Déclaration de la Mission du FMI à Tunisie

Communiqué de presse no 08/148
le 23 juin 2008

Une mission du Fonds Monétaire International (FMI), dirigée par M. Abdelhak Senhadji, a séjourné à Tunis du 27 mai au 9 juin 2008 dans le cadre des consultations régulières au titre de l'Article IV des statuts du FMI, requérant une revue annuelle des politiques économiques de tous les pays membres du FMI.

La mission a fait la déclaration suivante à Tunis, le 9 juin 2008:

« Les discussions ont porté sur les politiques économiques et les perspectives économiques à court et moyen terme. La mission a bénéficié de discussions sur un vaste nombre de sujets avec S.E. M. T. Baccar, Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, de même qu'avec S.E. M. R. Kechiche, Ministre des Finances, S.E. M. N. Jouini, Ministre du Développement et de la Coopération Internationale, S.E. M. A. Chelbi, Ministre de l'Industrie, de l'Énergie et des PME, S.E. M. A. Chaouch, Ministre des Affaires Sociales, de la Solidarité et des Tunisiens à l'Étranger, S.E. M. R. Touiti, Ministre du Commerce et de l'Artisanat, S.E. M.K. Lajimi, Ministre du Tourisme, S.E. M. Bouden, Secrétaire d'Etat auprès du ministre des Finances, S.E. M. A. Daâloul, Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Agriculture et des Ressources hydrauliques, et S.E. M. A. Triki, Secrétaire d'Etat auprès du ministre du Développement et de la Coopération internationale. La mission a également rencontré d'autres membres du gouvernement et de l'administration, les représentants du secteur bancaire et du monde des affaires, ainsi que les partenaires sociaux. Les services du FMI tiennent à remercier vivement les autorités tunisiennes pour leur excellente collaboration et la haute qualité des discussions, leur accueil chaleureux habituel et leur disponibilité entière.

« La bonne gestion de l'économie et la politique sociale continuent de porter leurs fruits, notamment à travers une accélération de la croissance, une amélioration des indicateurs sociaux et la préservation des grands équilibres macroéconomiques.

« La Tunisie a enregistré une excellente performance économique en 2007. La croissance du PIB réel s'est accélérée pour atteindre 6,3 %, contribuant à la diminution du chômage. La politique monétaire prudente de la BCT a permis de réduire l'inflation à 3,1 %, bien qu'elle se soit accélérée récemment surtout en raison de nouvelles flambées des cours mondiaux des produits alimentaires et pétroliers. Le déficit du compte courant s'est creusé passant de 2 % du PIB en 2006 à 2,6 % en 2007, dû essentiellement à une détérioration des termes de l'échange, mais demeure soutenable. Il a toutefois été amplement financé par les investissements directs étrangers qui ont par ailleurs permis aux réserves internationales d'atteindre un peu plus de 8½ milliards de dollars EU à la fin du premier trimestre de 2008. Le déficit budgétaire a été maintenu dans la limite de la cible de 3 % du PIB fixée pour 2007 en dépit de l'augmentation des subventions liées aux produits alimentaires et pétroliers. La politique budgétaire prudente et l'utilisation d'une partie du produit des privatisations ont contribué à réduire la dette publique de 53,9 % du PIB en 2006 à 50,9 % en 2007.

« La politique dynamique des autorités a permis de renforcer davantage la solidité du système bancaire grâce notamment à une baisse du taux de créances classées en pourcentage des créances totales de 19,3 % en 2006 à 17,3 % en 2007, et une augmentation du taux de provisionnement de 49,2 % en 2006 à 53,8 % en 2007.

« La conjoncture internationale difficile devrait quelque peu ralentir l'activité économique, mais les perspectives restent encourageantes. La croissance du PIB réel en 2008 resterait relativement forte à 5,5 %. L'inflation pourrait se situer aux alentours de 5 %. La flambée des cours mondiaux de produits alimentaires et pétroliers va augmenter de façon sensible les subventions. Toutefois, le déficit budgétaire pourrait être maintenu dans la limite de 3 % du PIB prévue par la loi de finances. Le déficit du solde des transactions courantes augmenterait entre 3 % et 3,5 % du PIB à cause du renchérissement des produits alimentaires et pétroliers. Les perspectives à moyen terme restent favorables. Les mégaprojets devraient soutenir la croissance. Vu leur envergure, il est souhaitable de les intégrer rapidement dans le cadre macroéconomique à moyen terme pour pouvoir mieux gérer leur impact et maîtriser les risques potentiels, particulièrement ceux associés aux projets immobiliers.

« Le défi principal actuel est de limiter l'impact de la flambée des prix internationaux des produits alimentaires et pétroliers et des perturbations financières mondiales sur l'inflation et la croissance afin de réduire davantage le taux de chômage encore relativement élevé, notamment chez les jeunes diplômés. Ceci nécessite la poursuite des réformes structurelles et la préservation des équilibres macroéconomiques. Dans ce but, la mission estime que la politique monétaire prudente poursuivie par la Banque Centrale est appropriée mais pourrait nécessiter un resserrement supplémentaire si les pressions inflationnistes devaient s'intensifier. La politique monétaire devrait aussi s'appuyer sur une politique de change plus flexible. Les autorités sont confrontées à un arbitrage délicat entre le besoin de maintenir le pouvoir d'achat des Tunisiens face à la flambée des prix internationaux des produits alimentaires et pétroliers et préserver la viabilité des finances publiques à moyen et long terme. Vu l'augmentation très rapide des subventions directes et indirectes liées à ces produits, que les autorités estiment actuellement à 7,1 % du PIB et la forte probabilité que les cours mondiaux élevés actuels perdurent, la réforme en cours du système des subventions visant à améliorer son ciblage devrait être poursuivie parallèlement à la poursuite de la politique de maîtrise de l'énergie.

« Le système financier devrait continuer à se renforcer pour absorber les chocs potentiels pouvant affecter la Tunisie au fur et à mesure qu'elle s'intègre à l'économie mondiale. Il importe, entre autres, de s'assurer de l'adaptation en permanence des dispositifs de réglementation et de supervision à l'évolution du secteur financier international. La mission encourage les autorités dans la mise en œuvre du dispositif de Bâle II.

« La Tunisie a récemment accompli d'importants progrès dans l'amélioration du climat des affaires. Ainsi la nouvelle loi relative à l'initiative économique, promulguée en décembre 2007, vise à favoriser la création d'entreprises. Les autorités poursuivent la libéralisation graduelle des opérations du compte du capital. Enfin, la Tunisie poursuit ses efforts pour renforcer son dispositif de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme.

« Les autorités continuent à intégrer davantage l'économie tunisienne à l'économie régionale et mondiale, en dépit de la conjoncture. La libéralisation des échanges commerciaux se poursuit, notamment dans le cadre de l'accord d'association avec l'UE, lequel a abouti au libre-échange en 2008. Les négociations continuent en ce qui concerne les biens agricoles et les services. La Tunisie s'emploie en outre activement à promouvoir l'intégration régionale et a conclu divers accords commerciaux bilatéraux. »

Cette revue sera conclue par la préparation d'un rapport qui sera discuté par le Conseil d'Administration du FMI en août 2008.

Les conclusions préliminaires de la mission ainsi que le rapport final seront publiés sur le site web du FMI : www.imf.org/external/country/TUN/index.htm. Les rapports des années précédentes et d'autres publications du FMI sur la Tunisie sont aussi disponibles sur ce site.



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