Les perspectives économiques régionales du FMI pour l'Europe pointent la nécessité de réformes financières, budgétaires et structurelles pour mettre fin aux turbulences actuelles et soutenir la croissance

Communiqué de presse n° 07/252
12 novembre 2007

Le Fonds monétaire international (FMI) publie aujourd'hui le premier numéro des Perspectives économiques régionales : Europe, dans lequel il prévoit un léger ralentissement de l'activité pour l'ensemble des pays de la région1, avec un taux de croissance corrigé de l'inflation qui reviendrait à 3,2 % en 2008, après avoir atteint 3,7 % en 2007, à condition que les remous actuels sur les marchés financiers se dissipent. La croissance dans les pays européens émergents resterait assez robuste, à 5,7 % en 2008.

M. Michael Deppler, Directeur du Département Europe du FMI, présente ci-dessous les principales conclusions de ce nouveau rapport :

«Les turbulences financières ont touché l'Europe à un moment où la croissance prenait de l'élan. Des politiques saines, un environnement mondial favorable et une intégration financière et commerciale de plus en plus poussée ont créé une situation où les dividendes de la croissance dans les pays avancés et les bienfaits de la convergence dans les pays émergents sont on ne peut plus évidents. Les prévisions laissent entrevoir un ralentissement de la croissance en 2008, à un niveau qui reste néanmoins assez soutenu, mais aussi une plus grande incertitude et le risque que les remous financiers — s'ils devaient persister — ne viennent assombrir ces perspectives.

«Face à l'agitation des marchés financiers, une réponse équilibrée consisterait à s'attaquer d'emblée au problème, tout en s'appliquant parallèlement à remettre en ordre les finances publiques et à faire avancer les réformes structurelles, en particulier dans le secteur financier, pour rendre l'Europe moins vulnérable, améliorer son rythme de croissance à moyen terme et tenir les promesses de la convergence dans les pays émergents.

«Les banques centrales devront rester prêtes à venir en aide aux marchés financiers. Jusqu'à présent, elles ont plutôt bien réagi à la déstabilisation des marchés du crédit, mais toutes les tensions n'ont pas encore disparu. Les pouvoirs publics vont aussi devoir surveiller de près les conséquences des turbulences actuelles pour l'activité réelle et l'inflation. Dans les pays avancés, il semble préférable, tout bien considéré, de ne pas modifier pour le moment l'orientation de la politique monétaire. Mais bon nombre de pays émergents, en revanche, qui ont été largement épargnés par les turbulences mais qui sont aujourd'hui confrontés à des tensions inflationnistes et à d'importants déséquilibres extérieurs, ne pourront faire l'économie d'un nouveau resserrement budgétaire et monétaire.

«Les turbulences financières actuelles ont souligné la nécessité de réformer le secteur financier. Elles ont montré que, dorénavant, les dispositifs de contrôle prudentiel publics et privés devront évoluer plus en phase avec l'innovation financière. La tendance des nouveaux produits financiers à exploiter les failles de ces dispositifs pose effectivement un problème dont il va falloir s'occuper. Il n'en reste pas moins que l'innovation financière a été et restera d'un précieux secours pour améliorer les performances à moyen terme. Si l'Europe veut pouvoir tirer avantage de cette dynamique sans encourir de risques excessifs, elle devra donc agir dans deux directions, à savoir, d'une part, moderniser les dispositifs prudentiels, les filets de sécurité financiers et les mécanismes de résolution des crises et, de l'autre, adopter de nouvelles réformes pour laisser la concurrence s'exercer librement entre les diverses formes d'intermédiation financière et tirer parti de leurs effets de synergie.

«Outre le problème des turbulences financières, le rééquilibrage des finances publiques et les réformes structurelles doivent rester des priorités. Malgré les bons résultats économiques, les efforts d'ajustement budgétaire se sont relâchés, trahissant la tendance de l'Europe à gaspiller les dividendes budgétaires d'une croissance vigoureuse. Il y a pourtant d'excellentes raisons de maintenir le cap de l'ajustement budgétaire, à commencer par les pressions que le vieillissement démographique exerce sur la dépense publique en Europe. De plus, de nombreux pays avancés ont besoin d'une plus grande marge de man_uvre budgétaire pour pouvoir faire face à d'éventuels replis de l'activité. Et dans les pays européens émergents, le rééquilibrage des finances publiques est important pour atténuer les pressions sur la demande qui découlent de la convergence et les risques que représente l'augmentation rapide de l'endettement extérieur du secteur privé.

«Les réformes structurelles qui ont été mises enœuvre en Europe ont porté leurs fruits, mais, dans l'ensemble, les rigidités structurelles restent un point faible et la plupart des pays européens avancés sont encore loin d'avoir comblé l'écart qui les sépare des États-Unis en termes de PIB par habitant. Pourtant, comme le montrent les résultats des économies les plus performantes, il n'y a que des avantages à attendre d'une plus grande flexibilité du marché du travail et d'un renforcement de la concurrence. Pour assurer la viabilité de la convergence, les pays émergents devront faire un effort particulier pour renforcer la contestabilité de leur marché intérieur et améliorer l'environnement qu'ils offrent aux entreprises.

«Gérer avec efficacité la financiarisation rapide de l'économie demeure un défi de taille pour les pays émergents d'Europe. En plus des mesures générales de restriction budgétaire qui s'imposent, ils devront pour cela éliminer les distorsions d'origine fiscale et autres qui ont contribué à l'expansion fulgurante du crédit, renforcer les contrôles prudentiels et favoriser à la fois une meilleure compréhension et une plus large divulgation des risques. D'autre part, pour que la correction inévitable des larges déséquilibres extérieurs qui ont accompagné la convergence puisse s'opérer en douceur, il faudra laisser les ressources s'orienter librement vers les investissements productifs dans le secteur des biens échangeables, ce qui nécessitera un assouplissement des marchés du travail et des capitaux et un renforcement des systèmes financiers. De façon plus générale, tous les pays émergents d'Europe ont beaucoup à gagner, en termes d'efficience et de résilience, à favoriser le développement de leur secteur financier.

«En fin de compte, l'Europe se trouve confrontée à des facteurs d'incertitude imprévus. Pour traverser cet épisode sans trop de mal et créer les conditions d'une croissance soutenue à moyen terme, les responsables de la politique économique ne devraient pas perdre de vue — face aux turbulences financières — les progrès qui restent à accomplir dans les domaines où une action s'impose de longue date, à savoir le rééquilibrage des finances publiques et les réformes structurelles, notamment dans le secteur financier.»


Tableau 1. Pays d'Europe - Croissance réelle du PIB, 2006-08
 
  Croissance du PIB réel
  2006 2007 2008
 

Europe1

3.8 3.7 3.2

Pays avancés d'Europe1

2.9 2.7 2.2

Pays émergents d'Europe1,2

6.6 6.3 5.7

Union européenne1

3.2 3.0 2.5

Zone euro

2.8 2.5 2.1

Allemagne

2.9 2.4 2.0

Autriche

3.3 3.3 2.5

Belgique

3.0 2.6 1.9

Espagne

3.9 3.7 2.7

Finlande

5.0 4.3 3.0

France

2.0 1.9 2.0

Grèce

4.3 3.9 3.6

Irlande

5.7 4.6 3.0

Italie

1.9 1.7 1.3

Luxembourg

6.2 5.4 4.2

Pays-Bas

3.0 2.6 2.5

Portugal

1.3 1.8 1.8

Slovénie

5.7 5.4 3.8

Autres pays avancés de l'UE

     

Danemark

3.5 1.9 1.5

Royaume-Uni

2.8 3.1 2.3

Suède

4.2 3.6 2.8

Nouveaux membres de l'UE1

6.4 6.1 5.2

Bulgarie

6.1 6.0 5.9

Chypre

3.8 3.8 3.7

Hongrie

3.9 2.1 2.7

Malte

3.3 3.2 2.6

Pologne

6.1 6.6 5.3

Roumanie

7.7 6.3 6.0

République slovaque

8.3 8.8 7.3

République tchèque

6.4 5.6 4.6

Estonie

11.2 8.0 6.0

Lettonie

11.9 10.5 6.2

Lituanie

7.5 8.0 6.5

Pays avancés non membres de l'UE

     

Islande

2.6 2.1 -0.1

Israël

5.2 5.1 3.8

Norvège

2.8 3.5 3.8

Suisse

3.2 2.4 1.6

Autres pays émergents

     

Albanie

5.0 6.0 6.0

Bélarus

9.9 7.8 6.4

Bosnie-Herzégovine

6.0 5.8 6.5

Croatie

4.8 5.6 4.7

Macédoine, ex-Rép. yougoslave de

3.0 5.0 5.0

Moldova

4.0 5.0 5.0

Russie

6.7 7.0 6.5

Serbie

5.7 6.0 5.0

Turquie

6.1 5.0 5.3

Ukraine

7.1 6.7 5.4
 

Source : FMI, Perspectives de l'économie mondiale.

1Moyenne pondérée par le PIB PPA.

2Le Monténégro ne fait pas encore partie de la base de données des Perspectives de l'économie mondiale.


1 Albanie, Autriche, Bélarus, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Chypre, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Israël, Italie, Kosovo, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, ex-République yougoslave de Macédoine, Malte, Moldova, Monténégro, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Roumanie, Russie, Saint-Marin, Serbie, Slovénie, Suède, Suisse, Turquie, Ukraine, Royaume-Uni, zone Euro.



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