Déclaration de la mission des services du FMI à l'issue des discussions relatives aux consultations de 2008 au titre de l'article IV avec le Tchad

Communiqué de presse n° 08/294 (F)
Le 20 novembre 2008

Une mission du Fonds monétaire international (FMI) conduite par M. Sukhwinder Singh, Chef de Division adjoint au Département Afrique, a séjourné au Tchad du 6 au 19 novembre 2008 pour mener les discussions relatives aux consultations de 2008 au titre de l'article IV. La déclaration suivante a été rendue publique à N'Djamena aujourd'hui :

« Les services du FMI ont eu, ces deux dernières semaines, des entretiens constructifs avec le Premier Ministre, M. Yousouf Saleh Abbas et des membres de son gouvernement, dont le Ministre des Finances, M. Gata Ngoulou et le Ministre de l'infrastructure, M. Adoum Younousmi, ainsi qu'avec le Directeur national de la Banque des États de l'Afrique centrale, M. Christian Ngardoum, d'autres hauts fonctionnaires et des représentants du secteur privé, de la société civile et de la communauté des donateurs.

La croissance réelle hors secteur pétrolier est restée faible, à 3¼ %, en 2008. Cependant, ce résultat est identique à celui de 2007 et a été atteint malgré les perturbations économiques causées par les événements qu'a connus le pays en février 2008, ce qui témoigne d'une certaine capacité de résistance de l'économie non pétrolière. S'il n'y a pas de résurgence des problèmes de sécurité, la croissance réelle non pétrolière est projetée à 5 % en 2009. Ainsi donc, avec une stabilisation de la production pétrolière au niveau de 2008, la croissance globale du PIB réel pourrait atteindre 3½ % en 2009.

L'inflation s'est nettement accélérée en 2008, sous l'effet principalement du renchérissement des denrées alimentaires, et devrait s'établir à 7½ % en moyenne à la fin de l'année. Avec l'arrivée des produits de la principale récolte, cependant, les prix diminuent. Grâce à l'essor de la production agricole, l'inflation pourrait s'orienter à la baisse en 2009 et se rapprocher de l'objectif de convergence (3 %) de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale.

Le Tchad n'a pas été autant touché par la crise alimentaire et énergétique internationale que d'autres pays d'Afrique subsaharienne. Néanmoins, le gouvernement devrait rester vigilant et fournir à l'office national de sécurité alimentaire (ONASA) les financements nécessaires pour reconstituer ses stocks régulateurs. Le Tchad sentira toutefois les effets du ralentissement de l'économie mondiale via une baisse des prix pétroliers et de la demande des produits qu'il exporte. On s'attend actuellement à ce que les recettes pétrolières, en 2009 et au-delà, représentent environ la moitié de celles engrangées en 2008. Le système financier tchadien n'a pas été affecté par le resserrement du crédit dans les pays développés et les économies de marché émergentes.

Les finances publiques du Tchad doivent être placées de toute urgence sur une trajectoire d'évolution viable. Les dépenses devraient être ramenées progressivement à un niveau pouvant être couvert par les recettes non pétrolières. Elles sont montées en flèche en 2008. Le déficit primaire non pétrolier — mesuré en ne tenant pas compte des recettes pétrolières et des intérêts sur la dette — pourrait atteindre 29 % du PIB non pétrolier en 2008, alors que son niveau soutenable est inférieur à 4 %. Il conviendrait de procéder à un rééquilibrage ambitieux à moyen terme, en s'appuyant sur une stratégie consistant à relever les recettes fiscales non pétrolières, à juguler les dépenses — en particulier les dépenses courantes — et à renforcer leur efficacité. La mise en œuvre de cette stratégie devrait commencer avec la loi de finances pour 2009, qui pourrait prévoir des économies sur certains postes de dépenses courantes dont la progression a été spectaculaire ces dernières années, tels que les salaires et les transferts aux entreprises publiques fonctionnant à perte. Le gouvernement devrait aussi commencer à s'attaquer aux graves carences existant au niveau de la perception de l'impôt. Enfin, la mission a mis en lumière les divers risques qui pèsent sur le budget, et en particulier les hypothèses trop optimistes retenues pour l'évolution des prix du pétrole. La modération des dépenses dans des domaines moins prioritaires permettra aux autorités de mettre de côté un volant de ressources pour faire face à des chocs éventuels.

La mission prend acte des progrès en cours dans les secteurs clés de l'éducation et de la santé. Toutefois, les dépenses engagées dans ces secteurs au titre des chantiers de construction commencent à dépasser la capacité d'absorption de l'économie. Les projets sont onéreux et les crédits budgétaires alloués pour couvrir les coûts récurrents — fournitures scolaires et médicales, personnels qualifiés — sont insuffisants. Il faudrait rendre les investissements existants opérationnels et limiter les nouvelles constructions. Les investissements dans des secteurs clés comme les transports, l'irrigation et l'électricité, ne se heurtent pas forcément aux mêmes contraintes de capacité et pourraient être renforcés. Pour abaisser les coûts d'investissement, il est impératif d'adopter des modes de passation des marchés plus compétitifs et plus transparents, et de respecter scrupuleusement les procédures budgétaires.

La faible compétitivité du Tchad est un obstacle majeur à sa croissance et à la réduction de la pauvreté. L'amélioration du climat des affaires, de la gouvernance et des infrastructures est absolument nécessaire pour la compétitivité et l'avenir de son secteur non pétrolier.

Le FMI reste prêt à appuyer le Tchad en lui apportant ses conseils de politique économique et son assistance technique et, si des progrès suffisants sont accomplis dans la gestion des finances publiques, par l'intermédiaire d'un programme de référence ».



DÉPARTEMENT DE LA COMMUNICATION DU FMI

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