Le FMI approuve un accord de confirmation de 16,4 milliards de dollars avec l'Ukraine

Communiqué de presse n° 08/271 (F)
Le 5 novembre 2008

Le Conseil d'administration du Fonds monétaire international (FMI) a approuvé aujourd'hui un accord de confirmation de 2 ans d'un montant de 11 milliards de DTS (16,4 milliards de dollars environ) en faveur de l'Ukraine pour aider les autorités à rétablir la stabilité financière et économique et à raffermir la confiance. Cet accord, qui prévoit un accès exceptionnel aux ressources du FMI équivalant à 802 % de la quote-part de l'Ukraine, a été approuvé au titre du mécanisme de financement d'urgence du FMI. L'approbation donnée aujourd'hui permet le décaissement immédiat de 3 milliards de DTS (environ 4,5 milliards de dollars).

Le programme des autorités vise à aider à stabiliser le système financier ukrainien dans un contexte de réduction du levier financier à l'échelle mondiale et de crise de confiance sur le plan intérieur, ainsi qu'à faciliter l'ajustement de l'économie à un choc important des termes de l'échange. Le plan prévoit une réorientation de la politique monétaire et de la politique de change, une recapitalisation bancaire et un ajustement de la politique budgétaire et de la politique des revenus.

À l'issue de la réunion du Conseil d'administration, M. Murilo Portugal, Directeur général adjoint du FMI et Président par intérim du Conseil, a fait la déclaration suivante :

« L'économie ukrainienne, son système bancaire en particulier, subit actuellement des tensions considérables. La chute des prix de l'acier, principal produit d'exportation du pays, a entraîné une détérioration très sensible des perspectives d'évolution du compte courant. Conjugué aux facteurs de vulnérabilité existants — inflation élevée, réserves de change relativement basses comparées à la dette extérieure à court terme, forte exposition des banques aux financements extérieurs, asymétries de bilan et fragilité du solde budgétaire structurel —, ce choc de termes de l'échange a interagi avec le tarissement des liquidités causé par la crise financière internationale et a entraîné un ralentissement très net des entrées de capitaux.

Le programme des autorités, appuyé par un accord de confirmation de deux ans avec le FMI, vise à rétablir la stabilité financière et macroéconomique via l'adoption d'un régime de change flexible assorti d'une intervention ciblée, d'une recapitalisation préventive des banques et d'une politique budgétaire prudente associée à un resserrement de la politique monétaire. La mise en œuvre résolue des mesures prévues dans ce cadre devrait permettre de revenir à des taux d'inflation à un chiffre avant la fin du programme.

Le régime de parité flexible, étayé par une politique monétaire appropriée et par une intervention sur le marché des changes, aidera à éviter une évolution désordonnée de ce marché et à absorber les chocs externes. L'unification récente de la parité officielle et du taux de change du marché devrait donner plus de clarté au régime en vigueur. Les mesures de contrôle des changes qui viennent d'être imposées seront levées progressivement à mesure que la confiance reviendra. Les plans visant à accélérer le passage au ciblage de l'inflation et à asseoir l'indépendance de la Banque nationale d'Ukraine ont un rôle important à jouer pour assurer le point d'ancrage nominal du régime de taux de change flexible sur le moyen terme. À court terme, il sera nécessaire de resserrer la politique monétaire pour se protéger de l'inflation à mesure que les pressions de liquidité diminueront.

La recapitalisation préventive des banques atténuera une éventuelle compression du crédit qui pourrait prolonger et aggraver la contraction de l'activité économique. Les mesures énergiques qui ont été prises pour affecter des fonds publics à la recapitalisation des banques et faciliter les processus de liquidation rendront possible un traitement rapide des problèmes. Le resserrement du contrôle bancaire, un meilleur ciblage des inspections sur pièces et sur place et une coopération internationale plus efficace entre les autorités de surveillance aideront à consolider le système financier. Il sera essentiel aussi d'adopter une stratégie proactive de résolution des problèmes d'endettement des entreprises et des ménages pour réduire les facteurs de vulnérabilité du secteur bancaire.

Il est prévu de donner à la politique budgétaire une orientation prudente cadrant à la fois avec les contraintes de financement et avec les dépenses sociales nécessaires pour faire face à la récession. L'objectif d'équilibre budgétaire en 2009 sera examiné à la lumière des perspectives d'évolution macroéconomique, de financement et de recettes. Les cibles fixées seraient atteintes en partie par une limitation des dépenses et un relèvement progressif des tarifs de l'énergie. Le large dispositif de protection sociale de l'Ukraine aide à protéger les groupes vulnérables, et le programme prévoit aussi une augmentation des financements pour l'assurance-chômage et le soutien ciblé des revenus.

Les autorités ont mis en place un train de mesures solide et complet pour relever les défis auxquels l'Ukraine est confrontée, et le FMI leur a apporté une assistance financière proportionnée à cet effort. Des initiatives résolues ont déjà été engagées par les autorités, notamment avec l'adoption de la législation anticrise. D'autre part, le cadre de leur politique économique est suffisamment robuste pour s'adapter à l'évolution de la situation. L'adhésion des dirigeants des principaux partis politiques aux éléments clés du programme renforce les chances de succès de celui-ci. Nous avons bon espoir, dans ces conditions, que le programme permettra de stabiliser la situation économique et financière », a conclu M. Portugal.

ANNEXE

Évolution économique récente

L'économie ukrainienne a connu, depuis l'an 2000, une croissance très rapide puisqu'elle a été en moyenne supérieure à 7 %. Dans un premier temps, cette expansion a reflété l'utilisation d'une capacité excédentaire considérable et une productivité accrue qu'étayait

une série de réformes structurelles. Depuis 2005, c'est la demande intérieure réelle qui a été le moteur de la croissance, sous la forme notamment d'un boom du crédit nourri par des entrées massives de capitaux et par une politique des revenus qui a redistribué à la population les gains de terme de l'échange importants que le pays enregistrait.

Au milieu de 2008, l'économie était en surchauffe. La croissance du crédit dépassait 70 %, la hausse de l'IPC était supérieure à 30 % et celle des salaires de l'ordre de 30 à 40 %, la flambée de l'immobilier poussait les prix à des niveaux élevés et les importations montaient en flèche à un taux annuel de 50-60 %. Au second trimestre de 2008, le déficit extérieur courant atteignait 7 % du PIB.

L'économie ukrainienne est aussi devenue plus vulnérable à d'autres titres : le niveau élevé de la dette extérieure à court terme par rapport aux réserves, la forte exposition des banques aux financements extérieurs, les asymétries de bilan et la fragilité du solde budgétaire structurel. Les problèmes sont apparus lorsque les prix des produits de base ont plongé et que les turbulences financières mondiales se sont aggravées. Ces évolutions ont eu un impact très sensible sur le secteur réel, comme en témoigne la forte contraction (5 %) du secteur manufacturier en septembre.

Parallèlement, le ralentissement très net des flux de capitaux extérieurs a fait naître des craintes quant à la capacité des banques et des entreprises à refinancer les lignes de crédit existantes. La mise sous séquestre de Prominvest, sixième banque du pays, a déclenché un vaste mouvement de retraits de dépôts qui aurait atteint au moins 3 milliards de dollars — soit 4 % de leur encours — pour les trois premières semaines d'octobre. La confiance dans le système bancaire et dans la monnaie du pays s'est effritée. L'intervention de la Banque nationale d'Ukraine (BNU) en octobre a fait tomber les réserves de 38 à 32 milliards de dollars. Outre l'injection de liquidités, les autorités ont imposé une série de mesures de contrôle des changes pour mettre fin à l'hémorragie de capitaux.

La combinaison d'un fléchissement de la demande des partenaires commerciaux de l'Ukraine, de la chute des prix des exportations, du renchérissement des importations et de la réduction de l'accès aux marchés financiers internationaux devrait assombrir les perspectives de croissance. Si l'on prend en compte ces évolutions, les besoins de financement globaux de l'Ukraine pour les deux ans qui viennent sont considérables.

Résumé du programme

Les autorités veulent rétablir la confiance dans la stabilité macroéconomique et financière de l'Ukraine en s'attaquant aux problèmes du secteur financier, en facilitant l'ajustement à des chocs externes qui pourraient être importants et en réduisant l'inflation. Leur programme est conçu de manière à répondre avec souplesse à l'évolution de l'économie.

Le programme est bâti sur l'hypothèse d'une récession mondiale et d'une poursuite du processus de réduction du levier financier sur les marchés internationaux de crédit en 2009, qui implique pour l'Ukraine une récession accompagnée d'une détérioration des exportations, de financements extérieurs limités et d'une compression du crédit. L'impact projeté sur la production — recul de 3 % — cadre avec l'expérience de l'Ukraine en 2004-05, dans des circonstances similaires. L'inflation devrait diminuer pour passer de 25,5 % cette année, selon les projections du programme, à 17 % fin 2009. Le compte courant se comprimerait, passant de 7 % au milieu de 2008 à un déficit d'environ 2 % du PIB.

Dans l'hypothèse d'une reprise mondiale au second semestre 2009, l'économie ukrainienne pourrait revenir à son taux de croissance potentielle estimé, soit 5 à 6 %, en 2011, avec une inflation de l'ordre de 5 à 7 % fin 2011. Selon les projections, le déficit extérieur courant devrait rester faible en 2010 en raison de la morosité de l'économie, et modéré par la suite, ce qui permettrait aux réserves d'augmenter.

Les principales mesures prévues pour atteindre les objectifs du programme mettent l'accent sur les domaines suivants :

Politique monétaire et de change

Le programme appuie la mise en œuvre d'un régime de change souple pour aider l'Ukraine à mieux absorber les chocs exogènes auxquels elle est actuellement confrontée. La base monétaire servira d'ancrage à court terme de la politique monétaire jusqu'à la mise en place d'un régime de ciblage de l'inflation. L'indépendance de la Banque nationale de l'Ukraine sera renforcée et, à court terme, la politique monétaire sera resserrée en vue d'atteindre l'objectif d'inflation de 17 % fixé pour 2009. Le programme prévoit d'éliminer le plus rapidement possible le contrôle des changes et de prendre des mesures pour améliorer le fonctionnement du marché des changes, y compris l'élimination de la taxe sur les opérations de change et l'application d'une politique d'intervention plus transparente.

Politique du secteur financier

Les autorités ont l'intention de préparer une stratégie globale de résolution des difficultés du secteur bancaire ; il s'agit notamment d'aider les banques en difficulté et de recapitaliser les banques viables afin de protéger l'économie réelle contre une éventuelle compression du crédit. Les autorités ont déjà réglé le problème de la sixième banque en importance — la Prominvest Bank — en la vendant à un investisseur stratégique.

Par ailleurs, le programme propose de garantir l'accès aux liquidités pour les banques viables; de relever la couverture de l'assurance-dépôt en la portant de 50.000 Hrv actuellement à 150.000 Hrv (20.000 euros environ), ce qui couvrira 99 % des comptes personnels ; de renforcer le suivi des banques en intensifiant la coopération internationale en matière de contrôle.

Politique budgétaire

Les autorités adopteront une orientation budgétaire prudente en tenant compte de la nécessité d'effectuer des dépenses sociales pour faire face à la récession ; ainsi, elles augmenteront le financement de l'assurance-chômage et du soutien du revenu ciblé. D'après le programme, le déficit ne dépassera pas 1 % du PIB en 2008 et le budget du secteur des administrations publiques sera équilibré en 2009 (hormis les coûts de recapitalisation des banques). Même si les dépenses sociales enregistrent une forte hausse de 0,8 % du PIB pendant la récession, on estime que ces objectifs budgétaires peuvent être atteints. Toutefois, les perspectives économiques étant incertaines, les autorités sont prêtes à ajuster les objectifs en cas de nécessité. Pour atteindre leurs objectifs budgétaires, les autorités sont déterminées à ajuster les mécanismes de fixation des prix dans le secteur énergétique et à appliquer une politique plus équilibrée en matière de revenus en ajustant le salaire minimum, les pensions de retraite et la hausse des transferts sociaux selon les projections d'inflation en 2009. Ces mesures permettront de se prémunir contre un surcroît d'inflation et de dépréciation. L'Ukraine dispose d'un mécanisme de sécurité sociale adéquat pour protéger des personnes vulnérables contre les politiques d'ajustement, mécanisme que les autorités sont prêtes à élargir au besoin.

L'Ukraine a adhéré au FMI le 3 septembre 1992. Sa quote-part s'élève à 1.372 millions de DTS (environ 2.049 millions de dollars).

Ukraine : Principaux indicateurs économiques et sociaux, 2005-09 1/

 
  2005 2006 2007 2008 2009
        Proj. 1/ Proj. 1/
 
           

Économie réelle (variation en %, sauf indication contraire)

         

PIB nominal (milliards de hryvnias)

441 544 713 993 1,112

PIB réel

2,7 7,3 7,6 6,0 -3,0

Contributions:

         

Demande intérieure

13,2 13,1 16,1 14,4 -14,3

Exportations nettes

-10,5 -5,8 -8,5 -8,3 11,3

Taux de chômage (définition BIT ; pourcentage)

7,2 6,8 6,4 6,0 9,5

Prix à la consommation (moyenne de la période)

13,5 9,1 12,8 25,6 21,0

Prix à la consommation (fin de période)

10,3 11,6 16,6 25,5 17,0

Salaires nominaux mensuels (moyenne)

36,7 29,2 29,7 37,1 10,5

Salaires réels mensuels (moyenne)

20,4 18,4 15,0 9,1 -8,7
           

Finances publiques (pourcentage du PIB)

         

Solde disponible, hors recapitalisations bancaires

-2,3 -1,4 -2,0 -1,0 0,0

Complément de solde, y compris l'impact des recapitalisations

-2,3 -1,4 -2,0 -2,0 -4,5

Produit des privatisations

5,0 0,4 0,6 0,2 0,1

Financement intérieur net

-3,3 -0,4 0,3 1,8 4,4

Financement extérieur net

0,6 1,3 1,0 0,0 0,0

Dette publique

18,7 15,7 13,0 10,6 17,4
           

Monnaie et crédit (fin de période, variation en %)

         

Base monétaire

53,9 17,5 46,0 33,0 10,9

Monnaie au sens large

54,4 34,5 51,7 37,2 9,4

Crédit au secteur non-gouvernemental

61,8 70,6 74,0 40,9 -9,8
           

Balance des paiements (pourcentage du PIB)

         

Dette extérieure totale

45,1 49,7 57,8 54,3 78,2

Solde des transactions courantes

2,9 -1,5 -3,7 -6,2 -2,0

Investissement direct étranger

8,7 5,3 6,5 6,2 6,8

Réserves brutes (fin de période, milliards de dollars EU)

19,4 22,3 32,4 31,4 30,7

En mois d'importations de biens et services l'année prochaine

4,4 3,7 4,0 5,1 4,5

Exportations de biens (variation annuelle de volume, en %)

-8,5 2,7 3,2 0,3 0,8

Importations de biens (variation annuelle de volume, en %)

13,0 12,5 20,3 16,0 -19,7

Termes de l'échange de biens et services (variation en %)

4,9 1,5 7,4 8,9 -10,5
           

Indicateurs sociaux

         

PIB par habitant : 2.282 dollars EU (2006) ; pauvreté (pourcentage de la population) : 8,0 (2006 ; estimation Banque mondiale);

Espérance de vie à la naissance : 68,2 ans (2006) ; mortalité infantile (pour 1000) : 16,0 (2005) ; scolarisation brute au primaire (pourcentage net) : 84 (2005).

Sources : autorités ukrainiennes ; estimations et projections des services du FMI.

1/ Mesures envisagées dans les hypothèses : i) souplesse accrue du taux de change à partir de 2008 ; ii) convergence des prix à l'importation du gaz naturel avec les niveaux pratiqués en Europe de l'Ouest (ajustés en fonction du transit) d'ici à 2010 ; iii) répercussion de la hausse des prix à l'importation de l'énergie en 2009 ; iv) recapitalisation bancaire financée par l'État pour un montant total de 54 milliards de Hrv (10 milliards à la fin de 2008 et 44 milliards au premier semestre de 2009).

2/ La hausse du ratio d'endettement extérieur en 2009 s'explique notamment par l'inclusion des financements du FMI dans la dette extérieure publique.



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