Proj. Proj.
 
  ((Variation annuelle en pourcentage)

Revenu national et prix

                 

PIB à prix constants

4,2 2,9 4,6 0,8 7,0 5,6 5,8 5,7 5,7

hors Côte d'Ivoire

4,9 2,6 5,5 3,2 6,5 5,5 5,8 5,8 5,9

PIB par habitant à prix constants

1,4 0,2 1,8 -1,9 4,1 2,8 3,0 2,9 2,9

hors Côte d'Ivoire

2,2 0,0 2,8 0,5 3,7 2,8 3,0 3,1 3,1

Monnaie au sens large/PIB

-3,5 9,5 8,9 6,6

Prix à la consommation (moyenne)

7,4 0,4 1,4 3,8 3,6 2,5 2,5 2,4 2,4

Termes de l'échange

12,0 4,0 -4,5 1,3 2,8 1,8 -0,1 0,9 0,8

Taux de change effectifs nominaux

3,4 0,9 -4,3 1,7

Taux de change effectifs réels

5,8 0,2 -6,4 0,9
  (Pourcentage du PIB)

Comptes nationaux

                 

Épargne intérieure brute

12,8 15,5 13,5 13,5 13,5 13,8 14,6 15,3 15,9

Investissement intérieur brut

19,8 18,6 19,1 19,3 20,9 21,6 21,7 22,2 22,5

Dont : investissement public

5,9 7,1 6,6 7,0 8,2 8,5 8,6 8,6 8,7

Déficit de ressources

-7,0 -3,1 -5,5 -5,7 -7,5 -7,8 -7,1 -6,9 -6,6
  (Variations annuelles en pourcentage de la monnaie au sens large en début de période)

Monnaie et crédit 1

                 

Avoirs extérieurs nets

0,3 5,8 3,1 5,5

Avoirs intérieurs nets

12,4 10,8 14,6 8,9

Monnaie au sens large

9,0 14,7 15,7 12,7
  (Pourcentage du PIB, sauf indication contraire)

Opérations financières de l'État

                 

Total des recettes publiques, hors dons

17,6 17,4 18,0 16,5 18,3 18,7 19,0 19,2 19,4

Dépenses publiques

22,4 23,9 23,5 24,4 25,3 25,4 25,3 25,2 25,1

Solde budgétaire global, hors dons

-4,8 -6,5 -5,5 -7,9 -7,0 -6,6 -6,3 -6,0 -5,7

Dons officiels

2,9 3,0 2,3 3,1 3,0 3,1 3,1 3,1 3,1

Solde budgétaire global, dons compris

-1,9 -3,5 -3,2 -4,8 -3,9 -3,5 -3,1 -2,8 -2,7

Solde budgétaire de base, dons et PPTE compris

-1,8 -1,3 -0,8 -2,5 -1,9 -1,3 -0,9 -0,7 -0,5

Secteur extérieur

                 

Exportations de biens et services 2

22,1 26,6 27,7 29,0 29,0 28,4 27,7 27,1 26,9

Importations de biens et services 2

35,8 32,0 34,8 36,8 37,9 37,1 35,8 34,9 34,3

Solde des transactions courantes (hors dons)

-8,7 -5,7 -6,8 -7,7 -9,2 -9,2 -8,5 -8,3 -7,9

Solde des transactions courantes (dons compris) 3

-7,1 -3,6 -4,9 -5,7 -7,4 -7,7 -7,1 -6,9 -6,6

Dette publique extérieure

33,8 35,6 32,3 32,2 32,6 32,8 33,3 33,0 32,4

Monnaie au sens large

29,5 32,3 35,2 37,5

Pour mémoire

                 

PIB nominal (milliards de FCFA)

31 205 32 551 34 660 35 977 39 800 42 988 46 490 50 162 54 169,7

PIB nominal par habitant (dollars EU)

750 722 713 757 754 791 828 865 905

Franc CFA/dollars EU, moyenne

448 472 495 471

Euro/dollar EU, moyenne

0,68 0,72 0,76 0,72

Ratio de couverture des réserves de change 4

96,8 98,9 99,9 97,2

Réserves en mois d'importations

                 

(hors importations intra-UEMOA)

5,7 6,2 6,3 6,2 6,0 6,1 6,1 6,0 8,0
 

Sources : FMI, base de données du Département Afrique; Perspectives de l'économie mondiale; estimations des services du FMI.

1Les estimations de 2011 correspondent à la variation annuelle à fin octobre 2011, et le début de période à fin octobre 2010.

2 Hors commerce intra-régional estimé par la BCEAO jusqu'en 2013.

3 Les données jusqu'en 2010 sont corrigées par la BCEAO de manière à tenir compte des discordances dans le commerce intra-régional.

4 Réserves officielles brutes divisées par engagements intérieurs à court terme (définition du FMI). En 2011, l'estimation correspond à fin octobre.


1 Conformément aux dispositions de l'article IV de ses statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Dans le cadre des entretiens qui ont lieu pour les consultations bilatérales au titre de l’article IV, les services du FMI s’entretiennent de manière distincte chaque année avec les institutions régionales chargées des politiques communes des pays de quatre unions monétaires — la zone euro, l’Union monétaire des Caraïbes orientales, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale et l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Une mission du FMI se rend auprès des institutions de chacune des unions monétaires chargées des politiques communes pour recueillir des informations économiques et financières et s’entretenir avec leurs dirigeants de l’évolution et des politiques économiques de l’union. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui est soumis à l’examen du Conseil d’administration. Les entretiens menés par les services du FMI avec les institutions régionales et l’examen du rapport annuel des services par le Conseil sont considérés comme faisant partie intégrante des consultations au titre de l’article IV avec chaque État membre. À l’issue de cet examen, le Directeur général, en qualité de Président du Conseil d’administration, résume les opinions des administrateurs et son résumé est communiqué aux autorités. Pour une explication des termes convenus communément utilisés dans les résumés du Conseil d’administration, voir : http://www.imf.org/external/french/np/sec/misc/qualifiersf.htm.

2 Les pays membres de l’UEMOA sont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.



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